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Mettre une annonce"Sans reconception radicale de nos villes, de nos modes de consommation, de notre production alimentaire et de notre secteur énergétique, l'humanité pourrait être en péril." Tel a été le message sans équivoque du débat sur 'l'empreinte écologique' de l'UE lors de la Semaine verte.
"L'empreinte écologique" est un outil de gestion des ressources élaboré par le Professeur américain William Rees et le Suisse Mathis Wackernagel dans les années 1990. Il évalue la pression écologique que les humains exercent en termes de diminution des ressources et de la biodiversité en raison de leurs économies et de leurs modes de vie. Cet instrument sert ainsi à évaluer le développement durable d'un pays ou d'une région, voire du monde entier.
Actuellement, l'empreinte écologique de la planète dépasse de 23% la capacité des écosystèmes à se regénérer. L'empreinte est évaluée en hectares par personne. La biocapacité moyenne au niveau mondial est de 1,8 hectares par personne.
Une évaluation de l'empreinte écologique par pays donne à réfléchir sur la question de l'équité. Aujourd'hui, l'empreinte écologique de l'Amérique du Nord se situe à 9,4 hectares globaux par personne, celle des 25 Etats membres de l'UE plus la Suisse à 4,7, ce qui signifie, en termes de relation entre l'Europe et les écosystèmes dans le monde, que les Européens utilisent plus de deux fois la biocapacité moyenne pour avoir la vie qu'ils mènent.
L'agence européenne pour l'environnement a coopéré en 2005 avec les auteurs de l'empreinte écologique et leur 'Global Footprint Network
' sur l'Edition 2005 de l'empreinte écologique nationale
.
Dans le cadre de la Semaine verte de l'UE sur la biodiversité, quatre intervenants de haut niveau se sont penchés, lors d'un débat le 30 mai 2006, sur l'impact de l'Europe sur l'environnement en termes d'empreinte écologique et sur les résultats de l'Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire des Nations Unies.
Georgina Mace, directrice du département des sciences de l'Institut londonien de zoologie, a présenté les principaux résultats du rapport 2005 du Millénaire. "Nous gaspillons notre capital naturel, dépensons le budget familial," a déclaré Mme Mace. Elle a également exprimé des doutes sur les ambitions de l'UE de mettre un terme à l'érosion de la biodiversité d'ici 2010. "Les systèmes naturels ont besoin de décennies pour se regénérer," a-t-elle indiqué, ajoutant qu'elle espérait que l'UE parviendrait à mettre en oeuvre sa politique environnementale d'ici 2010. Le commissaire à l'environnement, Stavros Dimas, s'était montré plus optimiste sur l'objectif de 2010 lors d'une conférence de presse un peu plus tôt, indiquant qu'il était convaincu que l'Europe parviendrait à atteindre ses objectifs en termes de protection de la biodiversité.
Mathis Wackernagel, l'un des fondateurs de l'empreinte écologique, a présenté une analyse des recherches menées par le Global Footprint Network. "Nous dépassons la biocapacité de la planète," a déclaré M. Wackernagel. En moyenne, chaque personne sur Terre aujourd'hui a une empreinte de 2,2 hectares globaux par rapport à la biocapacité de 1,8 hectares par personne. "L'Europe a besoin de deux fois et demi sa capacité pour subvenir à ses besoins," a-t-il poursuivi, "si nous continuons comme ça, le monde aura besoin de deux planètes en 2050 pour survivre." Selon M. Wackernagel, il faut évaluer de façon précise les ressources disponibles et utilisables et commencer à adapter nos mégapoles dans une perspective de développement durable.
Fred Langeweg, de l'Institut national néerlandais de santé publique et d'environnement, s'est montré tout aussi pessimiste. "Il est peu probable que l'UE atteigne son objectif en 2010," a-t-il soutenu. Pour lui, la solution consiste à découpler le développement économique et l'érosion de la biodiversité.
Christopher Flavin, président de Worldwatch
, a évoqué un éventuel "scénario de film d'horreur," soulignant la croissance économique de la Chine et de l'Inde. Avec une population totale de 2,5 milliards de personnes contre 700 millions pour l'UE des 25 et les Etats-Unis réunis, il est irréaliste de penser que la Chine et l'Inde peuvent adapter leurs pratiques industrielles et leur mode de vie aux normes occidentales. "Les chiffres ne se recoupent tout simplement pas," a-t-il indiqué. Il a recommandé une reconception radicale de nos villes et de nos modes de consommation occidentaux, de notre production alimentaire et de notre secteur énergétique. Estimant que la relance du nucléaire n'était pas la solution, M. Flavin a davantage préconisé "des systèmes décentralisés, efficaces sur le plan énergétique et reposant sur les énergies renouvelables."
Lors du débat avec le public, certains se sont interrogés sur la capacité des systèmes politiques dans le monde à résoudre ce type de crise. Georgina Mace a reconnu que les gouvernements nationaux ne seraient effectivement pas en mesure de résoudre des problèmes de cette ampleur. M. Flavin s'est déclaré plus optimiste : "Nous devons trouver une alternative, un système d'un monde meilleur," a-t-il déclaré, rejetant les scénarios catastrophes.
Tous les intervenants ont reconnu la nécessité d'un autre type de croissance. Ce message final ressemblait fortement au message humaniste délivré par Vaclav Havel lors de la séance d'ouverture de la Semaine verte. V. Havel a demandé à l'humanité de se montrer plus humble face à la nature et a remis en cause l'obsession actuelle pour la croissance économique (voir EurActiv, ).