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Les chefs de l'UE incités à débloquer la candidature turque [FR]

Publié 08 septembre 2009
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Cyprus Kosovo Turkey
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Le Prix Nobel de la paix Martti Ahtisaari et plusieurs autres personnalités membres de la « Commission indépendante sur la Turquie » de l’UE ont pressé les dirigeants européens de débloquer les négociations avec Ankara, avertissant que toute autre alternative serait contraire aux intérêts de l’Union. EurActiv s’est entretenu avec l’ancien premier ministre français Michel Rocard, membre de la Commission.

S’exprimant à Bruxelles hier (7 septembre) au European Policy Centre (EPC), un think tank, M. Ahtisaari a affirmé que le rapport, commandé par l’Open Society Fundation de George Soros, appelait à voir des progrès du processus d’adhésion de la Turquie.

Il a ajouté qu’aucune faveur spéciale n’était nécessaire pour la Turquie mais plutôt un traitement similaire aux autres candidats à l’adhésion.

M. Ahtisaari, ancien président de la Finlande, un pays neutre, a salué la Turquie pour son rôle dans l’OTAN, négligeant apparemment les inquiétudes récemment exprimées par le secrétaire général de l’Alliance, qui a dit que les tensions entre la Turquie et la Grèce mettaient en danger les missions de l’OTAN et de l’UE en Afghanistan et en Somalie (EurActiv 28/08/09).

L’ancien président finlandais était accompagné des membres de la Commission indépendante – l’ancien premier ministre français Michel Rocard, les anciens commissaires européens Emma Bonino et Hans van den Broeck, l’ancien ministre des Affaires étrangères espagnol Marcelino Oreja Aguirre et l’ancien secrétaire général pour les Affaires étrangères autrichien Albert Rohan.

M. Rohan a dressé un tableau assez optimiste des derniers évènements en Turquie, saluant le fait que les négociations sont en cours sur la réunification de Chypre, ce qu’il a qualifié de meilleure et probablement dernière chance de réunification, ainsi que les avancées d’Ankara afin de donner plus de droits aux Kurdes (EurActiv 31/08/09) et pour avoir mis de côté ses tensions avec l’Arménie (EurActiv 01/09/09).

L’ancien diplomate autrichien a déclaré que les relations entre l’UE et la Turquie ont atteint un pic en 1999, quand le pays avait été invité à débuter ses négociations d’adhésion, mais qu’elles se sont grandement détériorées ces dernières années, en raison de l’attitude négative de certains dirigeants européens et des opinions publiques nationales envers l’adhésion de ce pays à l’UE. Cela a causé, selon ses mots, une large déception en Turquie et cela a affaibli les forces pro-européennes. Il a ajouté que ce développement était contraire aux intérêts de l’UE.

L’ancien ministre des Affaires étrangères espagnol Marcelino Oreja a été questionné sur le risque de voir le pouvoir militaire se mêler des affaires de l’Etat, étant donné que les cercles militaires ont tenté de faire interdire le parti au pouvoir, l’AKP, accusé d’activités anti-laïques (EurActiv 31/07/09). M. Oreja a comparé l’organisation secrète turque Ergenekon, proche des cercles militaires, aux organisateurs du coup d’Etat manqué en Espagne en février 1981, qui avait essayé d’imposer un gouvernement soutenu par les militaires.

M. Oreja a salué la fermeté du gouvernement turc vis-à-vis d’Ergenekon et a déclaré qu’après de récents développements, le problème semblait être résolu (EurActiv 09/07/09).

Responsabilités chypriotes

L’ancien commissaire néerlandais Hans van den Broek a admis que dans son pays, les sentiments à l’égard de l’élargissement avaient beaucoup changé dernièrement. Cependant, il a affirmé que dans le cas de la Turquie, la crédibilité de l’UE était en jeu, alors que certaines capitales européennes semblent s’être de nouveau engagées dans des discussions à propos de l’identité européenne, un débat qu’il estime avoir été déclenché au moment où la Turquie s’est vu accorder le statut de pays candidat à l’UE.

Il semble également adopter une attitude critique à l’égard de Chypre sur la question des négociations d’adhésion bloquées avec la Turquie.

