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Impôt à taux unique [FR][en][de

Publié: mardi 1 mars 2005    | Mis à jour: lundi 26 juin 2006   

L'instauration d'un impôt à taux unique est une question récurrente dans les nouveaux Etats membres ces jours-ci. D'autres régions du monde appellent également à la réduction et à la simplification du système fiscal européen. Les mérites d'une telle mesure font cependant toujours l'objet de débats.

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Posé simplement, "impôt à taux unique" signifie qu'un même taux d'imposition s'applique à tous. Dans un tel système, au lieu d'un ensemble complexe de tranches d'imposition sur le revenu, l'Etat fixe un seuil de revenus au-delà duquel tous les contribuables payent un taux d'imposition fixe sur leur revenu. Normalement, ce seuil est suffisamment bas pour inciter les contribuables à s'acquitter de leurs impôts plutôt que d'éviter de les payer. Un tel système impose une seule fois tous les revenus à la source. Quant à l'impôt sur les sociétés, l'idée est semblable : une seule tranche d'imposition doit s'appliquer à toutes les entreprises.

Les analystes ont tendance à souligner que Karl Marx, dans son Manifeste de 1948, a été l'un des premiers à demander un "impôt sur le revenu très progressif", alors qu'au cours de la première moitié du 19ème siècle, l'impôt à taux unique était la norme dans les pays industrialisés. Cependant, c'est finalement la partie capitaliste du monde qui a retenu l'idée de Karl Marx.

Depuis lors, l'idée a ressurgi de nombreuses fois, un certain nombre de pays ayant adopté un "système d'imposition à taux unique" ou une de ses variantes. Et pourtant, aucune "grande" économie occidentale n'a à ce jour rétabli ou adopté un régime d'imposition à taux unique.

Selon la croyance populaire, il faut chaque année environ huit milliards d'heures-personnes aux contribuables de par le monde pour remplir leur déclaration d'impôt.

L'Estonie a été la première, en 1991, à relancer l'idée d'un système d'imposition à taux unique, suivie de la Lettonie (1994), de la Lituanie (1994), de la Russie (2001), de la Serbie (2003), de l'Ukraine (2003), de la Slovaquie (2003), de la Géorgie (2004) et de la Roumanie (2005).

La Bulgarie, la Croatie, la Grèce et la Hongrie ont également caressé l'idée d'instaurer le même type de régime d'imposition. 

Enjeux:

Bien que l'"impôt à taux unique" ne soit pas la solution miracle pour tous les problèmes d'ordre économique, de plus en plus de pays européens - dont quelques nouveaux Etats membres - ont mis en place, préparent ou tout du moins envisagent un régime d'imposition à taux unique. La plupart de ces pays sont confrontés à des déficits budgétaires importants, et plusieurs doivent parvenir à aligner leur situation économique aux exigences de la zone euro.

L'impôt à taux unique doit :

  • contribuer à réduire les démarches administratives et les difficultés et la confusion qui en découlent 
  • réduire les inégalités (même taux pour tous) 
  • contrebalancer la fraude fiscale 
  • favoriser l'emploi, l'épargne et l'investissement 
  • accroître les recettes fiscales, et ainsi 
  • déclencher un "mini boom économique"  

En même temps, on considère que le régime d'impôt à taux unique :

  • élimine presque toutes les formes d'exonérations et d'abattement fiscaux 
  • est dégressif (au moins en ce qui concerne les taux "marginaux") 
  • favorise les riches aux dépens des pauvres 
  • profite aux actionnaires puisque les profits sont imposés une seule fois, à la source (ie 'l'impôt à taux unique' est un impôt à la consommation) 

La motivation première de l'instauration, apparemment populaire, d'un système d'impôt à taux unique n'est pas claire : certains estiment qu'elle repose sur des stratégies de politique fiscale solides, d'autres qu'elle est davantage motivée par le souhait de renflouer, d'une manière ou d'une autre, les caisses de l'Etat. Plusieurs chercheurs indiquent par ailleurs que l'efficacité et le succès d'un régime d'imposition à taux unique dépend, par nature, du niveau réel du taux d'imposition : plus il est bas, plus il a tendance à être efficace.

Des experts soulignent également le fait que la compétitivité d'un pays est déterminée par un certain nombre d'autres facteurs mis à part son système fiscal ou le type de soutien que le pays apporte aux nouveaux investissements.  On constate en général qu'un faible taux d'imposition permet à plus de fonds de circuler (et donc d'être d'investis) dans une économie et que les contribuables payent plus volontiers leurs impôts dans le cadre d'un régime d'imposition à taux unique. Cependant, une réduction des impôts peut aussi se traduire par une diminution des recettes fiscales, qui peut à son tour nuire à l'état des finances d'un Etat donné.

