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Les universités européennes, trop homogènes pour être compétitives [FR]

Publié 25 février 2008 - Mis à jour 27 février 2008
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Le manque d'autonomie et de diversité dans le système européen d'éducation supérieure nuit à la compétitivité et à la qualité des universités européennes et pousse les entreprises à investir dans la R&D hors de l'UE, plutôt qu'à l'intérieur, avertissent les universités et les entreprises.

Lors de l’European Business Summit de 2008, le 22 février, les représentants universitaires et industriels ont convenu qu’une diversification rapide et importante du système européen d’éducation supérieure est indispensable pour permettre aux universités de participer à la concurrence mondiale actuelle au niveau des esprits les plus brillants, du financement et de la réputation.

D’après les participants au sommet, d’autres raisons expliquent le manque de compétitivité de l’Europe dans le système mondial d’éducation supérieure, notamment le sous financement chronique, la réglementation excessive des structures de gouvernance de l’université, le manque d’autonomie et une mentalité isolationniste qui empêche la coopération entre les universités et les autres acteurs de la société, comme les industries et le monde des affaires.

Instaurer des partenariats durables entre les universités et les entreprises était l’une des solutions pouvant résoudre ces problèmes. Néanmoins, il est nécessaire d’accorder plus d’autonomie aux universités pour que cette solution fonctionne – pour trouver des sources extérieures de financement et dans la gestion de ces fonds a posteriori, ainsi que pour décider de l’éducation et des partenariat extérieurs.

Les intervenants ont également convenu qu’il ne s’agit pas uniquement de partenariats entre l’entreprise et l’université, mais également des inquiétudes sur la nécessité de créer une interface entre l’industrie, l’entreprise, l’éducation primaire et le secondaire.                                                                                                                                                                                                                                          

Ils ont ajouté qu’impliquer les entreprises à un stade plus précoce du système éducatif pouvait réduire des chiffres élevés de jeunes quittant prématurément le système éducatif et encourager l’intérêt dans l’apprentissage de la science, pour que les élèves et les étudiants soient en contact avec le monde réel et constatent, par exemple, en quoi les mathématiques peuvent leur être utiles dans la vie.

Parallèlement, lors du European Business Summit, le président de la Commission José Manuel Barroso présentait un livre montrant un exemple d'entreprise commune  réussie entre 30 entreprises néerlandaises et 147 écoles au Pays-Bas (lire EurActiv 17/03/2006).

Depuis cinq ans, l'entreprise Youth and Technology Network Netherlands (Jet-Net) aide les écoles à promouvoir leur programme de sciences par diverses activités et permet aux étudiants de mieux comprendre leurs perspectives de carrière professionnelle dans les secteurs de l'industrie et de la technologie.

Réactions : 

« Les entreprises doivent s’intéresser à l’éducation – de l’enseignement primaire à l’apprentissage tout au long de la vie – et les écoles et universités doivent s’ouvrir à la connaissance et à l’influence des entreprises », a déclaré le commissaire à l’Education Ján Figel’, ajoutant que l’ « isolation classique » des établissements d’éducation supérieure n’est pas la réponse aux défis actuels de l’innovation.

Dr. Craig Barrett, président du conseil d’administration d’Intel, a déclaré qu’il aimerait que toute une série d’IET (Institut européen de Technologie) soit mise en place en Europe. L’Europe a besoin de « davantage de concurrence entre les établissements d’éducation supérieure, les étudiants et les pays, ainsi qu’une collaboration plus étroite avec les industries ». Il a affirmé que le faible niveau de concurrence entre les universités européennes nuit généralement à la qualité de l’enseignement supérieur.

Le professeur Frans van Vught, membre du Conseil d’administration de l’Association européenne des universités (AEU), a constaté que la concurrence entre les universités concernant les esprits les plus brillants, le financement et la réputation est aujourd’hui mondiale et que les universités européennes n’ont pas les moyens financiers de remporter cette compétition.

