Depuis cinq ans, la déception est ressentie des deux côtés, que ce soit de la part de l'UE ou de la part des citoyens des deux nouveaux venus, a expliqué François Frison-Roche du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Paris.
A première vue, la situation s'est améliorée en Bulgarie et en Roumanie, a déclaré le chercheur français, qui s'est rendu dans les deux pays à de nombreuses reprises. Il a cependant admis que la grande majorité des citoyens ne ressentaient pas cette amélioration.
Si j'étais un retraité bulgare ou roumain, je dirais que l'adhésion de mon pays à l'UE n'a apporté que très peu d'améliorations, pour peu qu'il y en ait eu, dans la vie de tous les jours. Mais au niveau macroéconomique, les deux pays semblent assez stables, contrairement à leur voisin grec, a-t-il expliqué.
La Bulgarie et la Roumanie sont les pays les plus pauvres de l'UE, avec un revenu national brut par personne de 4 460 euros et 6440 euros respectivement, selon la Banque mondiale. En comparaison, les chiffres pour la France sont de 34 000 euros et pour la Pologne et 9 480 euros.
M. Frison-Roche a reconnu que la stabilité de la Bulgarie résultait du contrôle très strict du Fonds monétaire international (FMI) suite à la déclaration de faillite du pays en 1997. La Roumanie, quant à elle, a bénéficié en 2009 d'un renflouement de l'UE et du FMI à hauteur de 20 milliards d'euros, ce qui lui a permis de lutter contre la crise financière.
Certains analystes affirment que les deux pays se sont vu accorder l'adhésion à l'UE pour leur soutien lors de la guerre du Kosovo en 1999, bien qu'aucun des deux n'était réellement prêt.
A la question de savoir si la Bulgarie et la Roumanie ont bénéficié d'une certaine dynamique politique à l'époque, dans la mesure où elles n'étaient en réalité pas prêtes à rejoindre l'UE, M. Frison-Roche a répondu :
La décision d'accueillir la Roumanie et la Bulgarie au sein de l'UE était plus stratégique, plus géopolitique d'une certaine manière. Il était préférable d'avoir ces pays dans l'UE et ainsi les influencer, plutôt que de les laisser devenir des plaies ouvertes dans le contexte des problèmes dans les Balkans occidentaux qui auraient contaminé toute la région.
M. Frison-Roche a expliqué que l'adhésion de ces deux pays avait été « la bonne solution », malgré les défis qu'elle a posés. La Bulgarie et la Roumanie sont toujours régies par un mécanisme de contrôle de la Commission européenne mis en place pour les assister dans leurs efforts en matière de lutte contre la corruption et le crime organisé (voir « Contexte »).
Problème de mentalité et d'image
Il a cependant déclaré que la Bulgarie et la Roumanie souffraient d'un problème de mentalité, dans la mesure où l'UE était considérée comme un grand frère avec un portefeuille bien ouvert dans lequel les jeunes frères peuvent se servir.
Les Bulgares et les Roumains ont compris qu'il n'y avait pas d'argent facile à se faire dans l'UE, a-t-il expliqué.
Près de 20 milliards d'euros ont été mis de côté pour la Roumanie dans le cadre des fonds de cohésion pour 2007-2013 et cette somme s'élève à 6,7 milliards d'euros pour la Bulgarie. Toutefois, en raison de la prétendue mauvaise gestion et de la corruption, la Roumanie n'a pu absorber que 3,5 % des fonds disponibles. La Bulgarie s'en est un peu mieux sortie avec un taux de 18 %.
En comparaison, les pays d'Europe centrale qui ont rejoint l'UE en 2004 ont « respecté les règles » dès le début et se sont engagés à opérer de vraies réformes. Cette volonté politique n'a jamais prévalu à Sofia et à Bucarest, a affirmé M. Frison-Roche.
La Bulgarie et la Roumanie n'ont jamais essayé de s'organiser pour mettre en place les structures nécessaires à la gestion des fonds de l'UE, a-t-il argué.
Ils ont essayé de le faire à leur manière : on va concocter quelque chose, on va le faire à notre manière, c'est toujours possible d'avoir ce que l'on veut en versant des pots-de-vin. Mais ce n'est pas comme cela que ça marche, a déclaré M. Frison-Roche, ajoutant que la Commission et ses services anti-fraude (OLAF) avaient joué leur rôle envers Sofia et Bucarest à cet égard.
La Bulgarie et la Roumanie souffrent d'un problème d'image, elles sont souvent liées à la prostitution et à la criminalité dans les médias occidentaux, a expliqué le chercheur français. L'arrivée de Roms en provenance de ces deux pays dans les villes occidentales montre également la triste situation de cette minorité, a-t-il expliqué.




