EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Les économies d’eau souvent freinées au niveau national

Version imprimable
Send by email
Publié 22 mars 2012, mis à jour 14 décembre 2012

Les efforts visant à rendre l’utilisation de l’eau plus efficace et à éviter la pénurie sont menacés par la présence de puits illicites, le manque de compteurs et, dans certains pays, le rejet de normes européennes plus strictes. C’est ce que révèlent des études sur la répartition de l’eau dans le secteur de l’agriculture.

Sans une meilleure gestion et de meilleures stratégies de tarification de l'eau, les pénuries pourraient se multiplier au sein des pays européens et aller jusqu'à menacer l'avenir des réserves d'eau souterraines dans certaines régions, selon ces études.

Rendre l’utilisation de l’eau plus efficace est un élément central de la révision de la directive-cadre sur l'eau. Des recommandations pour une meilleure mise en œuvre sont attendues d'ici novembre prochain.

Dans sa proposition de politique agricole commune (PAC) pour 2014-2020, la Commission a également proposé de nouvelles mesures d'efficacité et de conservation.

L'une de ces propositions requiert que les nouveaux systèmes d'irrigation atteignent au moins 25 % d'économies d'eau pour pouvoir prétendre à des financements européens. Cela remplacerait le système actuel d'indemnisations non plafonnées.

Opposition à l'échelle nationale

La DG Agriculture de la Commission européenne « a proposé que tous les projets de financement pour l'irrigation proposent une économie d'eau d'au moins 25 % », a déclaré Thomas Dworak, un consultant à Vienne qui a contribué à une étude récente sur l'utilisation de l'eau dans l'agriculture.

« Et aujourd'hui, les États membres s'y opposent, car ils perdraient des subventions importantes. »

Des sources à la Commission et au Parlement européen ont confirmé que l'adoption de ces mesures était compromise en raison de difficultés dans le cadre du processus de codécision impliquant les dirigeants nationaux et le Parlement.

Le rapport sur l'utilisation de l'eau dans le secteur agricole et une autre étude réalisée pour la DG Environnement de la Commission soulignent tous deux les défis auxquels l'Europe est confrontée, notamment en matière d'utilisation des eaux souterraines.

Sarah Bogaert, auteur principal de l'une des études, a déclaré que la tarification n'était pas une mince affaire, mais qu'il était important d'« envoyer les bons signaux » aux agriculteurs et aux autres consommateurs.

Dans certaines régions du sud de l'UE aux prises avec les pires problèmes d'eau, « les agriculteurs ne payent tout simplement rien lorsqu'ils prélèvent des eaux souterraines [...] Ces prélèvements n’impliquent aucun coût pour les agriculteurs ».

Cette étude a été réalisée par le cabinet de conseil ARCADIS, pour le compte de la Commission européenne. Elle évoque la nécessité d'installer un système de compteur, de contrôler la consommation d'eau et d'instaurer un « changement de paradigme » au sein de la PAC et de la politique de cohésion dans le but de promouvoir une consommation durable.

Les grands consommateurs

L'agriculture représente 70 % de la consommation d'eau douce dans le monde, contre 24 % en moyenne au sein de l'Union, selon des chiffres de l'ONU et de l'UE. Toutefois, ce chiffre avoisine les 90 % dans plusieurs pays du sud, ce qui a pour conséquence un rationnement de l'eau lors des mois les plus secs de l'année.

Le désespoir force aussi les agriculteurs à se tourner vers les eaux souterraines lorsque les cours d'eau sont à sec, ce qui risque d'entraîner des pénuries. 

Face à ces difficultés, les agriculteurs et les dirigeants nationaux ne restent pas les bras croisés.

Le rapport d'ARCADIS note des efforts en matière de limitation de l'irrigation à Chypre, en France et en Espagne, où plusieurs régions souffrent de pénurie d'eau.

Malgré l'opposition apparente face aux nouvelles normes d'efficacité pour les systèmes d'irrigation, la Roumanie applique déjà ce type de mesures. Les agriculteurs doivent atteindre un minimum de 10 % d'économie en eau pour obtenir des financements de développement rural pour tout nouveau système d'irrigation.

Malte utilise des satellites pour repérer les puits illicites dans les exploitations agricoles.

