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L’accord UE-Balkans sur les visas accusé d’anti-islamisme [FR]

Publié 13 juillet 2009
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La Commission européenne doit proposer la possibilité de voyager sans visa aux citoyens de Macédoine, de Serbie et du Monténégro cette semaine, s’attirant les critiques pour de prétendues contradictions dans le projet et pour un part pris défavorable aux minorités musulmanes dans les Balkans occidentaux.

Les citoyens de Macédoine, de Serbie et du Monténégro se verront offrir la possibilité de voyager librement dans l’espace européen Schengen à partir du début de l’année prochaine dans le cadre de projets qui doivent être dévoilés demain (14 juillet) (EurActiv 10/07/09).

La proposition devra être formellement approuvée par les 27 ministres européens de la Justice, bien que l’unanimité ne soit pas requise.

Les pays de l’espace Schengen comprennent les Etats membres de l’UE, avec pour exception le Royaume-Uni, l’Irlande, la Bulgarie et la Roumanie, en plus d’un certain nombre de pays non européens tels que la Norvège ou l’Islande.

Les Kosovars et les Bosniaques musulmans exclus

Les Jeunes européens fédéralistes (JEF), un mouvement politique proeuropéen qui ne se réclame d’aucune affiliation partisane, a déclaré que cette avancée – bien qu’elle aille dans la bonne direction – créerait de nouvelles divisions et punit de manière injuste les citoyens des Balkans occidentaux.

La conséquence d’offrir aux trois pays des Balkans occidentaux la possibilité de voyager sans visa pénalisera les Bosniaques musulmans et les citoyens de Kosovo, plaident les JEF.

Cela sera probablement interprété par la population comme étant anti-musulman, selon le secrétaire général de JEF, Peter Matjašič, qui s’exprimait auprès d’EurActiv.

La Bosnie-Herzégovine a bénéficié de la même feuille de route pour la libéralisation des visas, mais en raison de divisions interethniques, le pays a échoué à faire des progrès dans son processus d’adhésion à l’UE. Ses citoyens ont donc besoin de visas pour entrer dans l’espace Schengen.

Cependant, JEF met en avant qu’alors que les Serbes bosniaques et les Croates bosniaques pourront faire valoir leur double nationalité et obtenir des passeports sans visa, les musulmans bosniaques n’auront pas cette opportunité.

Pour ce qui est du Kosovo, ses citoyens resteront exclus du système de libéralisation des visas. Reconnaissant les divisions européennes sur le statut juridique du Kosovo (l’Espagne, la Slovaquie, Chypre et la Roumanie n’ont pas reconnu son indépendance), JEF détecte des contradictions dans les politiques européennes à l’égard de l’ancienne province serbe.

En réalité, de nombreux résidents du Kosovo ont fait leur demande pour les nouveaux passeports biométriques mis en place par le gouvernement serbe, mais la Commission européenne a déclaré que leur détenteur ne bénéficierait pas du voyage sans visa s’ils résident au Kosovo.

Si le Kosovo est considéré comme une partie de la Serbie, ses habitants devraient se voir reconnaître le droit de voyager sans visa comme le reste du pays. Au contraire, si le Kosovo est reconnu comme un Etat indépendant, il devrait être amené à la libéralisation des visas, a expliqué JEF.

JEF s’abstient de dire que les programmes de libéralisation des visas ne punissent que les populations musulmanes des Balkans occidentaux. Cependant, il cite un Bosniaque de 24 ans qui a grandi à Sarajevo lors du siège de 1992-1995, qui a dit qu’on s’attendait à ce que les victimes acceptent que des criminels de guerre toujours en cavale comme Ratko Mladić auront un meilleur passeport que le leur, et seront dès lors autorisés à voyager sans visa.

Des diplomates ont récemment affirmé à EurActiv qu’il existait dans les cercles européens la crainte de voir des vagues de migration albanaise ethnique, en particulier en provenance d’un Kosovo appauvri et ravagé par la criminalité, mais aussi d’Albanie elle-même.

Contexte : 

Les pays de la zone Schengen comprennent les 27 pays de l’UE à l’exception du Royaume-Uni, de l’Irlande, de la Bulgarie et de la Roumanie, plus un certain nombre de pays hors-UE, comme la Norvège et l’Irlande. Le Liechtenstein, la Suisse et Chypre doivent encore mettre en oeuvre l’accord d’exemption de visa avec l’UE.

Jusqu’à maintenant, excepté la Croatie, tous les pays des Balkans occidentaux ainsi que la Turquie sont inclus dans la « liste noire des visas » de Schengen, ce qui impose aux citoyens d’obtenir un visa avant de voyager vers la zone européenne sans frontière.

Historiquement, les citoyens de l’ancienne Yougoslavie, sous Tito, ont profité des voyages sans visa à travers l’Europe, et une diaspora importante s’est établie avec le temps dans de nombreux pays de l’UE. Cependant, dans un climat politique et économique en déclin, la Yougoslavie s’est elle-même retrouvée sur la première liste noire commune de l’UE, adoptée en 1995.

L’année dernière, la Commission européenne a mis en place une feuille de route et un modèle de référence en matière de libéralisation des visas pour la Serbie, la Macédoine, le Monténégro, l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine (EurActiv 26/05/08). Le Kosovo semble constituer un cas à part, puisqu’il n’est pas reconnu par tous les pays de l’UE.

Depuis l’établissement de la « liste noire des visas » de l’UE, seuls deux pays ont réussi à faire suspendre les exigences de visas avant même leur adhésion – la Bulgarie est entrée dans un régime sans visa avec les pays de l’espace Schengen en avril 2001, suivie par la Roumanie huit mois plus tard.

La Bulgarie et la Roumanie ne sont pas encore membres de Schengen mais sont sur la bonne voie pour accéder au régime « sans visa » dans les prochaines années.

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