EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

L'idée d'une "troisième voie" fait son chemin dans le débat sur la candidature turque

Publié 19 novembre 2004 - Mis à jour 28 mai 2012
Étiquettes
Turkey
Version imprimableSend by email

A un mois de la décision du Conseil européen sur la candidature turque à l'entrée dans l'UE, il n'est pas encore certain que les 25 Etats membres de l'Union parviennent à rendre un avis unanime sur la question. L'idée d'une "troisième voie" fait son chemin... 

Les réactions en provenance des Etats membres laissent apparaître que la Turquie pourra, lors du Conseil européen de décembre, compter sur le soutien de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de l'Italie, du Portugal, de l'Espagne, de la Suède, de la Grèce, de la République tchèque, de la Pologne, de l'Estonie et de la Lettonie.  

De leur côté, l'Autriche, Chypre, le Danemark, la France et les Pays-Bas ont exprimé des doutes sur la candidature turque.

Dans le même temps, plusieurs rumeurs semblent indiquer que les Etats indécis paraissent étudier de plus en plus attentivement l'option d'une "troisième voie" qui verrait l'UE concéder un "partenariat renforcé" à la Turquie.

Ankara a catégoriquement rejeté de telles alternatives. "Pour nous, les négociations n'ont de sens que si elles sont menées dans l'optique d'une entrée pure et simple de la Turquie dans l'Union. Aucune autre possibilité n'est pour nous envisageable", a déclaré le ministre turc des affaires étrangères Abdullah Gulla dans un entretien accordé au journal  Zaman .

Réactions : 

Le premier ministre  danois,   Anders Fogh Rasmussen, a jusqu'à présent adopté une position assez prudente, affirmant certes que rien ne s'oppose à l'entrée de la Turquie dans l'UE dès lors que le pays remplit tous les critères politiques requis, mais précisant dans le même temps que "l'ouverture des négociations ne doit pas nécessairement déboucher sur une entrée [de la Turquie] dans l'Union. [..] Si la Turquie remplit toutes les attentes qui ont été formulées à son égard, il s'agira alors d'un pays différent". 

Le président  autrichien Heinz Fischer, s'adressant principalement à une opinion publique majoritairement hostile à l'entrée de la Turquie dans l'UE, a récemment déclaré : "Je pense qu'il faut ouvrir des négociations d'adhésion avec la Turquie, mais à condition que la date de l'entrée de ce pays dans l'UE soit clairement précisée". Soulignant que l'éventuelle adhésion de la Turquie à l'UE constituait un "sujet extrêmement sensible" pour ses compatriotes, le président Fischer a déclaré en octobre 2004 qu'il était encore "trop tôt pour affirmer que la Turquie est réellement prête pour une adhésion à l'UE". 

L'opinion publique  néerlandaise demeure extrêmement divisée sur le sujet. Les Pays-Bas, qui comptent la deuxième communauté musulmane d'Europe rapportée à la population totale du pays (6%, contre 7% en France et 3% au Royaume-Uni), sont confrontés à une situation potentiellement explosive dans laquelle la religion, l'immigration et le terrorisme viennent constituer un cocktail détonnant - notamment depuis l'assassinat du cinéaste Theo van Gogh. Le gouvernement, qui assume actuellement la présidence tournante de l'UE et dirigera à ce titre le Conseil européen de décembre, estime que les négociations avec la Turquie devraient commencer lors du second semestre 2005. La Haye continue cependant à envoyer des signaux contradictoires à moins d'un mois du Conseil. 

La position finale de  Chypre  demeure elle aussi relativement imprévisible. "En principe nous sommes favorables à la candidature turque [...] car nous estimons qu'une Turquie véritablement européenne sera un facteur de stabilité pour la région, et pourra constituer un lien solide entre l'Europe et le Moyen-Orient", a récemment déclaré le président chypriote Tassos Papadopoulos, avant d'ajouter aussitôt que la Turquie ne pourrait compter sur le soutien de Chypre que si elle reconnaissait officiellement le gouvernement de Nicosie. "La Turquie doit montrer qu'elle comprend et accepte le fait que l'ouverture de négociations d'adhésion implique des obligations à l'égard de chaque membre de la famille européenne, et donc à l'égard de Chypre", a déclaré Papadopoulos.

