Louis Michel, le commissaire européen au Développement et aide humanitaire a déclaré lors d’un débat avec les eurodéputés à Strasbourg, qui se sont réunis pour discuter de la crise alimentaire mondiale le 22 avril, que « Les prix des produits alimentaires ne reviendront pas à leur niveau d'antan ».
Selon M. Michel, qui a annoncé une augmentation des dépenses de l’UE concernant l’aide alimentaire, la hausse considérable des prix de l’alimentation constitue une menace à la stabilité mondiale.
Cependant, M. Michel a également précisé que la résolution de la crise va bien au-delà des seules capacités européennes, soulignant des problèmes structurels dans les marchés agricoles mondiaux et notamment, une absence de pouvoir d’achat dans les pays les plus pauvres.
Ventres vides
D’après la Banque mondiale qui constate une augmentation particulièrement considérable pendant les six derniers mois, la moyenne mondiale des prix alimentaires a augmenté de 83 % au cours des trois dernières années. Tandis que les citoyens européens doivent plus mettre la main au porte-monnaie, dans de nombreuses nations, où des millions de familles et d’individus vivent avec moins d’un euro par jour, on entend par la hausse la différence entre la pauvreté et la famine.
Josette Sheeran, la directrice exécutive du Programme mondial de l’alimentation (PMA) des Nations Unies, a comparé la crise à celle du tsunami asiatique en 2004 et, par conséquent, exige une action à grande échelle et de haut niveau menée par la communauté mondiale concentrée sur des solutions d’urgence et à long terme.
La crise soulève également des craintes selon lesquelles l’objectif des Nations Unies de diminuer de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015, appelé Millénaire pour le développement, ne sera pas satisfait.
« Hedge foods »
La demande croissante pour de la viande jusque-là à un prix inabordable et d’autre produits alimentaires « luxueux » dans des pays qui se développent rapidement comme en Chine, Inde et au Brésil est souvent mentionnée comme un des principaux éléments moteurs de l’envolée des prix.
Cependant, pendant leur débat, un certain nombre d’eurodéputés ont également souligné l’augmentation de la spéculation concernant les matières premières alimentaires et la réalisation de bénéfices excessifs suite à l’effondrement récent des marchés financiers mondiaux. Selon certains eurodéputés socialistes en particulier, cela sous-entend que les acteurs sur la scène des marchés financiers se sont rués pour trouver de nouvelles sources de profits et ont délibérément réduit les approvisionnements alimentaires tout en poussant la demande afin de stimuler le prix des matières premières alimentaires.
Des demandes en faveur d’une meilleure régulation des marchés financiers ont lancé des avertissements à Bruxelles où le commissaire européen en charge du Commerce, Peter Mandelson, a récemment mis en garde contre l’utilisation de la crise comme d’une excuse pour aller en direction d’un protectionnisme agricole plus important (EurActiv 21/04/08).
Dénigrement des biocarburants
Beaucoup se disent inquiets quant à une évolution profonde de la production alimentaire vers la production de biocarburants à partir de biomasse qui aggravera davantage la pénurie alimentaire et les inquiétudes concernant les prix.
Le Premier ministre italien sortant, Romano Prodi, a récemment abordé la question lors du Forum international de l’énergie à Rome le 22 avril. La concurrence entre l’alimentation et les carburants engendre un conflit qui pourrait avoir pour effet des conflits sociaux désastreux et des résultats écologiques douteux.
Le gouvernement de Gordon Brown, le Premier ministre britannique, a également promis le 22 avril de demander un changement dans la politique de l’UE en matière de biocarburants si une étude du gouvernement britannique trouve que la politique est contre-productive en termes de prix alimentaires et de durabilité écologique.
Parallèlement, Bruxelles continue à défendre ses propositions sur les biocarburants.
Le commissaire européen à l’Energie, Andris Piebalgs a expliqué dans un article publié dans un blog le 28 mars que les biocarburants sont devenus un bouc émissaire en raison de l’augmentation récente des prix des matières premières qui ont d’autres origines – des récoltes médiocres à l’échelle mondiale et une demande alimentaire en hausse provoquée par une amélioration des niveaux de vie en Chine et en Inde.
Certains eurodéputés ont également mis en garde contre le fait de « jeter le bébé avec l’eau du bain », en soutenant que les biocarburants ont seulement un impact marginal sur la hausse des prix alimentaires et que les changements culturels apportés aux marchés mondiaux de l’alimentation ainsi que le développement de la production agricole en Afrique annuleraient largement l’impact des prix alimentaires sur la production des biocarburants.
La solution des OGM ?
Alors que la plupart des eurodéputés ont approuvé pendant leur débat que le développement de la productivité agricole est nécessaire pour aborder la crise, les points de vue divergent considérablement quant aux avantages d’utiliser les biotechnologies et les cultures génétiquement modifiées (GM) afin de stimuler les récoltes au sein de l’UE et dans les pays en développement.
Certains spéculent que l’étendue de la hausse des prix peut encourager les consommateurs européens à adopter en général une position plus favorable concernant les cultures GM. Le International Herald Tribune a rapporté les propos de l’eurodéputé Neil Parish, président de la commission du Parlement responsable de l’agriculture, qui, selon lui, les citoyens européens peuvent avoir « leurs cœurs à gauche, mais leurs poches sont à droite ».
Néanmoins, un nombre de consommateurs européens, d’exploitations agricoles familiales et de groupes écologiques restent opposés aux cultures GM. Dans le cadre du débat, les groupes ont déclaré aux eurodéputés que les preuves selon lesquelles la réduction du régime des OGM en Europe abordera la crise sont insuffisantes. La hausse des prix s’est produite partout dans le monde – même aux Etats-Unis qui a le système le plus permissif en matière d’approbation des GM.