De plus, certains dirigeants des principales économies européennes, dont l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder et le premier ministre suédois Göran Persson, ont déclaré que les économies "en transition" d'Europe de l'Est pouvaient se permettre de réduire leur taux d'imposition car la diminution de leurs recettes fiscales était plus que compensée par les subventions conséquentes de l'UE. Cet argument a été réfuté à plusieurs reprises par les Etats "en transition" concernés. Par ailleurs, l'Allemagne, ainsi que l'Italie, l'Autriche, la Finlande, le Danemark et la Grèce, ont également décidé de réduire leurs impôts afin de stimuler l'investissement et la consommation et de soutenir la croissance.

Au cours des deux dernières années, la situation a évolué comme suit :

Principaux taux de l''impôt sur le revenu et de l'impôt sur les sociétés dans l'UE des 25 et les quatre Etats candidats (source: Heritage Foundation et rapports nationaux) :

Impôt sur le revenu Impôt sur les sociétés
2004 - 2005 2004 - 2005
Autriche 50 - 50 34 - 25
Allemagne 48,5 - 47 27,9 - 26,4
Belgique 50 - 50 33 - 34
Bulgarie 29 - 29 15 - 19,5
Croatie 35 - 45 20 - 20
Chypre 30 - 30 15 - 15
Danemark 59 - 26,5 30 - 30
Espagne 48 - 45 35 - 40
Estonie 26 - 26 0 - 0 
(sur les profits réinvestis)
Finlande 36 - 35,5 29 - 29
France 49,6 - 49,6 34,3 - 34,3
Grèce 40 - 40 35 - 35
Hongrie 40 - 38 18 - 16
Irlande 42 - 42  12,5 - 12,5
Italie 45 - 45.6 34 - 34
Lettonie 25 - 25 19 - 15
Lituanie 33 - 33 15 - 15
Luxembourg 38,95 - 38,95 30,38 - 22,9
Malte 35 - 35 35 - 35
Pays-Bas 52 - 52 34,5 - 34,5
Pologne 40 - 40 27 - 19
Portugal 40 - 40 25 - 25
République tchèque 32 - 32 31 - 28
Roumanie 40 - 16 25 - 16
Slovaquie 38 - 19 25 - 19
Slovenie 50 - 50 25 - 25
Suède 60 - 60 28 - 28
Turquie 40 - 40 33 - 30
Royaume-Uni 40 - 40 30 - 30

A ce jour, les pays suivants ont instauré un régime d'imposition à taux unique:

Pays Taux (%)
Estonie 24
Géorgie 12
Hong Kong 16
Lettonie 25
Lituanie 33
Roumanie 16
Russie 13
Serbie 14
Slovaquie 19
Ukraine 13


Positions:

La Commission considère qu'une harmonisation générale des systèmes fiscaux des Etats membres n'est pas nécessaire. A condition qu'ils respectent les règles communautaires, les Etats membres sont libres de choisir le système d'imposition qui leur semblent le plus approprié, et ce en fonction de leurs préférences. Par ailleurs, l'UE poursuit sa lutte contre ce qu'elle estime être une concurrence fiscale néfaste.

Selon l'économiste Andrei Grecu de l'Institut Adam Smith, "l'impôt sur le revenu n'est pas seulement complexe, il est également pervers."En termes de croissance renoncée et d'efforts perdus, son coût économique s'élève à des milliards de livres chaque année, peut-être même des dizaines de milliards." Le président du même institut, Madsen Pirie, estime que l'impôt à taux unique est "une idée dont l'heure est venue et qui profitera énormément à l'Etat qui la retiendra."

Proposer un taux unique de l'impôt sur le revenu et de celui sur les sociétés augmenterait les investissements dans la principale économie européenne, indique le conseiller du gouvernement allemand Wolfgang Wiegard, membre du panel qui a établi un programme en 2004 pour le ministère allemand des finances. Selon ce programme, l'Allemagne doit introduire un impôt à un taux unique de 30% sur tous les revenus des ménages et des sociétés. Selon M. Wiegard, "la plupart des membres âgés qui composent ce panel sont en faveur de l'impôt à taux unique. Ce sont les jeunes économistes qui lui préfèrent un double impôt sur le revenu".

Plus récemment, la chancelière allemande Angela Merkel a proposé d'instaurer un régime d'imposition à taux unique avant les élections de septembre 2005. Elle a cependant fait marche arrière au dernier moment. Le principal défenseur de l'impôt à taux unique dans le parti de Mme Merkel (CDU), Paul Kirchhof, a décrit le système en ces termes : "Chaque personne ne doit reverser que 25 centimes de chaque euro gagné. Avec le reste, il reste libre dans le jardin de la liberté". M. Kirchhof a démissionné de son poste de ministre des finances fantôme du cabinet fantôme de Mme Merkel peu après une élection dont le mauvais score obtenu par le CDU a été imputé aux thèses de M. Kirchhof.

