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Chypre du Nord : victoire d'un "dur", doutes sur la réunification

Publié 19 avril 2010 - Mis à jour 22 avril 2010
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Cyprus elections Turkey
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Un partisan de la ligne dure a remporté hier (18 avril) les élections en Chypre du Nord, entité reconnue sur le plan international par la seule Turquie. Ce développement est considéré par beaucoup comme un coup dur porté aux négociations visant à réunifier l'île divisée et comme un revers pour la candidature turque à l'UE.

Le radical Derviş Eroğlu, issu du Parti de l'unité nationale (UBP - droite), a été élu président de Chypre du Nord suite à une élection animée dimanche (18 avril), a rapporté la presse turque.

M. Eroğlu a remporté 50,38 % des voix dans cette élection qui comptait sept candidats, alors que le candidat indépendant pro réunification Mehmet Ali Talat est resté à la traîne avec 42,85 % des voix, selon des résultats non officiels.

Le résultat de l'élection devrait aider à déterminer le futur des discussions de paix menées par l'ONU sur cette île divisée.

Les critiques du président nouvellement élu craignent qu'il ne stoppe les discussions de paix actuelles avec les Chypriotes grecs. Toutefois, dans son discours de victoire après l'élection, M. Eroğlu a assuré qu'il ne serait pas celui qui se détournerait dela table des négociations, écrit le quotidien turc Hurriyet.

Les négociations continueront, a dit le nouveau président au moment de réagir au résultat au siège de son parti,mettant au défi les critiques selon lesquelles il ne parviendrait jamais à une réconciliation.

Il a déclaré : les discussions continueront, afin de défendre les droits de notre peuple à la table des négociations, et pour trouver un accord viable et honorable.

M. Eroğlu, dont le parti UBP a remporté les élections législatives il y a un an et qui dirige le gouvernement dans le nord, soutient une solution à deux Etats, une option vigoureusement rejetée par les Chypriotes grecs, qui préconisent un Etat fédéral, avec deux zones administratives, et deux communes.

Le vainqueur des élections devra négocier un accord dans le cadre des discussions chapeautées par l'ONU, qui sont également cruciales pour le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Ankara a encouragé à de nombreuses reprises la poursuite des discussions, ce qui a été perçu par beaucoup comme un clair soutien en faveur de M. Talat.

Nous aurons de bonnes relations avec notre patrie, la Turquie. Je poursuivrai les discussions à la table des négociations avec le dirigeant des Chypriotes grecs Dimitris Christofias, a dit M. Dervişoğlu.

Environ 164 000 électeurs se sont rendus aux urnes. Le taux de participation a été plus élevé qu'il y a 5 ans, atteignant les 76,37 % comparé à environ 69 % en 2005, d'après les résultats non officiels. Lorsque le nombre de votes reçus par M. Eroğlu  a dépassé 50 %, ses partisans se sont rués versla place Atatürk à Nicosie pour célébrer la victoire.

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan a fait plusieurs déclarations à la veille des élections, considérées par certains comme un soutien pour M. Talat (voir les "Positions").

La situation chypriote pèse lourdement sur la candidature d'adhésion à l'UE de la Turquie. Lorsque les dirigeants européens se sont accordés en décembre 2004 pour ouvrir les discussions d'adhésion avec la Turquie le 3 octobre 2005, l'une des conditions spécifiques était qu'Ankara prolonge l'accord d'association avec le prédécesseur de l'UE, la Communauté Economique Européenne, avec les dix nouveaux membres de l'Union. Ce groupe comprend l'Etat chypriote grec, qui n'est pas reconnu par la Turquie.

En juillet 2005, la Turquie a signé un protocole élargissant son union douanière aux dix nouveaux membres de l'UE, mais au même moment Ankara a émis une déclaration selon laquelle sa signature ne signifiait pas qu'elle reconnaissait la République de Chypre. La Turquie a également refusé d'ouvrir ses ports et aéroports à Chypre, alors qu'elle affirme que l'UE n'a pas réussi à commercer directement avec la partie nord de l'île non reconnue (EurActiv 08/10/10).

Réactions : 

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan a encouragé les dirigeants chypriotes à poursuivre leurs discussions de réunification après les élections présidentielles de dimanche du côté turc de l'île divisée.

La partie turque ne peut pas échapper aux négociations d'adhésion. Si l'une des parties devait rester éloignée des négociations, ce devrait être la partie grecque, a dit M. Erdoğan dans un entretien samedi soir avec le chaîne de télévision privée Kanal 24.

J'espère sincèrement que les négociations se poursuivront avec le même engagement. Nous nous consacrerons sérieusement à terminer ces discussions, a affirmé M. Erdoğan.

M. Talat a élevé les discussions à un très haut niveau. J'espère que nous serons capables de les conclure d'ici la fin de l'année grâce aux discussions qui reprendront après les élections. Nous devons conserver notre engagement dans un esprit gagnant gagnant, a poursuivi M. Erdoğan.

Je suis certain que nos frères de Chypre du Nord feront usage de leur volonté démocratique pour continuer ce processus de paix, a ajouté le premier ministre. Ils ne devraient pas compromettre l'avenir de Chypre pour de simples bénéfices.

Les élections présidentielles qui ont eu lieu en Chypre du Nord ne peuvent pas être considérées comme un "vote libre", aécrit Yusuf Kanli dans une déclaration d'opinion publiée par le quotidien Hurriyet.

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan a répondu aux questions pré-établies d'une manière qui favorisait clairement M. Talat, a-t-il argué.

Il est presque allé jusqu'à demanderaux Chypriotes turcs de voter pour M. Talat et il a affirmé clairement que s'ils votaient pour M.Eroğlu, non seulement les discussions de Chypre dérailleraient, mais il pourrait y avoir des perturbations concernant l'aide financière et économique de la Turquie à la partie nord de Chypre, et que l'économie du territoire pourrait en être gravement affectée, a soutenu M. Kanli.

L'auteur a poursuivi en arguant que ces deux dernières semaines, plus d'une douzaine de parlementaires et maires du parti dirigeant AKP ont fait campagne de façon importante en Chypre du Nord. Une agence utilisée par AKP pour organiser ses propres campagnes électorales et événements publics a assisté M. Talat en offrant les services de 40 experts électoraux et en apportant le matériel nécessaire gratuitement, a fait remarquer M. Kanli.

Contexte : 

La division de Chypre représente l'une des questions les plus difficiles qui affectent les relations UE-Turquie, la future adhésion de la Turquie à l'UE dépendant de la résolution de ce différend (voir le LinksDossier d'EurActiv).

Malgré des efforts répétés sous l'égide de l'ONU pour amener les dirigeants des communautés grecques et turques de Chypre à s'entendre, l'île est restée divisée depuis 1974.

L'élection de Demetris Christofias en tant que président de Chypre en février 2008 a offert des perspectives encourageantes pour la réunification de l'île, grâce aux bonnes relations personnelles de M. Christofias avec Mehmet Ali Talat, le dirigeant de la communauté turque.

M. Christofias et M. Talat ont affirmé le 30 mars que des progrès importants avaient été réalisés dans les discussions de réunification supervisées par l'ONU. Les négociations ont toutefois été suspendues en amont de l'élection en Chypre du nord (EurActiv 31/03/10).

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