« C'est une bonne manière de mettre les lois en œuvre. Les autorités disposent de cartes où figurent tous les puits enregistrés. Il suffit de prendre une photo, de la superposer à cette carte et de relever tous les points verts qui ne correspondent pas à des puits enregistrés. Il s'agit donc de puits illicites », a déclaré M. Dworak, directeur de Fresh Thoughts Consulting et contributeur au rapport d'ARCADIS.

Ce rapport recommande également des étapes pour améliorer les compteurs et adapter les tarifications de l'eau dans le domaine agricole en fonction de leur consommation.

Mais augmenter le prix de l'eau présente un risque. Une autre étude réalisée pour la Commission explique que le prélèvement illégal d'eau pourrait s'intensifier avec l'augmentation des prix et/ou des contrôles, dans la mesure où les agriculteurs délaisseraient les réserves d'alimentation publiques au profit de puits ou de cours d'eau illicites.

Ce rapport révèle l'existence de 50 000 puits à Chypre, dont bon nombre sont illicites, ce qui condamne le pays à voir diminuer ses réserves d'eau souterraines.

Réactions : 

Le Bureau européen de l'environnement (BEE) a déclaré que la directive-cadre sur l'eau « n'était pas parvenue à régler le problème de la pollution de l'eau par des substances nutritives et des produits chimiques et le prélèvement excessif des eaux de surface et souterraines pour l'agriculture. »

« Les Européens payent deux fois : une première fois en finançant des pratiques agricoles polluantes via la PAC et une seconde fois pour l'extraction des polluants de l'eau potable, par le biais de leur facture d'eau. Ces abus doivent cesser »,  a déclaré Sarolta Tripolszky, responsable de la politique de l'eau au BEE.

En amont de la Journée mondiale de l'eau, le président du Parlement européen, Martin Schulz, a déclaré : « Avec la croissance de la population mondiale et de l'urbanisation, la consommation et la demande mondiale d'eau sont en augmentation constante et nous ne parvenons pas à gérer ce bien vital de façon équitable et efficace ».

« Assurer la qualité de l'eau améliore la santé publique, génère de la prospérité et contribue à réduire la pauvreté. L'accès à une eau propre et à des installations sanitaires devrait être considéré comme un droit fondamental et – comme le Parlement européen l'a indiqué dans sa résolution – ne devrait pas constituer une source de profit illégitime. Je suis heureux de constater que certains pays ont fait des progrès concrets pour protéger ce droit dans leur système juridique. »

Prochaines étapes : 
  • 22 mars : Journée mondiale de l'eau
  • 20-22 juin : conférence de l'ONU sur le développement durable à Rio, au Brésil.
  • Novembre : la Commission européenne devrait publier sa révision de la directive-cadre sur l'eau.
Timothy Spence — Article traduit de l'anglais
From the UNEP World Water Day photo collection
Contexte : 

Les agriculteurs exploitent différentes sources pour irriguer leurs cultures et abreuver leur bétail : les eaux pluviales, les systèmes publics, les puits creusés ou la déviation de cours d'eau.

Quelque 70 % de l'eau mondiale est utilisée pour l'agriculture, mais ce chiffre est très différent en Europe. En moyenne, 24 % de la consommation d'eau revient à l'agriculture, en seconde position derrière la production d'électricité (44 %), selon les chiffres de l'Agence européenne pour l'environnement. Un grand volume de l'eau utilisé pour la production d'électricité est toutefois reversé dans les cours d'eau, alors que l'eau destinée à l'irrigation est consommée par les plantes.

En Grèce, au Portugal et en Espagne, plus de 90% de l'eau consommée revient à l'agriculture, un volume insoutenable selon les experts. En Bulgarie, à Chypre, au Danemark, en France, en Lettonie et en Roumanie, ces chiffres oscillent entre 50 et 90 %, selon un récent rapport de l'UE.

En Espagne, en France, en Grèce et en Italie, des pays où certaines régions sont sujettes à une aridité croissante, sont en tête en termes de terres irriguées en Europe. L'Espagne à elle seule en compte 3 millions d'hectares. En revanche, la Bulgarie, la Lituanie, la Pologne et la Roumanie prélèvent bien plus d'eau qu'elles n'en consomment, ce qui indique un haut niveau de gaspillage.

A lire aussi

More in this section

Publicité

Sponsors

Vidéos

Sustainable Development News videos

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Sustainable Development Promoted videos

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Publicité

Publicité