Cependant, l'économiste allemand Alexander Klemm a confié à BBC News que, selon des analyses réalisées en Russie après l'introduction de l'impôt sur le revenu à taux unique en 2001, "dans l'ensemble, la réforme fiscale n'a pas été rentable, étant donné que la baisse du taux d'imposition ne s'est pas traduite par des recettes fiscales plus élevées".

En Grande-Bretagne, le ministre des finances du cabinet fantôme des conservateurs, George Osborne, a mis en place une commission afin d'étudier l'idée d'un régime fiscal à taux unique. Toutefois, le ministre britannique des finances, Gordon Brown, est connu pour son peu d'enthousiasme pour l'impôt à taux unique.

La Pologne  devait présenter des propositions pour un impôt à taux unique début 2007. Cependant, à la suite des élections de septembre 2005, un compromis est apparu entre les vainqueurs des élections (le parti Droit et Justice) et les autres gagnants, la Plateforme civique. L'objectif de ces derniers était d'introduire un taux d'imposition unique à 15%, tandis que les premiers proposaient une révision du système d'imposition progressif du pays.

Selon l'ancien premier ministre hongroisViktor Orbán, dirigeant du principal parti conservateur de l'opposition, le FIDESZ-MPP, Budapest n'aura "pas le choix" si ce n'est celui de sauter dans le "wagon de l'impôt à taux unique" afin de maintenir la compétitivité du pays et de conserver une part équitable des investissements étrangers. Cependant, le ministre de l'économieJános Kóka, a fait savoir que la Hongrie "préfèrait pour l'instant ne pas suivre le mouvement".

Le Premier ministre tchèque Stanislas Gross se montre également en faveur de l'impôt à taux unique. Cependant, tout en annonçant que le taux de croissance de son pays était deux fois supérieur à la moyenne de la zone euro, il a précisé que Prague n'avait pas l'intention d'instaurer un taux d'imposition unique.

Le gouvernement de centre-droit de Slovaquie est favorable à un impôt à taux unique et espèrait obtenir le soutien de l'Allemagne avant les élections dans ce pays. Après les élections en Allemagne, la Slovaquie s'est déclarée "surprise" par les accusations allemandes de dumping fiscal.

"Dans le cadre de leur préparation à l'adhésion, l'UE a demandé aux nouveaux venus d'Europe centrale et orientale de supprimer progressivement toute incitation fiscale discriminatoire, notamment celles destinées aux investisseurs étrangers," indique Katinka Barysch du Centre for European Reform. "Pour que leurs économies restent attractives, plusieurs nouveaux Etats membres ont réduit en échange leurs taux d'imposition pour les investisseurs nationaux et étrangers. Ces réductions n'étant pas discriminatoires, l'UE ne peut ou ne doit rien faire contre elles. Donc pourquoi cela dérange-t-il tant certains anciens Etats membres ? Peut-être que certains gouvernements souhaitent détourner l'attention du besoin pressant de mettre de l'ordre dans leur propre système fiscal".

Selon le Centre for Policy Studies (CPS), "une solution attractive, comme l'impôt à taux unique, ne permettra pas à elle seule de résoudre le problème de la complexité". Le CPS estime qu'une réduction soudaine et brutale des taux d'imposition pourrait entraîner "des pertes immédiates et potentiellement énormes, susceptibles d'anéantir la confiance dans l'économie".

Editorialiste chez BloombergMatthew Lynn écrit dans ses colonnes : "Les économistes peuvent éternellement débattre de cette théorie. Tout le monde dispose de chiffres précis montrant l'augmentation des recettes de l'Etat en cas de réduction des impôts, et vice versa. Cependant, ce débat ne doit pas être mené en termes de graphiques, ou être uniquement évoqué dans les salons de lecture. L'impôt à taux unique a été instauré dans plusieurs anciens pays communistes ces dernières années. Jusqu'à présent, force est de constater qu'il fonctionne."

Cités par The Independent, Brian Reading et Charles Dumas du Lombard Street Research affirment : "Il m'a fallu 10 minutes pour effectuer les opérations qui prouvent que [l'imposition à taux unique] ne fonctionnerait pas, et la moitié de ces opérations consistait à trouver les chiffres sur Internet. Ils n'ont donc pas de chercheurs ?"

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Lettres à l'éditeur
Bulgarians poorer but happier at home
Vladimir Garkov, DG SANCO, European Commission
Europeans deserve a more democratic and transparent EU
Bettina Schwarzmayr, President, European Youth Forum
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