La  Turquie a aussitôt réagi en indiquant qu'elle n'avait aucune intention de reconnaître Chypre.

A la mi-novembre, le président  français Jacques Chirac a ouvertement évoqué la possibilité d'une "troisième voie" pour la Turquie. "Il y a trois solutions, a expliqué, dimanche 14 novembre, Jacques Chirac à Marseille. Ou bien ça marche, la Turquie adhère réellement à la totalité de nos valeurs, cela mettra dix ou quinze ans. Si au contraire la Turquie ne veut pas ou ne peut pas faire les efforts nécessaires, on s'arrêtera. [...]Il y a une troisième hypothèse, c'est que dans trois, quatre ou cinq ans, on s'aperçoive qu'on a fait des choses mais qu'il existe encore des obstacles qu'on ne surmontera pas. Il faudra alors trouver une autre solution, c'est-à-dire la création d'un lien suffisamment fort pour être conforme à nos ambitions de paix et de coopération sans être une intégration dans l'Union européenne."

Interrogée sur les propos de Jacques Chirac, Katinka Barysch, économiste en chef au   Centre for European Reform , estime que le président de la République s'adressait "probablement au public français, qu'il a voulu rassurer en insistant sur le fait que seule une Turquie stable et démocratique pourrait un jour devenir un membre à part entière de l'UE." De récents sondages montrent une opinion publique française majoritairement hostile à l'adhésion de la Turquie. Jacques Chirac s'est engagé à soumettre la question au référendum.

La référence de Chirac à une "troisième voie " est lourde de sens : le président français - lui-même fervent partisan de la cause turque - est en désaccord avec son propre parti, l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP), au sujet de la Turquie. Nicolas Sarkozy, le futur président de l'UMP, est favorable à la conclusion d'un "partenariat privilégié" à la Turquie. Nicolas Sarkozy dit ne pas s'opposer à la candidature d'Ankara parce que la Turquie est un pays musulman, mais plutôt parce qu'il souhaiterait voir l'Europe "se concentrer sur l'élargissement qui a déjà eu lieu."

Parlant au nom du gouvernement  luxembourgeois (qui assumera la présidence tournante de l'UE au premier semestre 2005), le premier ministre Jean-Claude Juncker s'est déclaré prêt à ouvrir des négociations dès le début de l'année 2005.

Les  Etats-Unis soutiennent, "fortement mais discrètement", la candidature de la Turquie à l'entrée dans l'UE, a indiqué l'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, M. Rockwell Schnabel. "L'entrée de la Turquie est une affaire intérieure européenne. L'UE prendra la décision finale. Nous devons donc garder le silence. Notre position est bien connue. Le soutien apporté à la Turquie par nos différentes administrations et nos différents présidents n'a jamais changé", a déclaré Schnabel.

Prochaines étapes : 

Le Conseil européen doit rendre sa décision sur l'ouverture éventuelle de négociations d'adhésion avec la Turquie les 16 et 17 décembre prochains. Une telle décision requiert un vote unanime des 25 Etats membres de l'Union.

Contexte : 

Selon le calendrier prévu, les dirigeants des Etats membres de l'UE doivent faire connaître leur décision sur une éventuelle ouverture de négociations d'adhésion avec la Turquie lors du Conseil européen des 16 et 17 décembre. La Turquie s'est vu accorder le statut de pays candidat en 1999. En octobre 2004, la candidature turque a obtenu un "oui conditionnel" de la Commission. La plupart des experts s'accordent à estimer que la candidature turque représente un défi sans précédent pour l'Union européenne. 

Le "oui" de la Commission était soumis à plusieurs conditions, et accompagné de diverses mises en garde. L'exécutif bruxellois mentionnait ainsi la possibilité que les négociations puissent être suspendues si la Turquie devait se rendre coupable d'atteintes sérieuses et persistantes aux principes de la démocratie. Le rapport de la Commission indiquait également que l'issue des négociations devait rester ouverte, et soulignait que l'UE pouvait se réserver le droit d'introduire des clauses de "sauvegarde permanente" pour limiter la libre-circulation des travailleurs turcs.   

Ankara a accepté les conclusions du rapport de la Commission. Le ministre turc des affaires étrangères, Abdullah Gul, a estimé que la recommandation de la Commission consituait un "pas historique".

More in this section

Publicité