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L'élargissement sous l'oeil d'experts français et allemands

Publié 03 mars 2010 - Mis à jour 05 mars 2010
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Les questions des leçons apprises lors du dernier élargissement de l'UE et des perspectives pour une Europe encore plus large ont été au centre de discussions organisées par EurActiv à Paris et Berlin.

La France "obsédée par la Turquie" Comme l'a mis en avant EurActiv France sur son blog, le débat sur l'élargissement à Paris se concentre inévitablement sur la candidature turque à l'adhésion, quel que soit l'expert invité aux évènements et le programme proposé pour les discussions. Le débat sur la Turquie est principalement français, reconnaît Philippe Perchoc, président du groupe de réflexion Nouvelle Europe. Le paradoxe, a-t-il expliqué, c'est que les Français ne sont pas effrayés par l'adhésion des pays des Balkans occidentaux, bien qu'ils les connaissent encore moins que ce qu'ils connaissent la Turquie. En Suède et au Royaume-Uni ou en Estonie, Lettonie et Lituanie, les gens sont plus réticents à accepter les Balkans, où le processus de stabilisation politique est toujours en cours, a-t-il dit, comparant les attitudes de chacun. Faisant référence à la proposition très médiatisée du président français Nicolas Sarkozy d'un partenariat privilégié pour Istanbul en lieu et place d'une pleine et entière adhésion, M. Perchoc s'est tourné vers l'eurodéputé Philippe Juvin (issu des rangs de l'UMP de M. Sarkozy, affilié au Parti populaire européen) et lui a demandé directement : La Turquie est un pays candidat. Comment pouvez-vous avoir un discours si contradictoire? De manière plutôt surprenante, M. Juvin a admis l'ambiguïté du débat et le manque de courage des hommes politiques français. Selon Yuhishthir Raj Isar, professeur à l'Université américaine de Paris, la Turquie, c'est l'Empire Ottoman, le diable musulman, une manière de penser issue de l'imagerie chrétienne européenne. Raj Isar, qui est lui-même d'origine indienne et a fait de l'investigation des problèmes contemporains à la lumière des évènements passés sa spécialité, a expliqué que la question des frontières européennes n'était pas un problème géographique mais conceptuel. L'histoire du continent européen montre que l'Europe est seulement une succession d'appropriations du concept européen, en fonction du lieu et de l'époque, a-t-il affirmé. Les pays qui auront rempli tous les critères d'adhésion à l'UE seront plus européens que les Etats membres de l'UE, a expliqué Bahadir Kaleagasi, coordinateur international de l'association TUSIAD, qui représente la communauté des affaires turque. L'élargissement à la Turquie sera un test de crédibilité pour l'UE et la Turquie, a déclaré M. Kaleagasi. D'ici 3 à 4 ans, le pays obéira à 100 % à l'acquis communautaire. L'UE sera-t-elle prête et aura-t-elle toujours le même pouvoir d'attraction ?, a-t-il questionné. L'élargissement de 2007, une erreur ? La plupart des participants à ces deux évènements sont d'accord pour dire que la politique d'élargissement de l'UE était devenue plus sévère depuis les élargissements de 2004 et 2007. La Commission européenne se penche avec beaucoup de rigueur sur les questions de corruption et de crime organisé, a déclaré Marzenna Guz-Vetter de la Représentation de la Commission en Allemagne. L'élargissement de 2007 [Roumanie et Bulgarie] a été prématuré, a déclaré Mme Guz-Vetter. C'était clairement une décision politique. Elle a admis, cependant, que l'adhésion de dix nouveaux pays en 2004 a été un grand succès économique. Malheureusement, ce succès n'a pas fait l'objet de suffisamment de communication, a-t-elle déploré. Thomas Silberhorn, membre CSU du Parlement allemand, s'est montré encore plus critique, affirmant que l'adhésion prématurée de la Bulgarie et de la Roumanie avait déclenché une rechute des efforts réformateurs dans ces pays. Cela s'est révélé être un poids important pour les relations internes dans l'UE, a dit M. Silberhorn, qui préside également le groupe de travail de la CSU sur les affaires étrangères, la défense et l'Europe. M. Silberhorn a mis en garde l'Ukraine et la Turquie : n'ayez pas de trop grandes attentes. La porte de l'UE sera ouverte à l'Islande, a-t-il dit, avant d'avertir que les batailles actuelles concernant les droits de pêche et la situation financière du pays n'étaient pas particulièrement utiles. D'autre part, les pays des Balkans occidentaux ont une perspective claire d'adhésion à l'UE, mais au regard des expériences bulgare et roumaine, il convient de réfléchir avant d'agir, a dit M. Silberhorn. Les participants à Paris ont également évoqué la fatigue et l'indigestion des membres de l'Union élargie. Ils ont été d'accord pour dire que les deux derniers élargissements étaient perçus négativement parce qu'ils n'avaient pas été suffisamment expliqués à l'Est et à l'Ouest.  

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