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Les industriels invitent l’UE à enrayer le déclin

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Publié 21 janvier 2013

ÉDITION SPÉCIALE / Après des années de fermeture, de licenciements et de réductions, les arguments en faveur d’une relance de l’industrie européenne seront au cœur du débat cette année. Les discussions sur une réponse politique adéquate s’intensifient et les doutes persistent quant aux capacités de l’UE à agir.

Une chute de la demande en acier de 8 % au cours de l'année 2012 a provoqué des fermetures permanentes des fourneaux dans le nord de l'Europe alors que d'autres ont été mis à l’arrêt afin d'éviter des fermetures supplémentaires.

Les aciéristes européens ont réduit leurs investissements alors que l'offre de produits sidérurgiques et métalliques non ferreux dépasse la demande, comme le révèlent les résultats d'importants utilisateurs d'acier tels que le secteur automobile.

Le constructeur automobile français Renault a décidé le 15 janvier de supprimer 7 500 emplois d'ici 2016, à la suite d'annonces similaires qui ont touché les opérations de Fiat, de Ford, de General Motors, d'Opel et de Peugeot en Europe.

Entre 2008 et 2012, 6,8 millions d'emplois dans la construction et l'industrie ont été supprimés dans l'UE, selon BusinessEurope, l'association qui représente les plus grandes fédérations d'entreprises des États membres.

« La gravité de la crise provoque des effets secondaires douloureux », a déclaré Markus Beyrer, le directeur général de cette association.

En octobre 2012, lors de la présentation d'une révision et d'une relance de la « politique industrielle intégrée à l'ère de la mondialisation » de la Commission, lancée pour la première fois en 2010, Antonio Tajani, le commissaire européen en charge de l'industrie, a reconnu que « nous avons commis des erreurs dans le passé, nous avons laissé l'industrie et les PME se débrouiller seules pendant trop longtemps ».

Revenir aux niveaux industriels d'avant la crise

Antoni Tajani a déclaré que l'objectif était d'accroître l'activité industrielle à 20 % du produit intérieur brut de l'UE d'ici 2020, par rapport à 16 % à l'heure actuelle, afin de revenir aux niveaux d'avant la crise.

La stratégie établit six priorités pour une action à court terme : les technologies de fabrication avancées, les technologies clés génériques, les bioproduits, un secteur de la construction et des matières premières, les véhicules propres et les réseaux intelligents.

Cette approche a ensuite été approuvée par le Parlement européen et le Conseil. Cette approbation répond en partie à l'inquiétude grandissante au sein des États membres qui estiment que l'UE a accordé beaucoup d'attention à l'austérité, mais a fait peu d'efforts pour ouvrir les marchés afin de stimuler les investissements et la croissance.

Des doutes persistent toutefois quant à la capacité de l'exécutif européen à atteindre cet objectif, mais également quant à son diagnostic sous-jacent.

« Le tableau n'est pas aussi sombre que le laissent penser certains chiffres extrêmes », a déclaré Fabian Zuleeg, l'économiste en chef du Centre de politique européenne (EPC).

M. Zuleeg a indiqué que même dans le secteur automobile, où les nouvelles semblent les plus pessimistes, plusieurs industries de haute technologie répondent davantage aux demandes du secteur en Europe.

« Le problème évident est qu'il existe une offre excédentaire dans ce secteur et une rénovation […] vers des usines hautement qualifiées, où l'UE peut rivaliser, est nécessaire », a-t-il ajouté.

Toute mesure de la Commission qui vise à encourager le protectionnisme ou à subventionner les industries qui n'améliorent pas la compétitivité du secteur serait une erreur, a expliqué M. Zuleeg. Des conditions plus souples et des industries plus qualifiées doivent au contraire être favorisées, selon lui.

Gordon Moffat, le directeur général d'Eurofer, l'Association européenne de la sidérurgie, estime au contraire que l'UE devrait revoir certaines de ses politiques existantes dans d'autres secteurs afin de diminuer les prix pour l'industrie et de défendre les intérêts du continent plus vigoureusement.

La grande industrie regrette particulièrement que les politiques de l'UE sur le climat et l'énergie aient contraint les fournisseurs d'électricité à répercuter les augmentations des prix sur les industries qui consomment beaucoup d'énergie.

« Le climat, en particulier. L'énergie aussi », a déclaré M. Moffatt dans un entretien accordé à EurActiv. « Depuis 1952 et le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier, c'est la toute première fois qu'on nous dit que nous ne pouvons pas accroître la capacité », a-t-il déclaré, en faisant référence au système d'échange de quotas d'émission de l'Union européenne pour le dioxyde de carbone.

« À l'heure actuelle, l'acier est indispensable pour les chaînes de valeur manufacturière. Si un maillon de cette chaîne est rompu, une grande partie [du secteur] manufacturier sera perdu, d'après notre expérience », a-t-il ajouté.

