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La Chine veut faire appel de la décision de l’OMC sur les matières premières

Publié 25 août 2011
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Hier (24 août), la Chine a déclaré qu’elle ferait appel de la décision de l’Organisation mondiale du commerce contre sa politique d’exportation des matières premières, une affaire qui pourrait remettre en cause la gestion des terres rares dans le pays.

En juillet, un panel d'experts juridiques de l'OMC a réfuté les affirmations de la Chine, selon lesquelle son système de restrictions à l'exportation et de quotas sur les matières premières, utilisées dans la production d'acier, d'électronique et de médicaments, contribuait à protéger son environnement et ses ressources rares.

Cette décision est une victoire pour les Etats-Unis, le Mexique et l'UE, qui ont porté plainte auprès de l'OMC en 2009, affirmant que les restrictions à l'exportation des matières premières telles que le coke, le bauxite et le magnésium avaient conduit à une discrimination des fabricants étrangers et donné lieu à des avantages déloyaux pour les producteurs nationaux.

« Premièrement, nous ferons appel. Deuxièmement, nous pensons toujours que les pratiques et les politiques de la Chine n'enfreignent pas les règles de l'OMC », a affirmé Shen Danyang, porte-parole du ministère du commerce, lors d'une conférence de presse, lorsqu'on lui a demandé si Beijing ferait appel.

C'est la première fois que la Chine fait officiellement part de sa décision de faire appel avant la date limite, début septembre, même si les experts l'avaient anticipée.

Cette décision de l'OMC a été perçue comme un précédent potentiel contre la position de la Chine vis-à-vis de l'exportation de ses 17 minéraux de terres rares.

La Chine produit 97 % de l'approvisionnement mondial en ces éléments industriels essentiels, et a commencé à réduire ses exportations, au grand dam des importateurs.

Une production proche du monopole

Beijing soutient depuis longtemps que sa politique relative aux terres rares est en accord avec les règles de l'OMC, et que les restrictions sont nécessaires pour préserver ses ressources naturelles et protéger son environnement.

Toutefois, les importateurs, notamment aux Etats-Unis et en Europe, se sont plaints du fait que la politique chinoise relative à ces minéraux de grande valeur n'était pas équitable, avec des quotas inadaptés entre les exportations et la consommation nationale.

Certains pays ont avancé que la Chine avait tiré profit de sa production, proche du monopole, de terres rares, et avait fortement réduit ses exportations pour faire monter les prix sans limiter de fait sa production et sa consommation nationales.

Les représentants de l'UE et des Etats-Unis avaient hésité à porter plainte contre la Chine auprès de l'OMC, et certains experts ont laissé entendre qu'ils pourraient attendre que l'appel relatif aux matières premières suive son cours avant de s'en servir comme précédent.

Wang Jiangyu, professeur de droit et expert de l'OMC à l'université nationale de Singapour, a affirmé que la Chine perdrait sans doute l'appel, et malgré un réel besoin de protéger l'environnement, elle perdrait sans doute toute affaire concernant les terres rares en raison de ses mesures d'exportation discriminatoires.

On ignore encore sur quels fondements s'appuiera l'appel, mais la Chine a par le passé déjà affirmé que selon l'article 20 de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, un pays peut limiter ses exportations pour des raisons spéciales telles que la préservation.

Wang Jiangyu a affirmé qu'un des points importants de la décision de l'OMC était la particularité du protocole d'adhésion de la Chine à l'organisation, qui ne permet pas à celle-ci d'invoquer l'article 20.

« Cet accord d'adhésion implique un traitement spécial de la Chine par l'OMC. Tous les pays peuvent le faire, sauf la Chine. C'est quelque peu absurde », a-t-il déclaré.

Mais même si la Chine gagnait sur ce point en appel, cela ne changerait pas le jugement de l'affaire, en raison des mesures protectionnistes de la Chine, a-t-il ajouté.

« Si vous voulez argumenter sur des raisons environnementales, vous devrez avoir été impartial par le passé et avoir appliqué les mêmes mesures chez vous », a affirmé Chin Leng Lim, professeur de droit à l'université de Hong Kong.

La Chine affirme qu'il lui sera très difficile d'à la fois consolider et ralentir son industrie polluante des terres rares.

« Il y a cinq ans, la Chine n'avait aucune expérience pour plaider une affaire. Elle apprend au fur et à mesure, et maintenant ils viennent de réaliser l'existence de l'article 20 », a ajouté Chin Leng Lim.

EurActiv avec Reuters – Article EurActiv traduit de l'anglais

Prochaines étapes : 
  • 3 sept. 2011 : date limite pour que la Chine fasse appel de la décision de l'OMC
Contexte : 

La Commission européenne et les ministres européens ont soutenu les projets visant à s'assurer que les industries aient un meilleur accès aux matières premières, tandis que la concurrence pour l'accès aux produits de base tels que les métaux rares devient plus rude avec la mondialisation.

Les éléments terrestres rares, un ensemble de métaux et d'éléments utilisés dans la fabrication de produits de haute technologie tels que les turbines éoliennes, les biens de consommation électroniques, les nanotechnologies, les chargeurs, les batteries de voitures  électriques et diverses applications militaires, inquiètent particulièrement les Européens.

Selon l'UE, la Chine est le plus grand fournisseur de terres rares, avec 97 % de la production mondiale. Depuis 2005 toutefois, celle-ci a fortement réduit ses quotas d'exportation sur plusieurs métaux rares (de 60 000 tonnes en 2006 à 14 500 tonnes en 2011), et envisage une interdiction totale d'exporter à partir de 2015.

Avec les Etats-Unis et le Mexique, l'UE a porté plainte en juin 2009 contre la Chine, lançant une procédure de règlement de litiges à l'OMC pour les restriction à l'exportation des terres rares industrielles.

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