EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Faire la paix avec l’eau : une initiative de Gorbatchev [FR]

Publié 13 février 2009
Version imprimableSend by email

Hier (12 février), l’ancien dirigeant soviétique a lancé une initiative de grande envergure sur l’eau au Parlement européen, appelant à inclure les questions relatives à l’eau dans les négociations de l’ONU sur l’accord qui succédera au protocole de Kyoto sur le changement climatique devant être conclu à Copenhague en décembre.

Lançant un mémorandum pour un protocole mondial sur l’eau au Parlement européen à Bruxelles, Mikhail Gorbatchev a déclaré que l’inclusion du thème de l’eau dans les débats mondiaux sur le climat devait être une priorité. 

L’eau est sans doute un problème politique et il s’agit d’une crise résultant d’un développement non durable, selon l’ancien dirigeant. Cette situation fait partie d’une crise politique globale, estime M. Gorbatchev. Il a toutefois souligné que la crise économique mondiale peut jouer le rôle de catalyseur et aidera à renoncer à  l’ancien modèle de développement non durable, a-t-il déclaré. 

M. Gorbatchev a appelé à un leadership politique clair sur l’eau, demandant à ce que tous les pays aident les Nations Unies à consacrer le droit à l’eau en tant que droit humain le plus important.

Dans la mesure où les organisations internationales ne s’occupent pas réellement de gouvernance mondiale, le problème devrait être évoqué par le prochain sommet du G20 en avril, a-t-il expliqué. Le monde a besoin de nouveaux modèles de développement et d’une nouvelle structure politique, a-t-il conclu. 

Le mémorandum, publié hier, avance que la crise mondiale de l’eau est si grave qu’il faut procéder à des changements du système économique et des modes de vie. 

Il appelle à un changement global de paradigme politique quant à l’eau, et à l’élaboration d’un nouveau plan mondial pour l’eau comprenant :

  • un droit universel à l’eau et aux installations sanitaires ;
  • la reconnaissance de la responsabilité individuelle et collective de garantir de l’eau pour les générations futures.

Nous ne pouvons garantir l’approvisionnement en eau sans l’élaboration d’une politique institutionnelle et la promotion d’une responsabilité partagée au niveau mondial à l’égard de notre source commune de vie, peut-on lire dans le mémorandum. Le document demande également à ce que le protocole sur l’eau soit intégré à l’agenda des Nations Unies post-Kyoto et au futur accord.

Le but final du protocole est d’ouvrir la voie à une nouvelle architecture politique capable de répondre aux défis mondiaux du XXIème siècle. 

Réactions : 

Alexander Likhotal, PDG de Green Cross International, une organisation travaillant sur la prévention et la résolution des conflits relatifs à l’eau, est sceptique quant à la probabilité que la question soit soulevée à la table des négociations de Copenhague. Il souligne en effet que l’agenda est déjà si chargé qu’une nouvelle question pourrait s’avérer être celle de trop. Pour que de véritables progrès soient réalisés rapidement, les questions relatives à l’eau devraient être discutées dans le cadre de forums tels que la prochaine réunion du G20 en avril, a souligné M. Likhotal.

Selon Maude Barlow, conseillère spéciale du président de l’assemblée générale de l’ONU  pour les questions relatives à l’eau, alors que l’eau n’est que la moitié de l’équation du changement climatique, les chances que cette question soit ajoutée à l’agenda de Copenhague sont maigres. La réunion de Copenhague est déjà très controversée, a-t-elle fait remarquer. Il y a tellement de sujets à traiter, et il est tard pour ajouter encore une autre question à l’agenda, selon Mme Barlow. Toutefois, elle est d’avis qu’il faut essayer. Et même si cette question ne sera pas officiellement reconnue à Copenhague, elle pourrait toutefois être traitée dans le cadre des négociations ultérieures. 

Karl Falkenberg, directeur général de la direction Environnement de la Commission européenne, a souligné que l’eau était une question essentielle du Livre vert de la Commission sur l’adaptation au changement climatique. 

L’exécutif européen prépare actuellement un Livre blanc, dont la publication est prévue pour le mois prochain, afin de susciter le débat interne de l’UE et pour proposer des actions concrètes pour assurer l'approvisionnement en eau. La gestion de l’eau sera une question centrale du document, dont l’objectif est de s’adapter au changement climatique, a-t-il indiqué. 

Citant le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, M. Falkenberg a indiqué qu’il y a toujours suffisamment d’eau pour tout le monde, mais il ne faut pas la polluer, l’utiliser intelligemment et la partager globalement. Selon lui, alors que le montant de l’aide aux pays en développement dans le domaine de l’eau s’élève à un milliard d’euro, ces pays auraient en réalité besoin de près de 200 milliards d’euros. Même si c’est la responsabilité des gouvernements de garantir l’accès à l’eau pour tous, des fonds privés doivent également être mobilisés à cet effet, a-t-il ajouté. 

Guido Sacconi, ancien président de la commission temporaire sur le changement climatique du Parlement européen, a reconnu que les discussions de Copenhague incluraient uniquement l’énergie et les forêts. En effet, l’approvisionnement en eau a jusqu’à présent été considéré comme un problème environnemental et à ce titre, il était généralement admis que cette question devait être examinée au niveau européen. Or il s’agit d’un sujet transversal, a-t-il indiqué. Il a en outre souligné le fait que les pays développés et en développement doivent fournir aux pays pauvres les moyens financiers et technologiques minimums pour amorcer un développement propre. 

Tony Allan, professeur au King’s College de Londres, a expliqué qu’il y a assez d’eau pour tous, mais que la pauvreté est la raison pour laquelle les gens manquent d’eau. S’attaquer à au problème de la pauvreté, c’est s’attaquer à celui de l’accès à l’eau, a-t-il déclaré.

Sekou Diarra, président de la coalition malienne pour la défense de l’eau, représentant l’African Water Network,  a déclaré qu’il y avait beaucoup d’eau en Afrique sub-saharienne, mais aucun accès possible pour des raisons politiques. Il déplore l’appauvrissement forcé de l’Afrique alors que le continent dispose de nombreuses ressources. 

Prochaines étapes : 
  • 16-22 mars 20095ème Forum mondial de l’eau  à Istanbul
  • Avant la fin mars 2009 : la Commission doit publier un Livre blanc sur l’adaptation au changement climatique
  • 2-3 avril 20092nde conférence européenne sur l’eau  qui doit se concentrer sur la planification de la gestion des bassins fluviaux
  • Janvier 2010 : les Etats membres de l’UE devraient introduire des politiques de fixation des prix
Contexte : 

Les réserves d’eau étant de plus en plus limitées en raison d’une utilisation intensive et du changement climatique, l’UE a introduit une politique de fixation des prix afin de persuader les utilisateurs – agriculteurs, industries et ménages – d’économiser la précieuse ressource. En parallèle, la pression augmente en faveur de la reconnaissance d’un accès à une eau de boisson potable et à des installations sanitaires en tant que droit fondamental. 

Faire la paix avec l’eau, une conférence internationale organisée par le World Political Forum (WPF) a eu lieu au Parlement européen les 12 et 13 février. Elle visait à contribuer aux négociations internationales actuelles sur un accord sur le changement climatique succédant au protocole de Kyoto pour 2013, en proposant un mémorandum pour un protocole mondial sur l’eau.   

More in this section

Publicité