Hier 23 juillet, l’attention s’est focalisée sur la Bulgarie lors de la présentation des rapports au cours d’une conférence de presse discrète de la Commission. La quasi-totalité des questions se sont concentrées sur la Bulgarie. En effet, l’UE a l’intention de suspendre quelque 500 millions d’euros de fonds destinés à ce pays. Les médias se sont dès lors beaucoup moins intéressés à la Roumanie, dont le rapport, plus court que celui de la Bulgarie, se montrait également moins critique.
La Commission a également publié deux autres documents concernant la Bulgarie : un rapport sur la gestion des fonds européens ainsi qu’une décision de l’exécutif européen qui, en raison d’un scandale de corruption, veut retirer à deux agences basées en Bulgarie le droit de gérer l’aide financière de l’UE.
La Commission a souligné une différence de taille entre les deux pays. Si le rapport sur la Bulgarie indique que « les difficultés que les autorités bulgares éprouvent à accomplir des progrès réels dans le secteur de la réforme judiciaire et de la lutte contre la corruption et la criminalité organisée », la version roumaine fait à peine référence aux efforts déployés par le gouvernement et les autorités roumains pour réformer le système judiciaire et lutter contre la corruption. Dans les deux cas, la Commission affirme que « la nécessité d'une vérification et d'une coopération se fera encore sentir pendant un certain temps » tout en ajoutant que ce sera un travail de longue haleine pour la Bulgarie.
Vocabulaire et diplomatie
En début de semaine, EurActiv avait été informé d’une tentative d’apporter des améliorations textuelles de dernière minute au rapport sur la Bulgarie (EurActiv 23/07/08). A vrai dire, les modifications s’avèrent peu nombreuses en comparaison des rapports qui avaient filtré dans les médias. En ajoutant ou en supprimant quelques mots, la Bulgarie a néanmoins clairement réussi à édulcorer les éléments qui sous-entendaient que la mafia était à la tête du pays. Les fuites du rapport indiquaient que la Bulgarie devait mettre fin aux conflits d’intérêts ainsi qu’aux liens évidents entre la classe politique, le monde des affaires et la criminalité organisée. Toutefois, la version finale ne mentionne plus que les conflits d’intérêts et les liens entre une partie de la classe politique, le monde des affaires et la criminalité organisée. Une autre phrase importante du projet de rapport, qui estimait que la Bulgarie se trouvait à un carrefour, a finalement été remplacée par « le bilan de la Bulgarie est mitigé ». Quant au « manque de résultats » signalé dans la première version, il a lui aussi été transformé : désormais, le texte dit que la réforme n’a pas encore procuré de résultats suffisants.
Mea culpa
Le Premier ministre Sergei Stanishev a déclaré à la presse bulgare que les critiques du rapport de la Commission à l’égard de son pays étaient méritées.
En toute honnêteté, ces critiques sont fondées, a-t-il affirmé à un journal de Varna, une ville sur la Mer noire. Avant d’ajouter qu’en vérité, la Bulgarie est encore en train d’apprendre comment gérer les fonds qu’elle reçoit de l’UE.
L’opposition s’est attaquée au gouvernement, notamment sur la question du déclin de la Bulgarie par rapport à la Roumanie. Une motion de défiance devrait être soumise au vote du Parlement aujourd’hui même. Mais le gouvernement de coalition, qui contrôle 150 des 240 députés, devrait rester en place.
Si on en croit les sondages, il est intéressant de constater que la majorité des Bulgares se rangent du côté de la Commission. Selon eux, l’UE devrait bel et bien geler les subventions. L’étude menée par le Alpha Research Institute montre que les citoyens ordinaires ont l’impression que cet argent n’arrive pas jusqu’à eux. C’est pourquoi de nombreux Bulgares saluent le gel des subventions, qui portera un coup à la classe politique corrompue.
Tolérance zéro
Cité par EurActiv.ro, le Premier ministre roumain Calin Popescu-Tariceanu a indiqué que la tolérance zéro en matière de corruption est le meilleur moyen de remédier aux manquements relevés par la Commission.
Le rapport met en évidence une série d’évolutions positives et de progrès, a-t-il déclaré. Cela montre les avancées de la Roumanie au sein de l’UE. M. Popescu-Tariceanu s’est dit prêt à poursuivre la politique de tolérance zéro à l’égard de ceux qui profitent de leur fonction publique pour s’enrichir.
Mircea Geoana, leader du Parti social démocratique d’opposition, a affirmé que le rapport confirme clairement l’échec du régime du président Basescu-Tariceanu dans la lutte contre la corruption.
Selon lui, la Roumanie en est au même point qu’en 1998.



