Des appels demandant à l'UE de trouver un « remède magique » et de rivaliser contre les États-Unis en exploitant du gaz de schiste grâce à la méthode de « fracturation » (voir « Contexte ») suscitent toujours une controverse en raison des préoccupations d’ordre environnemental et logistique.
En partie grâce à ses réserves de schiste, les États-Unis devraient devenir autosuffisants en pétrole et en gaz d'ici 2035. Ils devraient dépasser la Russie dans la production de gaz d'ici 2015 et l'Arabie saoudite dans celle de pétrole d'ici 2017, selon des prévisions récentes de l'Agence internationale de l'énergie.
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Les progrès réalisés dans les techniques de forage et de fracturation permettant un meilleur accès aux réserves de gaz ont provoqué une chute significative des prix du gaz américain depuis le début de l'année 2010, alors qu'en Europe, les prix demeurent extrêmement élevés.
Les producteurs industriels ont annoncé qu'ils allaient investir plus de 90 milliards de dollars (68 milliards d'euros) aux États-Unis pour profiter de leur gaz naturel bon marché, selon des estimations qui mettent en évidence les conséquences révolutionnaires du gaz de schiste sur la croissance industrielle américaine.
Des conséquences surprenantes sur l'économie américaine
Des entreprises de la pétrochimie, des carburants, des engrais et de l'acier, attirées par l'énergie bon marché, font partie des investisseurs de plusieurs milliards de dollars, selon Dow Chemical. Cette entreprise a annoncé un investissement de 3 milliards d'euros au Texas et en Louisiane et a estimé la valeur totale des investissements américains dans l’industrie à 90 milliards de dollars minimum (68 milliards d'euros), a indiqué le Financial Times en décembre 2012.
Des producteurs européens inquiets craignent que cette évolution ne leur permette plus de rivaliser dans les secteurs énergivores. Il est évident que l'industrie comme la sidérurgie, actuellement en déroute en Europe, se tourne vers les États-Unis après des décennies de déclin.
Neil Sampat, analyste chez Nomura, a souligné que le géant de l'acier ArcelorMittal ne prévoyait pratiquement plus d'investir en Europe dans la production d'acier ou l'extraction du minerai de fer : « L'entreprise transfère graduellement ses activités de l'Europe vers l’Amérique du Nord. »
Gordon Moffat, le directeur général d'Eurofer, l'Association européenne de la sidérurgie, a déclaré : « Les conséquences du schiste sont assez surprenantes, je pense que nous allons assister à une réindustrialisation des États-Unis. Nous constatons déjà des transferts de production de l'Europe vers les États-Unis : c'est déjà évident dans e secteur pétrochimique. Cela se produit également dans l'industrie de l'acier. »
Une sonnette d'alarme pour l'Europe
« Le gaz de schiste crée une situation dans laquelle les États-Unis disposent d'une sécurité énergétique d’un niveau beaucoup plus élevé et de coûts énergétiques plus bas que dans le passé », a indiqué Fabian Zuleeg, l’économiste en chef du Centre de politique européenne (EPC).
Il a ajouté qu'il s'agissait clairement d'un signe encourageant pour l'industrie américaine et d'« une sonnette d'alarme nécessaire [pour inciter] l'Europe à agir d'une seule voix dans la politique énergétique ».
« Nous devons garantir un approvisionnement énergétique abordable et sûr en Europe, accompagné d'un marché unique de l'électricité », a-t-il indiqué.
Même si des analystes acceptent ce diagnostic, ils ne sont pas certains du remède, surtout en ce qui concerne tout projet selon lequel l'Europe devrait suivre l'exemple des États-Unis sur le schiste, alors que le continent est limité par une géographique et des points de vue différents.
Bien que M. Moffat estime que le gaz de schiste représente un remède miracle pour les industries américaines frappées par la crise et que l'Europe pourrait suivre leur exemple, il est conscient des difficultés.
« Les États-Unis sont peut-être mieux placés pour exploiter le gaz de schiste en raison de son emplacement, en dehors des zones habitées, alors qu'en Europe, qui dispose de gaz de schiste, c'est plus difficile puisque [ces réserves] sont plus proches des zones habitées et que nous sommes plus attentifs à notre population », a précisé M. Moffat.
La prudence est de rigueur en Europe
L'Europe a adopté une démarche bien plus prudente notamment en raison des difficultés liées à la densité de population, mais également en raison des risques et des craintes concernant l'environnement, qui ont poussé la Bulgarie et la France à interdire l'exploration de schiste.
Un rapport important, Shale gas: unconventional and unwanted, publié en septembre 2012 par le groupe de défense de l'environnement les Amis de la Terre, a révélé que l'Europe risquait de passer à côté d'une conception en faveur d'un avenir énergétique plus durable, à faible émission de carbone, si elle ne rejetait pas définitivement les carburants fossiles comme le gaz de schiste.
M. Zuleeg a résumé l’ambivalence de la réponse européenne : « Cela ne veut pas nécessairement dire que l'UE devrait suivre la voie du gaz de schiste, même si nous ne devrions pas non plus le rejeter sur-le-champ. »
Le Royaume-Uni a levé son interdiction sur l'exploration de gaz de schiste le 13 décembre 2012, malgré des craintes d'ordre environnemental, car il aspire à jouer un rôle prépondérant dans le secteur.
Le Royaume-Uni donne son feu vert à l'exploration de schiste
Le Royaume-Uni a approuvé la fracturation du gaz de schiste 18 mois après que ses propres autorités ont mis un terme au processus d'exploration de gaz non conventionnel à la suite de secousse sismique sur un site. Les réserves de schiste sont toutefois considérées comme un moyen de contrer le déclin de la production de gaz naturel au Royaume-Uni.
Le Parlement européen a rejeté une interdiction sur le gaz de schiste le 21 novembre 2012 et a demandé un cadre réglementaire solide pour s'attaquer aux préoccupations d'ordre environnemental.
Dans le même temps, la Commission devrait présenter cette année un cadre réglementaire pour la gestion des risques liés au gaz de schiste.
Qu'il s'agisse d'exploration efficace de schiste ou d'autres méthodes, M. Zuleeg est convaincu que le maintien des prix de l'énergie est un facteur clé pour la reprise industrielle européenne.
« L'investissement dans la transmission énergétique [réseaux intelligents] paneuropéenne est absolument nécessaire si nous voulons obtenir plus d'énergies renouvelables et créer une meilleure sécurité d'approvisionnement, ainsi qu'une réduction des coûts », a-t-il conclu.



