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Le Parlement soutient la levée des visas pour les Albanais et les Bosniaques

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Publié 08 octobre 2010, mis à jour 11 octobre 2010

Hier (7 octobre), le Parlement européen a soutenu un régime de déplacement sans obligation de visa à l’espace Schengen européen pour les citoyens albanais et bosniaques, mettant l’assemblée de l’UE dans une position de collision avec la France, qui s’est opposée à la proposition suite à ses sévères et controversées mesures sur les campements Roms illégaux.

Hier (7 octobre), le Parlement européen a soutenu un régime de déplacement sans obligation de visa dans l’espace Schengen européen pour les citoyens albanais et bosniaques, mettant l’assemblée de l’UE dans une position de collision avec la France, qui s’est opposée à cette proposition suite à ses sévères et controversées mesures sur les campements Roms illégaux.

L’avant-projet, qui a été approuvé par une majorité écrasante au Parlement hier (7 octobre), a fait face à une ferme opposition de la France, lorsqu’elle a été soumise à l’approbation des 27 Etats membres de l’UE au sein du Conseil des ministres de l’UE.

« J’espère à présent que nous trouverons un accord avec les ministres lors de la première lecture », a dit le rapporteur du Parlement européen sur la résolution, l’eurodéputée slovène Tanja Fajon (Socialistes et Démocrates).

« Ceci permettrait aux citoyens des deux pays de voyager librement pour passer les fêtes de Noël avec leurs parents ailleurs en Europe », a-t-elle dit.

La France s’oppose à la suppression des obligations de visa pour les citoyens bosniaques et albanais. Paris souffre toujours des répercussions politiques qui ont fait suite aux expulsions controversées des émigrants Roms illégaux, dont la plupart sont des ressortissants de l’UE originaires de la Roumanie et de la Bulgarie.

Les fonctionnaires français ont critiqué la Commission européenne pour avoir poursuivi les discussions de libéralisation des visas avec les pays des Balkans occidentaux pour « raisons politiques » et pour avoir négligé les « risques » associés à l’ouverture des frontières de l’UE.

Toutefois, Paris n’a pas le pouvoir de bloquer la décision du Conseil des ministres de l’UE, qui représente les 27 Etats membres. En effet, depuis le traité d’Amsterdam de 1999, la justice et les affaires intérieures sont considérées comme faisant partie du domaine communautaire.

La mathématique des votes

Selon des sources proches d’EurActiv, certains pays au Conseil soutiennent la France, mais leur vote ne suffira pas à bloquer la décision.

Les Pays-Bas et le Danemark ont fréquemment été mentionnés comme hostiles à l’ouverture de l’accès sans visa à l’espace Schengen pour l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine.

Le vote à la majorité qualifiée (VMQ) au Conseil requiert un minimum de 255 votes sur 345 (soit 74,8%). Les trois pays opposés à la proposition détiennent un total de 49 votes et sont loin de créer une minorité bloquante.

« Les Français ne peuvent rien faire. Mais ils peuvent suspendre Schengen », a dit l’eurodéputé Charles Tannock (Groupe Conservateurs et Réformistes ; Royaume-Uni) à EurActiv.

M. Tannock faisait référence au fait que les pays de l’espace Schengen ont le droit de temporairement introduire le contrôle des frontières en invoquant une urgence nationale.

M. Tannock est aussi d’avis que la France pourrait retarder le vote du Conseil pour des raisons politiques.

« Pour être franc, il y a un problème. Je ne suis pas entièrement satisfait. L’Albanie compte beaucoup de crimes organisés », a dit M. Tannock.

Réactions : 

« Je suis heureuse que les citoyens albanais et bosniaques aient bientôt la possibilité de voyager sans visa dans les pays de l’espace Schengen », a dit le rapporteur fictif du groupe Parti Populaire Européen, l’eurodéputée Anna Maria Corazza Bildt (Suède).

« Personnellement, j’ai partagé la détresse du siège de Sarajevo et la guerre en Bosnie-Herzégovine pendant des années. L’appel d’une jeune génération qui s’est sentie enfermée et laissée pour compte est proche de mon cœur depuis que je suis entrée au Parlement durant l’été 2009, a dit Anna Maria Corazza Bildt, qui est l’épouse de Carl Bildt, qui était négociateur de paix à ce moment là.

Monika Flašíková Beňová, vice-présidente des Socialistes et Démocrates (S&D) en charge des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (Slovaquie), a souligné qu’en ce qui concerne l’Albanie, la décision n’est en aucun cas un signe de soutien pour le gouvernement de centre-droit.

« Concernant l’Albanie, nous répétons les demandes que le Parlement européen a faites en juillet selon lesquelles tous les partis politiques doivent assumer leurs responsabilités et s’engager dans un dialogue politique constructif. Nous acceptons l’argument de notre parti frère, le parti Socialiste d’Albanie, qui affirme que le soutien au déplacement sans obligation de visa va être bénéfique pour le peuple. »

L’eurodéputée ADLE Sarah Ludfort (Démocrates Libéraux ; Royaume-Uni) a insisté sur le fait que la libéralisation des visas ne devrait pas être utilisée de façon excessive. Une exemption de visa est bien entendu un privilège qui ne devrait être abusé uniquement pour les touristes à court terme, les visiteurs et les voyages d’affaires. Maintenant que les deux Etats concernés ont rempli les conditions requises concernant le maintien de l’ordre, la corruption et l’émigration illégale, ce serait "trahir une feuille de route" promise depuis longtemps si un Etat membre la bloquait à présent, a dit Mme Ludfort.

Prochaines étapes : 
  • 8 oct.: Rencontre des ministres de la justice et des affaires intérieures (JAI) (Luxembourg).
  • 8-9 nov.: Rencontre des ministres de la justice et des affaires intérieures (JAI) (Bruxelles).
  • 2-3 déc.: Rencontre des ministres de la justice et des affaires intérieures (JAI) (Bruxelles).
Contexte : 

Schengen est un village situé à la frontière entre le Luxembourg, la France et l’Allemagne, où le 14 juin 1985 un accord visant à graduellement abolir les contrôles aux frontières communes a été signé entre ces pays, en plus des Pays-Bas et de la Belgique.

Petit à petit, le processus a été étendu. En 1995, les contrôles frontaliers ont été abolis entre la Belgique, l’Allemagne, la France, le Luxembourg, les Pays-bas, l’Espagne et le Portugal.

A ce jour, l’espace sans frontières de Schengen est constitué de 26 Etats membres : 23 pays de l’UE (tous les Etats membres exception faite de la Bulgarie, la Roumanie, l’Irlande et le Royaume-Uni), ainsi que de trois pays associés : la Norvège, l’Islande et la Suisse.

Le Royaume-Uni et l’Irlande ont décidé de rester en dehors de l’espace Schengen.

La Bulgarie, la Roumanie et Chypre n’appliquent que partiellement l’acquis Schengen actuellement, et des contrôles sont donc menés aux frontières entre ces trois Etats membres.

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