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L'élargissement de l'Union européenne aux pays issus du bloc de l'Est a été un succès économique et politique mais la récession actuelle constitue un défi pour l'unité de l'ensemble européen, estime la Commission dans un rapport publié vendredi (20 février).
Cet élargissement historique a débuté en mai 2004 avec l'entrée de dix nouveaux Etats, tous anciens pays communistes d'Europe centrale et orientale à l'exception de Malte et Chypre. Il s'est poursuivi début 2007 avec l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie.A ce stade du processus, l'UE constitue la plus grande zone économiquement intégrée du monde, avec une population d'un demi-milliard d'habitants, produisant 30% du PIB mondial.
En seulement 30 ans, l'UE est passée de six Etats membres, avec une population de 185 millions de citoyens à 15 Etats membres et 375 millions de personnes, à 25 Etats membres et 455 millions de citoyens en 2004, avant de devenir un groupe de 27 Etats membres, regroupant environ 490 millions de citoyens au 1er janvier 2007.
Par ailleurs, l’« élargissement » du club s'est accompagné d'un « approfondissement » de l'intégration. L’UE a toutefois essuyé des revers dans ce domaine, notamment le rejet de la Constitution de l’UE en 2005 et le référendum négatif sur le traité de Lisbonne en 2008.
« L'élargissement a servi d'ancre de stabilité et de facteur de démocratie et d'état de droit en Europe », a affirmé dans une déclaration le commissaire européen à l'Elargissement Olli Rehn.
Dans un rapport publié vendredi, la Commission a indiqué que l’élargissement a apporté des avantages économiques et politiques énormes pour les deux parties. « Economiquement, l'élargissement a conduit à un accroissement du niveau de vie dans les nouveaux Etats membres, tout en offrant aux anciens des possibilités d'exportation et d'investissement », peut-on lire dans le document.
Sur le bilan de l'élargissement, le rapport de la Commission relève que le revenu par habitant dans les nouveaux Etats membres était en 1999 de 40% du revenu moyen par habitant des anciens Etats membres. En 2008, il a progressé à 52%.
De même, la croissance de l'économie des nouveaux Etats qui se développait au rythme annuel de 3,5% sur la période 1999-20003 s'est accéléré pour atteindre un rythme moyen de 5,5% sur la période 2004-2008.
Ce développement ne s'est pas fait aux dépens des anciens pays membres de l'UE, dont la croissance moyenne s'est maintenue à 2,2% sur ces deux périodes de référence.
L’élargissement a également accru les possibilités commerciales. En 2007, près de 80 % des exportations des nouveaux Etats membres étaient destinées aux autres pays membres de l’UE. Les anciens Etats membres ont également vu leurs ventes destinées aux nouveaux Etats membres augmenter de près de 7,5 % du total de leur exportations en 2007. En comparaison, dix ans plus tôt, elles s’élevaient à 4,75 %.
Le chômage dans les nouveaux Etats membres a baissé à des niveaux similaires à ceux des autres pays membres de l’UE : environ 7 % en 2007.
Cette année, les 12 derniers entrants dans l’UE devraient recevoir sept milliards d’euros dans le cadre d’une aide au développement local. Quant à la Banque européenne d’investissement, elle a indiqué qu’elle leur prêtera également un montant de 11,5 milliards d’euros.
Craintes d'un résurgence du protectionnisme
Mais la crise économique a suscité des tendances protectionnistes dans l’UE des 27, lesquelles menacent d’entraver les bénéfices que les membres de l’UE peuvent tirer du marché unique.
Un certain nombre des Etats membres les plus pauvres craignent que le protectionnisme soit à la hausse dans les anciens Etats membres de l’UE qui peuvent se permettre de dépenser des milliards d’euros pour protéger leurs banques et leurs industries.