« Le prix élevé de l'énergie devient également un désavantage important pour le secteur vis-à-vis de ses concurrents mondiaux », a affirmé M. Beyrer de BusinessEurope. Les prix de l'énergie ont augmenté de 28 % entre 2003 et 2011.

L'action est la question principale

Qu’ils soient en faveur d’un retour à la politique actuelle ou encouragent davantage l'industrie haute technologie, plusieurs responsables doutent de la capacité de la Commission à promouvoir efficacement des mesures.

Ces craintes se traduisent par des efforts décevants à l'échelle nationale. L'année dernière, une tentative médiatisée de fusion entre deux des plus grands conglomérats de l'industrie de la défense du continent, le franco-allemand EADS et le britannique BEA Systems, a échoué. Cette tentative a semé le doute sur les intentions de la création d'un champion mondial.

M. Zuleeg de l'EPC met en évidence le rôle crucial que José Manuel Barroso, le président de la Commission, doit jouer.

« Beaucoup dépendra du fait que la politique industrielle ne soit pas mise en marge à cause des tentatives de concentration de l'attention sur l'agenda urgent de l'union bancaire, et ensuite sur l'agenda économique », a-t-il déclaré.

Le succès de la politique industrielle dépendra également du débat controversé sur le budget de l'UE. L'un des éléments principaux de la tentative de la Commission en vue de relancer l'industrie de l'Europe pourrait reposer sur l'augmentation des financements pour la recherche. Quelque 80 milliards d'euros seront alloués au programme pour la recherche et l'innovation « Horizon 2020 » et 2,5 milliards d'euros au programme pour la compétitivité des entreprises et des PME de 2014 à 2020.

« Une politique industrielle orientée vers l’avenir […] doit s'appuyer sur la recherche et l'éducation. La politique industrielle fusionne avec la politique d'innovation », selon le professeur Karl Aiginger, de l'Institut autrichien de recherche économique.

Une réduction d'au moins 50 %, discutée dans les négociations actuelles sur le budget de l'UE, menace toutefois ces programmes orientés vers l'avenir.

Selon l'industrie lourde de l'acier et des produits chimiques, par exemple, beaucoup de progrès peuvent être réalisés en ajustant les politiques existantes sur l'énergie et le climat, qui sont destructrices selon elle.

Gordon Moffatt d'Eurofer a déclaré qu'il « n'était pas encore convaincu que M. Barroso acceptait » la politique industrielle de M. Tajani, surtout les modifications qu'il voudrait voir apporter aux autres portefeuilles.

Il a déclaré : « C'est au fruit que l’on reconnaît l'arbre. À quel point M. Barroso le soutiendra‑t‑il ? C'est la question principale. Et je lui ai dit franchement au cours des différentes tables rondes que nous avons déjà organisées. Il est louable qu'il examine des politiques qui, de notre point de vue, sont destructrices et mal construites et qui doivent être modifiées. »

« Maintenant, il est temps de traduire toutes les bonnes intentions en actions ! » a déclaré Markus Beyrer de BusinessEurope.

Prochaines étapes : 
  • 2020 : l'objectif de l'UE sera d'accroître la part de l'industrie dans le PIB de l'Europe de 16 à 20 % 

Jeremy Fleming - Article traduit de l'anglais
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A worker at carmaker Peugeot's Mulhouse plant (Photo: PSA)
Contexte : 

Une communication de la Commission publiée en octobre 2012 s'appuie sur la « politique industrielle intégrée à l'ère de la mondialisation » adoptée en 2010, dans le cadre de la stratégie Europe 2020 et la met à jour.

Elle portait principalement sur le renforcement de la compétitivité industrielle pour soutenir la relance économique et assurer la transition vers une économie à faibles émissions de carbone et efficace dans l’utilisation des ressources et de l’énergie.

L’approche stratégique proposée en 2010 reste tout à fait valable pour la réalisation de nos objectifs à long terme et des progrès spectaculaires dans sa mise en œuvre, selon l’exécutif européen.

Pourtant, les lourdes répercussions de la crise économique dans plusieurs États membres, la stagnation économique que l’UE a connue par la suite et la détérioration des perspectives sur le plan de l’économie mondiale ont conféré un nouveau caractère d’urgence à cet examen à mi-parcours de la politique industrielle.

Plusieurs réunions du Conseil européen en 2011 et 2012 ont appelé à agir dans les domaines visés par cette communication, comme l’a annoncé le président de la Commission, José Manuel Barroso, lors de son discours sur l'état de l'Union le 12 septembre 2012.

La stratégie industrielle mise à jour s'inscrit dans le cadre de la réponse à ces appels, surtout à la suite du « Pacte pour la croissance et l'emploi » du Conseil européen en juin 2012.

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