Je ne sais pas si nous sommes tous conscient que le statut de candidat de la Turquie a été accordé à un certain prix, a déclaré M. Van den Broek, ajoutant que lorsque cela avait été décidé, il a également été convenu que l’adhésion de Chypre ne dépende pas de sa réunification. Il ne faut nier que ce simple fait complique aujourd’hui les discussions avec la Turquie, et donne à Chypre une position plutôt privilégiée. Et il ne s’agit pas d’une coïncidence que de nombreux chapitres ont été bloqués, également selon la volonté de Chypre, affirme M. Van den Broek.

L’ancienne commissaire italienne Emma Bonino a appelé les dirigeants européens à être plus actif en aidant les discussions en cours sur la réunification de Chypre, organisées par les dirigeants des deux communautés sous l’égide des Nations Unies. Elle a fortement encouragé les dirigeants européens à visiter Chypre, à mettre la pression sur les deux parties et à aider à la réussite des pourparlers.

L’ancien premier ministre français Michel Rocard a appelé à l'ouverture de nouveaux chapitres des négociations d’adhésion, en particulier celui sur l’énergie.

Pour lire cet entretien dans son intégralité (en français), cliquez ici.

Réactions : 

Se confiant à EurActiv, l'ancien commissaire européen Hans van den Broek qui, en tant que commissaire aux Affaires étrangères de 1995 à 1999, fut responsable de l'élargissement de l'UE, a indiqué que la décision d'accueillir la Bulgarie et la Roumanie dès janvier 2007 avait été prématurée. 

Je pense que l'élargissement qui a eu lieu a été un succès, mais cela ne va pas sans – disons – des efforts pour rendre nos institutions suffisamment efficaces en termes de prise de décision […] Je sens que l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie fut un peu précoce. Qu'ils deviennent membres, nous étions tous d'accord. Mais il est vrai aussi qu'ils avaient besoin de davantage de préparation . C'est ce qui cause certains problèmes aujourd'hui, mais je suis sûr qu'ils seront réglés dans un futur proche. 

On a demandé à Martti Ahtisaariancien envoyé spécial des Nations unies pour le Kosovo, de commenter les divisions au sein de l'UE, où un certain nombre de pays n’ont pas reconnu l'indépendance de l'ancienne province serbe. M. Ahtisaari a affirmé regretter cette situation et a donné son point de vue personnel : il faut trouver une position ferme avant que la Serbie ne rejoigne l'UE. 

Certains pays devront assumer la responsabilité d'un report de l'élargissement, a dit M. Ahtisaari.

Contexte : 

La chancelière allemande Angela Merkel a récemment affirmé qu’elle préfèrerait que la Turquie reçoive un partenariat privilégié de l’UE (EurActiv 11/05/09) plutôt qu’une adhésion complète, faisant écho à des commentaires récents du président français Nicolas Sarkozy faits lors du lancement de sa campagne des élections européennes (EurActiv 8/05/09). 

La Turquie a fermement rejeté l’idée d’un partenariat privilégié et a répété qu’elle devrait devenir membre de l’UE à part entière. Les relations UE-Turquie ne datent pas d’hier. 

La Turquie a postulé pour un statut de membre associé dans ce qui s’appelait alors la Communauté économique européenne, en septembre 1959. Elle a postulé pour être membre à part entière en avril 1987. En 1999, elle fut reconnue comme pays candidat ainsi qu’un certain nombre de pays, surtout d’Europe de l’Est, qui ont entre-temps rejoint l’UE en 2004 et 2007.

L’UE a convenu en 2005 de démarrer des négociations d’adhésion avec la Turquie, mais à peine 10 des 35 chapitres de négociation ont été ouverts jusqu’ici. Les négociations ont été gelées dans huit chapitres en 2006 après que la Turquie ait refusé d’ouvrir ses ports et aéroports aux navires et avions de l’Etat membre de Chypre. La Turquie occupe la partie nord de Chypre depuis 1974, quand l’armée turque a envahi la partir nord de l’île en réponse à un coup d’Etat inspirée par la junte militaire d’Athènes. 

Les dernières élections européennes ont vu une montée des discours anti-turcs et ont renforcé les partis politiques européens qui s’opposent à l’entrée de la Turquie dans l’UE.

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