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Le plombier polonais, un canular français [FR]

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Publié 22 octobre 2009

Le spectre du plombier polonais, qui a hanté la campagne référendaire française sur la Constitution européenne en 2005, se trouve être une mystification politique historique, étant donné que le flot prédit de travailleurs de l’Est en France n'est jamais arrivé. Un reportage d’EurActiv France.

En réalité, la France souffre d’un profond déficit de statistiques concernant sa force de travail d’origine étrangère, ce qui empêche d’établir une estimation fiable sur le nombre de travailleurs de l’est sur son sol.

Effectivement, le pays n’utilise comme base de recensement que les permis de résidence émis portant la mention « travailleurs ».

Il en résulte que les citoyens de l’UE qui quittent leurs pays d’origine pour rejoindre leurs familles en France ne sont pas forcément enregistrés comme travailleurs étrangers, même si leur titre de séjour, émis pour des raisons de regroupement familial, leur permet d’exécuter des activités professionnelles.

Les statistiques d’Eurostat sur le cas de la France doivent aussi être regardées avec précaution, étant donné que l’UE ne possède pas de données sur les nombreux travailleurs de l’est. En ce qui concerne la Pologne, 15 000 personnes ont été enregistrées en France en 2005 contre 14 000 en 2007. La tendance est plutôt à la stabilité, et même à une légère baisse.

La comparaison entre la France et le Royaume Uni nous montre que ce dernier reste une destination bien plus prisée des travailleurs migrants. En 2005, 88 000 Polonais sont partis travailler outre-Manche. En 2008, leur nombre total était de 370 000. Depuis 2004, d’après certaines informations, le Royaume Uni  a reçu 500 000 travailleurs de l’est. Sur cette base, la France est à la traîne en termes de flot de travailleurs migrants.

La mise en œuvre par le gouvernement français de règles restreignant la mobilité des travailleurs de l’est pèse certainement dans la balance de l’énorme fossé entre la France et la Grande Bretagne. En mars 2006, Paris a encouragé une levée progressive et contrôlée des restrictions.  Il en résulte que le marché français de l’emploi a ouvert la voie aux travailleurs de l’est pour combler le déficit de la France dans des domaines tels que les soins médicaux, la restauration, les transports et la construction.

Bruxelles a autorisé la France à maintenir des restrictions administratives jusqu’à 2011, mais le moratoire a été écourté. Depuis le 1er juillet 2008, les travailleurs des pays de l’est qui ont rejoint l’UE en 2004 bénéficient d’un accès libre au marché du travail.

Ce « geste » peut aussi être expliqué par les circonstances, car il s’agit de l’année où la France a pris la présidence de l’UE (EurActiv 30/05/08).

La France a baissé sa garde en levant les restrictions en 2008 au lieu de 2011, mais je ne suis pas sûr que le gouvernement oserait reprendre cette mesure aujourd’hui, a expliqué un chercheur de l’Institut d’ Etudes Politiques de Grenoble, Jacques Barou.

La France a été handicapée par le chômage pendant des années, et les limitations à la libre circulation des travailleurs représentent un facteur déterminant pour maintenir la paix sociale, a-t-il ajouté.

Concernant les travailleurs roumains et bulgares, la France devrait abandonner toutes les restrictions de travail le 31 décembre 2011. Jusqu’à cette date, les travailleurs migrants pourraient bénéficier d’une procédure accélérée pour obtenir des permis de travail s’ils correspondent à l’une des 62 professions dans lesquelles la France subit un déficit. Fin 2008, la liste des « emplois auxquels personne ne veut prétendre » a été étendue à 150 branches de travail différentes.

Contexte : 

Pendant la campagne référendaire sur la Constitution européenne en France, le personnage du « plombier polonais » a incarné les craintes que les travailleurs de l’est viennent créer des disparités de salaires sur le marché du travail.

L’argument ne reposait pas directement sur la Constitution elle-même mais sur la directive Bolkenstein sur le détachement des travailleurs. La confusion était suffisamment profonde pour aboutir à un rejet en masse de la Constitution européenne.

Lorsque la Pologne, la République tchèque, la Hongrie, la Slovaquie, la Slovénie, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont rejoint l’UE le 1er mai 2004, le Royaume Uni, l’Irlande et la Suède ont été les seuls à ouvrir le marché de l’emploi aux nouveaux entrants.

La Grèce, la Finlande, l’Italie, l’Espagne et la Portugal ont levé leurs restrictions sur ces pays en 2006 ; le Luxembourg et les Pays-Bas ont fait de même en 2007 ; la France en 2008 ; et la Belgique et le Danemark le 1er mai 2009.

L’Autriche et l’Allemagne ont maintenu leurs restrictions après mai 2009, ce qui a amené la présidence tchèque de l’UE à critiquer Vienne et Berlin sur ce qu’ils appellent leur décision « non justifiée » de maintenir des restrictions à l’emploi cinq ans après la vague d’élargissement de 2004.

La Cour de Justice des Communautés européennes a récemment statué contre Paris dans une affaire où les avocats, médecins et dentistes de Bulgarie et Roumanie se sont vus illégalement refuser l’accès au marché du travail français (EurActiv 11/02/09).

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