Dans une résolution adoptée hier (8 juillet), les eurodéputés ont dit qu’ils voudraient accueillir la reconnaissance par tous les Etats membres de l’indépendance du Kosovo, faisant ainsi référence aux cinq pays qui traînent les pieds – Chypre, Grèce, Espagne, Roumanie et Slovaquie.
Les parlementaires ont exhorté l’UE-27 à organiser leurs approches communes envers le Kosovo, de façon à rendre les politiques européennes plus efficaces pour tous sur le territoire. Ils ont également rejeté la possibilité d’un Kosovo divisé.
Chypre, une île divisée depuis l’invasion turque en 1974, a rejeté la déclaration d’indépendance du Kosovo en raison de son attitude sur l’intégrité territoriale et la carence d’approbation par les Nations Unies. Chypre est soutenue par la Grèce, tandis que l’Espagne – qui a ses propres tensions régionales – fait état d’un manque de droit international comme justification à son opposition.
La Roumanie, terre d’accueil de la communauté ethnique hongroise à 'Székely Land' qui fait pression en faveur d’un niveau d’autonomie accru, et la Slovaquie, ayant aussi une minorité hongroise importante, a également rejeté la légalité du retrait du Kosovo de la Serbie.
En dépit des divergences des Etats membres eus regard du statut du Kosovo, le Parlement affirme qu’il est vital pour l’UE de prendre en compte le Kosovo afin que la stabilité et la sécurité dans l’ouest des Balkans – dans le voisinage immédiat de l’UE – puissent être préservés et développés.
Dans la résolution, adoptée par un vote de 455 contre 155, les eurodéputés ont fait appel à la Commission européenne et aux Etats membres de prendre des mesures pratiques afin de rendre les bénéfices de la coopération européenne plus palpables pour la population du Kosovo – tels que la libéralisation des visas pour ses citoyens une fois que les critères nécessaires ont été atteint.
A cette fin, la Commission devrait communiquer sans plus tarder aux autorités du Kosovo les pas qui doivent être franchis avant de préparer la feuille de route sur la libéralisation des visas, établit le document.
Une étude menée par Votewatch.eu présentée lors d’un évènement public le 9 juin a révélé que tous les eurodéputés des cinq pays qui n’ont pas encore reconnu le Kosovo à part la Slovaquie avaient voté contre la résolution, à l’encontre des positions partisanes. Seuls les eurodéputés slovaques ont eu un vote par division, a expliqué Doru Frantescu de Votewatch.
Tensions en amont du jugement de la CIJ
La résolution a également fait appel à ce que la Serbie adopte une approche pragmatique envers le Kosovo, alors que les tensions augmentent en amont de la décision de la Court Internationale de Justice (CIJ) sur la légalité de la déclaration d’indépendance du Kosovo, qui est en attente.
Tout en comprenant les implications émotionnelles liées aux retombées de la guerre de 1999, et en comprenant que la reconnaissance officielle du Kosovo n’est pas une option politique réalisable en ce moment pour les dirigeants de Belgrade, le Parlement fait néanmoins appel à ce que la Serbie soit pragmatique sur la question du statut, peut on y lire.
Les eurodéputés ont exprimé leur inquiétude concernant les relations entre les deux, à la suite d’une explosion de violence dans la partie nord du Kosovo. Le 2 juillet, une grenade lancée lors d’une manifestation de serbes ethniques a fait un mort et plusieurs blessés, tandis que trois jours plus tard, un serbe ethnique membre de l’Assemblée du Kosovo était tué par balles (EurActiv 05/07/10).
Les parlementaires ont exhorté la mission européenne « Etat de droit » EULEX à intensifier ses efforts dans la partie nord du Kosovo afin d’aider à l’amélioration des relations inter-ethniques et d’informer les citoyens locaux sur ce que l’UE mets en oeuvre pour aider.
L’eurodéputée autrichienne Ulrike Lunacek, membre du groupe Greens/EFA et auteur de la résolution parlementaire sur le Kosovo, a dit que l’Assemblée européenne avait fait comprendre que le futur d’un Kosovo indépendant réside dans l’intégration européenne, et qu’elle avait donné un signal clair aux cinq Etats membres qui ne l’ont pas encore reconnu.
Questionnée par EurActiv pour savoir si elle s’attend réellement à ce que certains des cinq pays changent de position après le vote sur la résolution, elle a dit qu’il vaudrait mieux attendre l’opinion de la CIJ, qui viendra dans quelques semaines, et que l’on pourra en reparler alors.




