Sans une meilleure gestion et de meilleures stratégies de tarification de l'eau, les pénuries pourraient se multiplier au sein des pays européens et aller jusqu'à menacer l'avenir des réserves d'eau souterraines dans certaines régions, selon ces études.
Rendre l’utilisation de l’eau plus efficace est un élément central de la révision de la directive-cadre sur l'eau. Des recommandations pour une meilleure mise en œuvre sont attendues d'ici novembre prochain.
Dans sa proposition de politique agricole commune (PAC) pour 2014-2020, la Commission a également proposé de nouvelles mesures d'efficacité et de conservation.
L'une de ces propositions requiert que les nouveaux systèmes d'irrigation atteignent au moins 25 % d'économies d'eau pour pouvoir prétendre à des financements européens. Cela remplacerait le système actuel d'indemnisations non plafonnées.
Opposition à l'échelle nationale
La DG Agriculture de la Commission européenne « a proposé que tous les projets de financement pour l'irrigation proposent une économie d'eau d'au moins 25 % », a déclaré Thomas Dworak, un consultant à Vienne qui a contribué à une étude récente sur l'utilisation de l'eau dans l'agriculture.
« Et aujourd'hui, les États membres s'y opposent, car ils perdraient des subventions importantes. »
Des sources à la Commission et au Parlement européen ont confirmé que l'adoption de ces mesures était compromise en raison de difficultés dans le cadre du processus de codécision impliquant les dirigeants nationaux et le Parlement.
Le rapport sur l'utilisation de l'eau dans le secteur agricole et une autre étude réalisée pour la DG Environnement de la Commission soulignent tous deux les défis auxquels l'Europe est confrontée, notamment en matière d'utilisation des eaux souterraines.
Sarah Bogaert, auteur principal de l'une des études, a déclaré que la tarification n'était pas une mince affaire, mais qu'il était important d'« envoyer les bons signaux » aux agriculteurs et aux autres consommateurs.
Dans certaines régions du sud de l'UE aux prises avec les pires problèmes d'eau, « les agriculteurs ne payent tout simplement rien lorsqu'ils prélèvent des eaux souterraines [...] Ces prélèvements n’impliquent aucun coût pour les agriculteurs ».
Cette étude a été réalisée par le cabinet de conseil ARCADIS, pour le compte de la Commission européenne. Elle évoque la nécessité d'installer un système de compteur, de contrôler la consommation d'eau et d'instaurer un « changement de paradigme » au sein de la PAC et de la politique de cohésion dans le but de promouvoir une consommation durable.
Les grands consommateurs
L'agriculture représente 70 % de la consommation d'eau douce dans le monde, contre 24 % en moyenne au sein de l'Union, selon des chiffres de l'ONU et de l'UE. Toutefois, ce chiffre avoisine les 90 % dans plusieurs pays du sud, ce qui a pour conséquence un rationnement de l'eau lors des mois les plus secs de l'année.
Le désespoir force aussi les agriculteurs à se tourner vers les eaux souterraines lorsque les cours d'eau sont à sec, ce qui risque d'entraîner des pénuries.
Face à ces difficultés, les agriculteurs et les dirigeants nationaux ne restent pas les bras croisés.
Le rapport d'ARCADIS note des efforts en matière de limitation de l'irrigation à Chypre, en France et en Espagne, où plusieurs régions souffrent de pénurie d'eau.
Malgré l'opposition apparente face aux nouvelles normes d'efficacité pour les systèmes d'irrigation, la Roumanie applique déjà ce type de mesures. Les agriculteurs doivent atteindre un minimum de 10 % d'économie en eau pour obtenir des financements de développement rural pour tout nouveau système d'irrigation.
Malte utilise des satellites pour repérer les puits illicites dans les exploitations agricoles.
« C'est une bonne manière de mettre les lois en œuvre. Les autorités disposent de cartes où figurent tous les puits enregistrés. Il suffit de prendre une photo, de la superposer à cette carte et de relever tous les points verts qui ne correspondent pas à des puits enregistrés. Il s'agit donc de puits illicites », a déclaré M. Dworak, directeur de Fresh Thoughts Consulting et contributeur au rapport d'ARCADIS.
Ce rapport recommande également des étapes pour améliorer les compteurs et adapter les tarifications de l'eau dans le domaine agricole en fonction de leur consommation.
Mais augmenter le prix de l'eau présente un risque. Une autre étude réalisée pour la Commission explique que le prélèvement illégal d'eau pourrait s'intensifier avec l'augmentation des prix et/ou des contrôles, dans la mesure où les agriculteurs délaisseraient les réserves d'alimentation publiques au profit de puits ou de cours d'eau illicites.
Ce rapport révèle l'existence de 50 000 puits à Chypre, dont bon nombre sont illicites, ce qui condamne le pays à voir diminuer ses réserves d'eau souterraines.







