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Mettre une annonceLes ministres européens des Affaires étrangères se réuniront aujourd’hui, 18 février, afin de discuter d’une réponse commune à la déclaration d’indépendance du Kosovo, dans un climat marqué par de fortes oppositions concernant la reconnaissance de ce nouvel Etat.
Après des années marquées par l’échec des discussions aux Nations unies sur le futur statut du territoire du Kosovo à majorité albanaise, le 17 février, la province a annoncé son indépendance par rapport à la Serbie.
Alors que les quatre plus grand pays de l’Union – l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni – devraient annoncer leur reconnaissance du Kosovo directement après la réunion, au moins six autres pays, notamment Chypre, la Roumanie, la Slovaquie, l’Espagne et la Grèce, insistent pour ne pas soutenir cette décision unilatérale de séparation de la province serbe.
L’initiative, annoncée le 17 février par le Premier ministre du Kosovo Hashim Thaçi, a été immédiatement qualifiée d’acte illégal par la Serbie, suscitant la crainte que les violences survenues lors de l’effondrement de la Yougoslavie il y a dix ans ne se répètent et obligent l’UE à parvenir à une position commune afin de garantir la stabilité de la région.
La Slovénie, actuellement à la présidence de l’UE, a déclaré que les ministres des Affaires étrangères ne pouvaient que « prendre note » de cette décision et tenter d’assurer un avenir au sein de l’UE au Kosovo et à la Serbie.
Cependant, il pourrait s’avérer difficile de parvenir à un consensus sur la formulation exacte de cette position commune, dans la mesure où plusieurs Etats membres européens craignent que la séparation du Kosovo n’alimente les mouvements séparatistes dans leur propre pays.
Chypre, théâtre d’opposition entre le sud chypriote grec reconnu par la communauté internationale et le nord chypriote turc reconnu uniquement par la Turquie, pourrait notamment compter parmi les plus difficiles à convaincre.
Le pays a déjà refusé de se prononcer en faveur de la mission de 1 800 agents de police et juges sur le territoire ethnique albanais, approuvée par les 27 Etats européens le 16 février, malgré la forte opposition de la Serbie et de son allié russe.
Avant la réunion, le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, espère mettre en place « une plateforme qui permettrait de rassembler quasiment tout le monde », ajoutant que son objectif, qu’il estime réalisable, est de réunir 26 Etats.
Javier Solana, haut représentant pour la politique étrangère de l’UE, a appelé les parties à agir calmement et de manière responsable suite à la proclamation d’indépendance du Kosovo. Il a souligné le besoin de stabilité dans la région et est convaincu que les dirigeants kosovars seront à la hauteur de leurs responsabilités dans ce moment crucial.
Le Premier ministre du Kosovo Hashim Thaçi a déclaré que la route avait été longue jusqu’à la réalisation de ce rêve. Il a essayé d’apaiser les craintes de la minorité serbe dans la province, en promettant de garantir l’égalité des droits et des chances pour tous les citoyens.
D’après ses propos, la constitution du Kosovo stipule que ce nouveau pays est ouvert à tous les citoyens. Il n’y a pas de place pour l’intimidation, la discrimination ou l’inégalité de traitement.
Cependant, le président serbe Boris Tadic a promis de tout faire pour annuler cette proclamation illégale d’indépendance. La Serbie ne reconnaîtra jamais l’indépendance du Kosovo, a-t-il ajouté. La Serbie emploie et emploiera toujours des moyens légaux, calmes et diplomatiques pour annuler cet acte.
Tandis que Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, souhaite « bonne chance » au Kosovo, son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier a appelé toutes les parties à agir avec modération : la stabilité de la région est la principale priorité, ce qui requiert le calme et la mesure de toutes les parties impliquées dans les prochains jours.
Le président tchèque Vaclav Klaus a mis en garde contre un « effet domino » dans les autres pays européens. Certaines régions dans d’autres Etats pourraient prendre conscience qu’elles ne sont pas entièrement à l’aise dans un grand ensemble.
Le gouvernement espagnol, confronté depuis longtemps aux nationalistes basques et catalans, a réitéré qu’il ne soutenait pas cette déclaration unilatérale d’indépendance. Maria Teresa Fernandez de la Vega, vice Premier ministre, a ajouté que cette proclamation aurait dû avoir lieu avec l’accord des différentes parties, ce qui n’a pas été le cas, ou conformément aux normes internationales, c’est-à-dire par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.
Le ministre slovaque des Affaires étrangères a fait savoir, que, pour le moment, il n’envisageait pas de reconnaître le Kosovo.
Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel de Gucht, ne se prononcera qu'après la réunion, ce lundi, des ministres européens des Affaires étrangères. Il a cependant souligné le caractère inéluctable de la situation actuelle : « Cette déclaration d'indépendance est une étape dans la discussion qui traîne depuis longtemps déjà sur la question du statut du Kosovo. Il faut bien constater que le statu quo n'apparaissait plus tenable ».
Les membres du Parlement européen ont appelé les dirigeants du Kosovo à se montrer dignes de leurs nouvelles responsabilités. L’indépendance s’accompagne de responsabilités accrues. Il revient à la majorité albanaise du Kosovo de garantir et protéger les droits et l’identité de la minorité serbe et d’éviter de provoquer des conflits qui pourraient déclencher une nouvelle vague d’agressions dans cette région qui a déjà eu son lot de violences ethniques, d’après Graham Watson, dirigeant des Libéraux & Démocrates (ALDE).
Joseph Daul, leader du groupe PPE-DE de centre droit au Parlement européen, a ajouté que le maintien de la paix, le respect des droits de l’homme et la pluriethnicité du Kosovo étaient un impératif absolu. Selon lui, il est nécessaire de considérer la situation dans la région au sens large, pour éviter les aggravations et un retour à l’échec politique des années 1990. Il a également insisté pour que la décision sur la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo ne soit pas dictée par des menaces de violence ou la radicalisation.
Les eurodéputés Verts ont souligné la déclaration digne et mature du Kosovo, affirmant qu’elle présageait une situation positive pour l’avenir démocratique du pays. Ils ont ajouté que la déclaration d’indépendance par le Parlement du Kosovo est une étape bienvenue pour mettre en terme à l’incertitude qui a pesé sur le statut du pays depuis un certain temps.
Mais les eurodéputés de gauche ont mis en garde les ministres européens de ne pas ouvrir une « boîte de Pandore » en reconnaissant la déclaration unilatérale de la province – qu’ils qualifient d’acte franchement risqué. Ils appellent les dirigeants de l’Union européenne à ne pas risquer de créer un créer un précédent dangereux : de la Bosnie-et-Herzégonie à la République de Macédoine et au Monténégro ; de la Moldavie à la Géorgie et l’Azerbaïdjan, de Chypre à la Roumanie et même l’Espagne, les risques de déstabilisation sont innombrables.