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L'UE en faveur du développement d'une bioéconomie

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Publié 14 février 2012

Alors que certains affirment que l'Europe est « trop lente et trop irrégulière » s'agissant de développer une économie durable, l'exécutif européen dévoile ses plans pour encourager le développement d'une « bioéconomie » via l'investissement et l'innovation.

Hier (13 janvier), la Commission européenne a annoncé sa stratégie visant à répondre aux besoins alimentaires et énergétiques de l'Europe, ainsi qu'à promouvoir une utilisation efficace des ressources via une économie plus durable et plus réactive.

« Nous sommes trop lents et trop décousus lorsqu'il s'agit de convertir les résultats de la recherche en innovation et de les utiliser pour relever nos plus grands défis sociétaux », a déclaré Máire Geoghegan, commissaire en charge de la recherche, de l'innovation et des sciences, lors de la présentation de la stratégie.

« Les actions politiques au niveau de l'Europe et des Etats membres sont souvent lancées de manière isolée », a-t-elle déclaré, réclamant un « cadre plus solide » qui impliquerait des scientifiques, des décideurs politiques et des entrepreneurs.

Voir la couverture d'EUX.TV :

La stratégie de la Commission, intitulée « Innover en vue d’une croissance durable : une Bioéconomie pour l’Europe », a été saluée par les organisations représentant l'industrie et les défenseurs de l'environnement, dans la mesure où elle met l'accent sur l'investissement en faveur de la recherche et sur l'aspect compétitif des technologies durables.

« Nous sommes très enthousiastes à propos de cette stratégie », a déclaré Joanna Dupont-Inglis, la directrice des biotechnologies industrielles chez EuropaBio, une association du secteur qui représente des entreprises de biotechnologies telles que DuPont et Novozymes.

« Selon nous, en termes de technologies, nous partons avec un certain avantage en Europe », a-t-elle argué. « Mais il reste bien entendu des choses à améliorer. »

Mme Dupont-Inglis a affirmé que les partenariats public-privé pourraient stimuler les progrès réalisés ainsi que l'investissement dans des domaines tels que la production de bioplastiques ou le raffinage des biocarburants.

Cette stratégie n'offre pas de financements supplémentaires. Elle plaide en faveur d'une meilleure coordination des efforts consentis dans le cadre de la politique agricole commune, du programme de recherche Horizon 2020 et des autres programmes de l'UE et des Etats membres. Mme Geoghegan-Quinn a expliqué que cette stratégie montrerait le chemin vers la croissance durable.

De la croissance, oui, mais une croissance efficace

La stratégie sur la bioéconomie reflète largement l'accent que la Commission place sur une meilleure utilisation des ressources, la préservation des ressources naturelles et le passage aux énergies renouvelables, tout en promouvant la croissance économique.

Toutefois, certaines clauses risquent fort de se révéler très controversées. Mme Geoghegan-Quinn a qualifié le développement des biocarburants de « très très important », étant donné que la capacité de raffinage de l'Europe doit augmenter.

Certains, dont des commissaires européens, craignent toutefois que les carburants d’origine végétale ne soient pas aussi bénins qu'il y paraissait lorsque l'UE a adopté une directive en 2003 favorisant les carburants non traditionnels tels que le biodiesel et l'éthanol.

Un projet d'analyse d'impact de la Commission indique que les émissions de gaz à effet de serre générées par des biocarburants tels que l'huile de palme, le soja et le colza pourraient dépasser celles des biocarburants lorsque d'autres facteurs, tels que l'abattement des forêts tropicales et la destruction des marais pour y cultiver des biocarburants, sont pris en compte.

« Personnellement, je me suis toujours montrée très prudente à l'égard des biocarburants », a déclaré à EurActiv Connie Hedegaard, la commissaire en charge de l'action au climat, lors d'un entretien.  « Il est très intéressant de prendre en compte le potentiel des nouvelles technologies, mais nous devons rester très prudents en Europe, pour éviter de développer un secteur qui pourrait avoir des conséquences négatives au bout d'un certain temps. »

D'autres propositions présentées dans cette stratégie devraient être moins controversées, bien que les conditions de leur mise en oeuvre soient loin d'être évidentes.

Elle appelle par exemple à la transformation des déchets alimentaires en biomasse et en engrais. Des études montrent que les déchets alimentaires et végétaux représentent jusqu'à 40 % du contenu des décharges dans l'UE.

