Des observateurs ont expliqué que cet affrontement, le second depuis le mois d'août, avait sévèrement affaibli la coalition pro-européenne du président serbe, Boris Tadić, avant les élections, prévues au printemps 2012.
Le 27 septembre, lors d'une opération menée par la Force internationale de sécurité au Kosovo (KFOR) de l'OTAN à la frontière qui sépare le Kosovo et la Serbie, les forces internationales ont ouvert le feu sur des manifestants, faisant six blessés. L'objectif de l'opération était d'enlever les barricades serbes établies aux postes-frontière de Jarinje et Brnjak.
Lors des échauffourées, les manifestants ont lancé une bombe artisanale contre le KFOR, blessant quatre soldats qui ont ensuite riposté. La Serbie a accusé le KFOR d'avoir tiré à balles réelles sur des civils.
Suite à l'escalade de la violence, des discussions supervisées par l'UE entre Belgrade et Pristina, qui devaient avoir lieu à Bruxelles les 27 et 28 septembre, ont dû être reportées à une date encore inconnue.
Selon BETA, le partenaire d'EurActiv en Serbie, le président serbe, Boris Tadić, et la coalition au pouvoir étaient sans doute informés de l'intention des forces internationales d'enlever les barricades et de déloger les manifestants de la frontière nord avant cette septième série de négociations.
La Serbie a perdu le contrôle des postes-frontière de Brnjak et de Jarinje en juillet dernier suite à des attaques menées successivement par les forces kosovares et serbes. Aujourd'hui, ces deux postes-frontière sont contrôlés par EULEX, le KFOR et un officier de douane kosovar.
La Serbie perd la face
Les autorités serbes ont d'abord souhaité résoudre ce différend en mettant cette question au programme des discussions avec Pristina, mais le gouvernement kosovar a refusé de l'envisager.
Belgrade a alors décidé d'aborder le point qui les oppose concernant le placement d'un officier des douanes kosovares à Jarinje et à Brnjak en dehors du dialogue habituel en présence de représentants de l'UE et des Etats-Unis. Cependant, les chances pour que Belgrade obtienne le retour à la situation antérieure au conflit aux postes de Jarinje et de Brnjak seraient presque inexistantes, selon BETA.
Les analystes de l'agence de presse serbe ont expliqué que Belgrade avait l'intention de gagner du temps tout en s'assurant une présence à long terme au nord du Kosovo, ce qu'elle n'est pas parvenue à obtenir. La question du contrôle de la frontière nord du Kosovo est à présent en train de se résoudre par voie de crise et de tensions, et Belgrade est forcée d'en subir les conséquences.
L'escalade de la violence a placé M. Tadić dans une position qui ne lui permet que de protester, condamner l'utilisation de la force et demander à toutes les parties de rester calmes, démontrant ainsi un manque flagrant d'influence sur le déroulement des évènements sur le terrain.
Renforcement du nationalisme
Les partis politiques nationalistes en Serbie ont à présent tout le loisir de tirer profit de la situation au nord du Kosovo dans leurs négociations avec le pouvoir, actuellement aux mains de la coalition « pro-européenne ».
Ces partis peuvent aujourd'hui facilement déclencher des manifestations, aggraver les tensions et accuser le gouvernement de trahir les intérêts de la Serbie et de perdre le Kosovo.
Le Parti démocratique de Serbie, dirigé par l'ancien premier ministre, Vojislav Koštunica, et le Parti progressiste, dirigé par Tomislav Nikolić, jouissent tous deux d'une grande influence dans le nord du Kosovo et tirent profit de la crise actuelle pour renforcer leurs positions respectives.
Le Parti radical serbe, un autre parti politique qui jouit d'une grande influence au nord du Kosovo, a adopté une attitude similaire.
Le facteur extérieur ne doit pas non plus être négligé, écrit encore BETA. La Russie s'intéresse de plus en plus à la situation du Kosovo dernièrement et cherche le soutien des partis conservateurs et à tendance nationaliste en Serbie, notamment le Parti démocratique de Serbie, le Parti progressiste serbe et le Parti radical serbe.




