Hier (13 janvier), la Commission européenne a annoncé sa stratégie visant à répondre aux besoins alimentaires et énergétiques de l'Europe, ainsi qu'à promouvoir une utilisation efficace des ressources via une économie plus durable et plus réactive.
« Nous sommes trop lents et trop décousus lorsqu'il s'agit de convertir les résultats de la recherche en innovation et de les utiliser pour relever nos plus grands défis sociétaux », a déclaré Máire Geoghegan, commissaire en charge de la recherche, de l'innovation et des sciences, lors de la présentation de la stratégie.
« Les actions politiques au niveau de l'Europe et des Etats membres sont souvent lancées de manière isolée », a-t-elle déclaré, réclamant un « cadre plus solide » qui impliquerait des scientifiques, des décideurs politiques et des entrepreneurs.
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La stratégie de la Commission, intitulée « Innover en vue d’une croissance durable : une Bioéconomie pour l’Europe », a été saluée par les organisations représentant l'industrie et les défenseurs de l'environnement, dans la mesure où elle met l'accent sur l'investissement en faveur de la recherche et sur l'aspect compétitif des technologies durables.
« Nous sommes très enthousiastes à propos de cette stratégie », a déclaré Joanna Dupont-Inglis, la directrice des biotechnologies industrielles chez EuropaBio, une association du secteur qui représente des entreprises de biotechnologies telles que DuPont et Novozymes.
« Selon nous, en termes de technologies, nous partons avec un certain avantage en Europe », a-t-elle argué. « Mais il reste bien entendu des choses à améliorer. »
Mme Dupont-Inglis a affirmé que les partenariats public-privé pourraient stimuler les progrès réalisés ainsi que l'investissement dans des domaines tels que la production de bioplastiques ou le raffinage des biocarburants.
Cette stratégie n'offre pas de financements supplémentaires. Elle plaide en faveur d'une meilleure coordination des efforts consentis dans le cadre de la politique agricole commune, du programme de recherche Horizon 2020 et des autres programmes de l'UE et des Etats membres. Mme Geoghegan-Quinn a expliqué que cette stratégie montrerait le chemin vers la croissance durable.
De la croissance, oui, mais une croissance efficace
La stratégie sur la bioéconomie reflète largement l'accent que la Commission place sur une meilleure utilisation des ressources, la préservation des ressources naturelles et le passage aux énergies renouvelables, tout en promouvant la croissance économique.
Toutefois, certaines clauses risquent fort de se révéler très controversées. Mme Geoghegan-Quinn a qualifié le développement des biocarburants de « très très important », étant donné que la capacité de raffinage de l'Europe doit augmenter.
Certains, dont des commissaires européens, craignent toutefois que les carburants d’origine végétale ne soient pas aussi bénins qu'il y paraissait lorsque l'UE a adopté une directive en 2003 favorisant les carburants non traditionnels tels que le biodiesel et l'éthanol.
Un projet d'analyse d'impact de la Commission indique que les émissions de gaz à effet de serre générées par des biocarburants tels que l'huile de palme, le soja et le colza pourraient dépasser celles des biocarburants lorsque d'autres facteurs, tels que l'abattement des forêts tropicales et la destruction des marais pour y cultiver des biocarburants, sont pris en compte.
« Personnellement, je me suis toujours montrée très prudente à l'égard des biocarburants », a déclaré à EurActiv Connie Hedegaard, la commissaire en charge de l'action au climat, lors d'un entretien. « Il est très intéressant de prendre en compte le potentiel des nouvelles technologies, mais nous devons rester très prudents en Europe, pour éviter de développer un secteur qui pourrait avoir des conséquences négatives au bout d'un certain temps. »
D'autres propositions présentées dans cette stratégie devraient être moins controversées, bien que les conditions de leur mise en oeuvre soient loin d'être évidentes.
Elle appelle par exemple à la transformation des déchets alimentaires en biomasse et en engrais. Des études montrent que les déchets alimentaires et végétaux représentent jusqu'à 40 % du contenu des décharges dans l'UE.
La stratégie de la Commission prévoit également que l'innovation et la recherche permettront d'accroître l'efficacité de l'agriculture, tout en préservant l'eau et les autres ressources naturelles. Quelque 4,7 milliards d'euros ont été proposés pour le programme de recherche de la Commission, Horizon 2020, afin d'encourager une agriculture durable, la recherche maritime et le développement d'une bioéconomie.







