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La Bulgarie et la Roumanie toujours sous surveillance [FR]

Publié 23 juillet 2009
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Après la réalisation de nombreux progrès techniques, la Bulgarie et la Roumanie doivent se faire assister pour combattre la corruption, a affirmé la Commission européenne le 22 juillet lors de la publication de ses rapports de surveillance annuels, promettant davantage de soutien tandis que les deux nouveaux venus dans l’UE restent sous surveillance.

« Un soutien politique de tous les partis » est indispensable pour s’attaquer aux affaires de corruption de haut niveau en Roumanie, où le Parlement du pays est considéré comme un refuge contre les poursuites du personnel politique, et « un soutien politique fort » est attendu du nouveau gouvernement bulgare dans la lutte contre la corruption et le crime organisé, selon le rapport.

Les deux rapports de huit pages, formulés avec soin, combinés aux deux documents annexes de 16 pages, portent le message suivant : le mécanisme de coopération et de vérification (CVM) mis en place lors de l’adhésion des deux pays à l’UE, commence à porter ses fruits.

Pour ce qui est de la Roumanie, la Commission note que les autorités du pays ont réagi de manière efficace aux inquiétudes soulevées par les examens précédents (EurActiv 13/02/09), tandis que pour ce qui est de la Bulgarie, on a remarqué un changement positif d’attitude. Dans un passé récent, le pays était dans une telle situation de conflit avec l’exécutif européen qu’il avait divulgué des documents confidentiels européens à la presse (EurActiv 17/07/09).

En ce qui concerne la Bulgarie, la Commission évoque 21 tâches qui doivent être menées à bien : elles vont du développement d’une stratégie intégrée contre le crime organisé et la corruption à la publication de toutes les décisions judiciaires. Dans le cas de la Roumanie, la liste des choses à faire comprend 16 éléments, de l’adoption de nouveaux codes de procédure civile et pénale à l’assurance que les parlementaires ne soient pas exclus des enquêtes criminelles.

La carotte ou le bâton ?

L’exécutif européen a bien fait comprendre que la surveillance subsisterait jusqu’à l’élimination complète de toutes les déficiences de mise en œuvre du droit. Des sources ont affirmé à EurActiv que la Commission avait envisagé de lier la suppression du CVM à l’adhésion des deux pays à l’espace Schengen mais, après des discussions, l’idée fut abandonnée. La Bulgarie et la Roumanie ont toutes deux exprimé leur ambition de rejoindre l’espace sans frontières Schengen avant 2011.

Le porte-parole de la Commission Johannes Laitenberger a expliqué que les commissaires avaient décidé de traiter séparément les questions de la surveillance et de Schengen, puisque aucun lien juridique ou de fait n’existe entre les deux.

Mais certaines sources déclarent que les opinions au sein du collège divergeaient sur la question de savoir si lier l’admission à Schengen aurait été considéré par Sofia et Bucarest comme une « carotte » ou un « bâton ». Alors que certains pays demandent à la Commission de se montrer ferme avec les nouveaux venus (EurActiv 18/06/09), l’exécutif européen a abandonné toute référence à Schengen.

La Bulgarie craignait que la Commission ne propose d’utiliser la clause de sauvegarde dans le domaine judiciaire, ce qui invaliderait de facto les décisions judiciaires du pays aux yeux des juridictions des autres Etats membres. Quand des fuites ont laissé des copies du rapport parvenir à Sofia et n’ont révélé aucune menace de la sorte, plusieurs fonctionnaires ont salué le rapport avec enthousiasme avant même qu’il ne soit publié.

La réaction roumaine a été plus critique. Les eurodéputés roumains ont rejeté le rapport avant même qu’il ne soit publié (EurActiv 17/07/09), et Victor Ponta, ministre des Relations avec le Parlement, a qualifié le CVM d’instrument bureaucratique inadéquat et dépassé.

