Avec ces deux nouveaux Etats membres, l'OIF compte aujourd'hui 21 membres ou observateurs européens, dont 11 Etats membres de l'UE. Au cours des 15 dernières années, 14 des 21 nouveaux membres de l'OIF ont été des pays d'Europe de l'Est. De plus, le Sommet de la Francophonie s'est tenu pour la première fois cette année dans cette région.
Cette expansion à l'Est inquiète les membres traditionnels de la Francophonie, les pays africains. En effet, la plupart des membres de l'organisation sont d'anciennes colonies française d'Afrique et des Caraïbes. Ces dernières craignent que leur influence et l'aide qu'elles reçoivent ne diminuent. "C'est une préoccupation légitime. Au fur et à mesure que la famille francophone s'agrandit, les initiateurs, c'est-à-dire le tout premier cercle de la francophonie, s'inquiète," a déclaré le ministre délégué aux affaires étrangères du Burkina Faso, Jean-Didier Somda.
Certains journaux britanniques critiquent par ailleurs le fait que de nombreux pays parmi ces nouveaux membres sont moins francophones qu'anglophones. En Roumanie par exemple, les citoyens sont plus enclins à apprendre l'anglais comme seconde langue que le français. Ils soulignent également que le budget de l'OIF de 136 millions d'euros est financé à 80% par Paris, soutenant que l'organisation est utilisée par la France simplement pour résister à la puissance économique et culturelle des Etats-Unis.
La convention de l'Unesco pour la défense de la diversité culturelle, adoptée en octobre 2005, est une autre source éventuelle de conflit avec les Etats-Unis. En effet, ces derniers sont opposés à cette convention, craignant qu'elle n'instaure des barrières commerciales aux exportations culturelles comme les films. Le président français Jacques Chirac a appelé les dirigeants internationaux assistant au Sommet des 28 et 29 septembre à ratifier cette convention. De plus, le président Barroso a annoncé que les premiers instruments européens de ratification de cette convention seraient déposés avant la fin de l'année.
Premier instrument de droit international en matière de commerce de biens culturels, cette convention a été l'une des principales réalisations de la Francophonie et a illustré la dimension de plus en plus politique de l'organisation. Cette dimension, ajoutée aux récents élargissements, rend de plus en plus difficile l'unité parmi les membres de l'OIF. Des divisions sont ainsi apparues lors du Sommet entre ceux qui veulent insister sur les crises africaines et ceux considérant que la Francophonie, c'est "autre chose". Comme l'UE, l'organisation pourrait être confrontée dans les années à venir à un débat entre "élargissement" et "approfondissement".