La stratégie de la Commission prévoit également que l'innovation et la recherche permettront d'accroître l'efficacité de l'agriculture, tout en préservant l'eau et les autres ressources naturelles. Quelque 4,7 milliards d'euros ont été proposés pour le programme de recherche de la Commission, Horizon 2020, afin d'encourager une agriculture durable, la recherche maritime et le développement d'une bioéconomie.

Réactions : 

Le Conseil européen de la recherche a déclaré dans un communiqué qu'il soutenait la transition vers une bioéconomie mondiale. « L'Europe et le reste du monde doivent rapidement relever les défis de la sécurité alimentaire et de l'approvisionnement en eau et en énergie tout en remédiant à la non-durabilité des ressources biologiques et non biologiques et en réduisant les émissions. »

Dans un communiqué écrit, la Confédération des industries européennes du papier a également salué cette stratégie et affirmé qu'elle avait hâte de la voir s'appliquer. « L'UE pourrait avoir l'avantage en tant que précurseur sur le marché mondial si cette stratégie sur la bioéconomie aboutit à un réel changement et trouve sa place dans un programme politique industriel plus large. »

Jesús Serafín Pérez, le président de FoodDrinkEurope, a déclaré que son organisation saluait la communication « Innover en vue d’une croissance durable : une Bioéconomie pour l’Europe » de la Commission et qu'elle espérait que les institutions feraient en sorte que cette communication se concrétise. « Le secteur est satisfait de voir que l'importance du rôle qu'il a à jouer est reconnue s'agissant de la transition vers une économie innovante et à faibles émissions de carbone. »

Nathalie Moll, la secrétaire générale d'EuropaBio, a déclaré : « Nous avons l'avantage de la technologie ici dans l'UE et, face aux défis économiques et environnementaux grandissants et à l'intérêt toujours plus fort des autres pays dans ce domaine, il est vital que nous gardions la main.

Nous saluons l'approche de la Commission s'agissant de développer une stratégie qui implique une consultation avec toute la chaine de valeur et qui a le soutien de plusieurs Directions générales au sein de la Commission.  Le leadership de l'UE contribue à assurer que la bioéconomie sera bénéfique à notre économie et à notre environnement par la même occasion. »

L'entreprise danoise Novozymes a déclaré dans un communiqué écrit : « La bioéconomie est l'un des secteurs dans lequel l'Europe a l'avantage technologique. Nous devons tirer parti de cette situation pour stimuler la compétitivité de l'UE. La stratégie présentée aujourd'hui par la Commission européenne peut contribuer à réaliser le potentiel de la bioéconomie. Evitons qu'elle ne devienne un document de réflexion et appliquons les actions proposées aussi rapidement que possible. »

Biochem, un projet d'innovation financé par l'UE visant à aider les petites et moyennes entreprises à passer à la bioéconomie, a également salué la stratégie de la Commission. Steve Fletcher, le coordinateur du projet, a déclaré : « Les politiques de l'UE nous rappellent souvent l'importance d'un secteur sain pour les PME. Le projet Biochem sert de tremplin pour les PME souhaitant passer à la bioéconomie, ce qui bénéficie à la fois aux petites entreprises et à la durabilité du secteur.   Pour aboutir à une bioéconomie plus durable, les PME ont un rôle vital à jouer. »

Prochaines étapes : 
  • 21 fév. : la stratégie sur la bioéconomie sera présentée aux Etats membres lors d'une réunion du conseil Compétitivité.
EurActiv.com - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Tomorrow's energy supply?
Contexte : 

La stratégie « Innover en vue d’une croissance durable : une Bioéconomie pour l’Europe » de la Commission européenne appelle à une meilleure coordination entre l'UE et les gouvernements nationaux pour :

  • stimuler l'investissement en faveur de la recherche, des nouvelles technologies et des compétences ;
  • augmenter l'efficacité et la compétitivité de l'agriculture, de la production alimentaire, de l'exploitation des forêts et de la pêche ;
  • améliorer la coopération via le processus de prise de décision politique.

Dévoilée le 13 février 2012, cette stratégie mobiliserait des ressources nationales, ainsi que le programme de recherche Horizon 2020 et d'autres projets de l'UE pour sa mise en oeuvre.

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