Selon le professeur van Vught, il y a quatre raisons expliquant la faible compétitivité des universités européennes. « Tout d’abord, nous avons un problème historique de sous financement. Les Etats-Unis dépensent 100 % de plus dans l’éducation supérieure. Ensuite, les quelques 4 000 établissement d’enseignement supérieur américains sont de loin beaucoup plus diversifiés comparés aux quelques 4 000 établissement européens, qui sont très homogènes ». M. van Vught a présenté des raisons supplémentaires, notamment la réglementation des structures de gouvernance, qui limitent l’autonomie des établissement d’enseignement supérieur, ainsi que la mentalité dépassée selon laquelle les universités doivent être protégées de l’influence de l’Eglise, de l’Etat et de la société.

« Les universités ont besoin de partenariats durables pour affronter ces problèmes », a déclaré M. van Vught, en admettant néanmoins qu’afin de conclure ces partenariats, les universités doivent montrer aux entreprises qu’elles ont quelque chose d’intéressant à leur proposer. Si les universités doivent se vendre aux entreprises « ce que nous vendons doit valoir la peine pour nos clients », a affirmé M. van Vught, qui a également constaté qu’actuellement, les entreprises et les industries européennes investissent davantage dans les activités de R&D d’universités situées en dehors de l’UE.

« Laissons les responsables d’entreprises venir à l’université. Il n’y aura alors plus aucune raison pour que l’UE ne soit pas plus compétitive », a déclaré le professeur Jan-Eric Sundgren, vice président de Volvo. Cependant, il a souligné que les mentalités ne changent pas en une nuit, affirmant « cela prendra du temps ». M. Sundgren a également souligné qu’il ne s’agit pas uniquement que les universités coopèrent avec les entreprises, mais aussi que l’éducation primaire et secondaire nécessite une interface pour la collaboration entre l’école et les entreprises. « La table ronde des industriels européens a fourni beaucoup d’efforts pour créer des interfaces entre les écoles et les entreprises aux niveaux national, régional et local », a-t-il dit, ajoutant que les enseignants ont notamment un rôle important à jouer dans la création de cette interface.

« Les enfants à l’école ont besoin d’avoir plus de contact avec le monde réel et les entreprises peuvent les y aider », a convenu Signhild Arnegård Hansen, présidente de la Confédération des entreprises suédoises. « Le système éducatif est également le principal fournisseur de main-d’œuvre pour les entreprises et ce point devrait être souligné dans le système », a-t-elle déclaré, appelant également à un passage d’un système visant uniquement l’éducation des masses à un système privilégiant l’investissement dans les êtres humains, en éduquant des individus doués et compétitifs. « Il faut passer de la quantité à la qualité », a-t-elle souligné.

« Nous devons retenir le talent en Europe et attirer une population hautement qualifiée, qui pourrait également créer des emplois », a déclaré Sergio Giacoletto, président exécutif d’Oracle EMEA. Si, dans le passé, les emplois spécialisés dans les technologies étaient délocalisés en Chine et en Inde étant donné les faibles coûts de main d’œuvre, ces postes sont maintenant situés dans ces pays à cause de la « quantité et de la qualité des compétences », a-t-il déclaré.

Cliquez ici pour lire les commentaires de Sergio Giacoletto sur la modernisation des universités et l'avenir du transfert de connaissance et de technologie entre les entreprises et les universitaires.

Contexte : 

En mai 2006, la Commission a publié une communication proposant des recommandations détaillées sur le moyen de moderniser l’éducation supérieure en Europe. Dans sa proposition la plus controversée, le rapport appelle les Etats membres à accorder davantage d’autonomie et de responsabilité aux universités et encourage les gouvernements à ouvrir les universités au monde de l’entreprise.

En juillet 2007, dans le but d’élaborer des recommandations sur la question, la Commission a également lancé une vaste consultation sur le moyen de moderniser l’éducation scolaire dans les Etats membres, couvrant des thèmes allant de la modernisation du programme scolaire et de la promotion de l’apprentissage tout au long de la vie au rôle des enseignants dans un environnement en constante évolution.

Jusqu’à présent, les plans français destinés à mettre en oeuvre les recommandations européennes sur la réforme de l’éducation supérieure – en particulier en accordant davantage d’indépendance aux universités pour la gestion de leur enseignement et pour ce qui est de trouver des sources extérieures de financement – ont suscité l’opposition chez les étudiants, le personnel de l’université et les associations françaises de chercheurs. Tous craignent que le désengagement de l’Etat implique une trop grande influence du secteur privé sur les programmes de l’éducation supérieure et le développement inégal des universités (EurActiv 08/11/07). 

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