« Nous ne devons pas laisser la crise assombrir ce succès incontesté. Unis, nous pouvons donner forme à une solution aux questions mondiales comme le changement climatique ou une nouvelle gouvernance financière internationale. Divisés, nous ne parviendrons à rien », a noté le commissaire aux Affaires monétaires, Joaquín
Almunia.
L'UE tiendra le 1er mars un sommet d'urgence, en partie consacré au protectionnisme.
(EurActiv avec Reuters)
Parallèlement à la publication du rapport de la Commission européenne, Eurochambres a demandé à des chambres nationales de commerce des nouveaux Etats membres de l’UE d’évaluer les répercussions de leur adhésion à l’UE sur leur situation et leur performance économiques.
Selon les Etats membres interrogés, les principaux avantages de l’adhésion à l’UE sont les suivants : l’intensification de la stabilité macroéconomique, la facilitation de l’accès à des marchés plus importants (notamment aux marchés des capitaux) et des courants commerciaux et des flux d’investissements très positifs, notamment l’investissement étranger direct, a indiqué Eurochambre. Les Etats membres ont également indiqué que les services, l’industrie manufacturière et la construction sont les secteurs qui ont le plus tiré profit de l’adhésion à l’UE, selon le rapport d’Eurochambres.
Arnaldo Abruzzini, secrétaire général de l’organisation, a toutefois souligné que les membres ont relevé que d’ importants obstacles subsistent dans le marché intérieur, en particulier des obstacles de nature administrative et réglementaire, s’ajoutant à des problèmes liés à la circulation des travailleurs et au manque de main d’oeuvre qualifiée.
Eurochambres a également mis l’accent sur la sortie massive de capitaux de la région des pays d’Europe centrale et orientale. La crise actuelle met en danger les importants avantages économiques tirés de l’élargissement, en particulier pour les pays qui ne font pas partie de l’eurozone, a ajouté M. Abruzzini.
Olli Rehn, commissaire européen à l’Elargissement, a déclaré que la crise économique mondiale ne doit pas mettre en péril l’adhésion de la Serbie et d’autres pays des Balkans de l’Ouest. Les travailleurs serbes ne doivent pas payer pour les erreurs commises à Wall Street ou ailleurs, a-t-il indiqué. M. Rehn a souligné que l’UE ne doit pas permettre que la crise qui a éclaté à la suite d’erreurs découlant de l’actuel capitalisme financier devienne une excuse pour ralentir ou interrompre le processus d’élargissement de l’UE.
Dans ce contexte, il a rappelé que l’expansion de l’UE à l’Europe de l’Est était un facteur clé de la compétitivité économique et du renforcement de la stabilité politique, de la démocratie et de l’Etat de droit en Europe.
La présidence tchèque a salué les données positives du rapport. Alexandr Vondra, vice-Premier ministre tchèque, a indiqué que pour les pays candidats tels que la Croatie, la Macédoine et la Turquie, l’adhésion leur ouvrira des portes tout en offrant des avantages pour l’Europe.
Les Etats membres sont fiers de leurs différentes cultures, tout en partageant des valeurs communes et en fixant des normes très hautes, selon M. Vondra. Il a relevé que Caroline Flint, ministre d’Etat britannique chargée des Affaires européennes, avait indiqué qu’il est dans l’intérêt de l’UE que ces valeurs et ces normes se développent au-delà des frontières actuelles de l’UE.
Nous saluons l’étude surtout parce que ses résultats constituent sans conteste des nouvelles positives et que de nos jours, elles sont rares, a indiqué M. Vondra. Il est important de savoir que, sur la base de faits solides, la voie que nous avons prise ensemble il y a cinq ans est la bonne, a-t-il ajouté. Selon lui, l’Europe peut être fière à juste titre de ses acquis. L’étude montre clairement que l’élargissement de l’UE a conduit à la prospérité dans tous les pays, sans exception, a-t-il relevé. Sachant cela, nous devrions pouvoir considérer l’avenir avec optimisme, a conclu M. Vondra.