Alors que certains pays, dont la France, ont indiqué que le CVM nécessitait un ajustement (EurActiv 30/06/09), la Commission reconnaît désormais qu’une assistance supplémentaire est nécessaire pour soutenir les processus de réforme en Bulgarie et Roumanie. Le prochain rapport est attendu dans douze mois, et un rapport séparé sur le financement européen à destination des deux nouveaux venus est prévu cet automne.

Réactions : 

L’eurodéputé Ivaylo Kalfin (S&D, Bulgarie) a affirmé à EurActiv que le rapport sur son pays représentait un progrès incontestable, et qu’il avait même créé un élan tout à fait positif. Mais il n’adhère pas au point de vue de la Commission selon lequel il n’y a pas de consensus politique en Bulgarie sur la lutte contre le crime organisé. Il a aussi rejeté les suggestions selon lesquelles le mécanisme devrait subsister à long terme. 

M. Kalfin a conseillé au nouveau gouvernement à Sofia et à la nouvelle Commission de commencer à travailler sur une stratégie de sortie du mécanisme qui serait acceptable par tous – la Bulgarie, les cadres de l’UE et les Etats membres. 

Selon la présidente de la chambre des députés de Roumanie, Roberta Anastase, le rapport de la Commission sur la Roumanie peut être considéré comme un signe de la confiance que l’exécutif européen met dans le gouvernement roumain, a rapporté Mediafax.

Mme Anastase a regretté que le mécanisme ne soit pas suspendu, mais a salué le fait que la clause de sauvegarde n’ait pas été activée. 

Hier, l’Open Society Institute à Sofia et l’European Policies Initiative ont publié un rapport comparatif intitulé « Les affaires inachevées des pays du cinquième élargissement », qui suggère que la Bulgarie a couru le risque de perdre ses droits de vote au Conseil en raison de ses faibles résultats dans la lutte contre le crime organisé. Le rapport déclare: 

Le seul mécanisme potentiellement efficace dans le domaine politique est l’activation de l’article sept du traité sur l’Union européenne (qui suspend les droits de vote au Conseil d’un Etat membre). Cette mesure a fait l’objet de discussions informelles en Bulgarie en raison de l’échec du pays à combattre la corruption et le crime organisé ; le simple fait de diffuser l’information dans les cercles informés est devenu une punition pour le gouvernement.

Contexte : 

Quand la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l’UE le 1er janvier 2007, il restait des progrès à faire dans les domaines des réformes judiciaires et de la lutte contre la corruption – et dans le cas de la Bulgarie, la lutte contre le crime organisé. Ces défauts faisaient courir le risque que la Bulgarie et la Roumanie ne soient pas en mesure d’appliquer correctement le droit communautaire et que les Bulgares ne soient pas capable de jouir pleinement de leurs droits de citoyens européens. 

Un mécanisme de coopération et de vérification a été établi pour prêter assistance aux deux pays. D’autre part, la Commission européenne a conservé le droit d’utiliser des garde-fous spéciaux. De telles sauvegardes font partie des traités d’adhésion des deux pays et peuvent être invoquées en dernier ressort contre les nouveaux Etats membres. En cas d’utilisation, le processus mènerait l’UE à refuser de reconnaître les décisions judiciaires ou même à geler le versement des fonds européens. L’application d’une telle décision pourrait nuire grandement à la réputation de ces pays.

Dans un retournement de situation complet par rapport aux rapports de surveillance précédents, où la Bulgarie prenait systématiquement du retard en matière de satisfaction des standards européens sur les réformes judiciaires et la lutte contre la corruption (EurActiv 24/07/09), la Commission a dévoilé de nouveaux rapports en février dernier, qui dépeignent cette fois-ci la Roumanie comme le dernier de la classe (EurActiv 13/02/09).

Les prochains rapports annuels sur la Bulgarie et la Roumanie sont attendus pour le 22 juillet, mais aucune date de diffusion n’a encore été communiquée. Les rapports sont préparés par le secrétariat général de l’exécutif de l’UE, sous l’autorité du président de la Commission, José Manuel Barroso, en accord avec son vice-président, Jacques Barrot.

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