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Les fantômes du passé entravent l'avenir économique de la Bosnie

Publié 21 avril 2010 - Mis à jour 22 avril 2010
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Les fantômes du passé de la Bosnie entravent son avenir économique et les observateurs estiment qu'il y a peu de chances de voir une amélioration après les élections qui doivent se tenir dans ce pays ethniquement divisé plus tard cette année.

Le conflit entreSerbes, Musulmans et Croates n'est peut-être plus mené avec une artillerie lourde et un nettoyage ethnique, mais une combinaison toxique de cloisonnements de facto, d’obstacles et de corruption de la part des hommes politiques représentant chaque groupe garantit le maintient d'une emprise sur l'économie.

A quel sorte d'investissements pouvons-nous nous attendre alors que nos dirigeants politiques envoient de tels mauvais messages au monde et entre eux? s’interroge Svetlana Cenic, une économiste et ancienne ministre des finances de la République serbe de Bosnie.

Dans les Balkans, seul le Kosovo, qui n’est pas reconnu comme un Etat indépendant par plus de la moitié de la communauté internationale, est dans une terrible situation économique car il est encore plus dépendant de l’aide étrangère, qui arrive au compte goutte, pour garder la tête hors de l'eau.

L'arrivée de la crise financière mondiale a renforcé la stagnation économique, aggravée par l'incapacité des communautés bosniaques rivales à réformer les institutions qui fonctionnent mal et qui furent créée par les accords de paix de Dayton de 1995 ayant mis fin à la guerre de 1992 à 1995.

Un taux surprenant de 42 % de la force de travail est officiellement au chômage. Si l'on prend en compte l'économie grise informelle, le taux de chômage est supposé être d'environ 25 %.

Alors que le pays a un marché unique sur le papier, avec la libre circulation des biens et les mêmes tarifs extérieurs et TVA, les entreprises doivent souvent soudoyer ou obéir aux hommes politiques des deux principales entités pour pouvoir être opérationnelles, a confié Mme Cenic à Reuters.

Les entreprises étrangères doivent se battre pour obtenir toutes sortes de permissions et des garanties pour que personne ne les dérange, qu'elles ne seront pas rackettées, a-t-elle affirmé dans un entretien.

L'intransigeant premier ministre serbe bosniaque Milorad Dodik a peu d'emprise sur l'activité économique de son fief, mais les choses sont encore plus désordonnées dans la fédération croate musulmane, où plusieurs couches de l'administration doivent être graissées.

L'image de ce pays est toujours tellement mauvaise que les investisseurs sérieux ne veulent pas risquer quoique ce soit, a confié l'ancien ministre des affaires étrangères Mladen Ivanic à Reuters. Le principal problème est le système politique, pas le système économique.

Pour les entreprises privées locales, la solution pour survivre est souvent de rester proche des gouvernements des deux entités bosniaques pour s’assurer une partie des contrats dépendant du budget de l'Etat.

Le marché intérieur de la Bosnie, comptant environ 3,8 millions de citoyens avec un PIB par habitantde seulement 4 600 dollars, est trop pauvre pour attirer beaucoup d'investissements. L'accès aux marchés voisins plus grands de la Croatie et la Serbie est vital, mais il y a de nombreuses barrières douanières.

Un forum commercial dans la ville centrale bosniaque de Mostar la semaine dernière a illustré la manière dont les politiques continuaient à forger l'économie. Le président serbe Boris Tadic est venu promouvoir la coopération des entreprises entre les Républiques voisines d'ex-Yougoslavie.

Mais il a tout de même assisté à une conférence du directeur bosniaque Haris Silajdzic, un Musulman, qui a prévenu : nous ne devons pas ignorer les problèmes du passé. Les entreprises serbes bosniaques et les directeurs sont restés éloignés pour la plupart.

Le principal potentiel pour l'investissement dans les pays montagneux, où les patrouilles de casques bleus sont toujours présentes, réside dans l'énergie et les infrastructures, mais les ennemis politiques et l'enrichissement personnels continuent de contrecarrer les grands projets.

Le géant autrichien de la construction Strabag a été choisi par le gouvernement serbe bosniaque en 2006 pour construire une autoroute de 3 milliards d'euros de Banja Luka, la région de la capitale autonome, à la ville de Doboj. Toutefois, l'entreprise s'est retrouvée confrontée à des problèmes financiers car il n'y avait aucune offre compétitive pour le contrat. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a refusé de participer, et la construction de l'autoroute n'a toujours pas commencé.

Les investissements énergétiques sont en suspend, car la Bosnie manque encore d'un réseau d'électricité national fonctionnant correctement, malgré les nombreuses promesses d'aplanir les obstacles politiques.

Les premiers ministres des deux entités se sont mis d'accord en novembre pour permettre à l'entreprise Elektroprenos de fonctionner normalement, mais il y a eu peu de progrès. Le conflit peut également mettre en danger l'éventuel accord électrique rémunérateur avec l'Italie et le Monténégro.

L'Italie et la Russie courtisent les serbes bosniaques

Le premier ministre italien Silvio Berlusconi a proposé à M. Dodik des projets énergétiques communs, y compris le participation de la République serbe de Bosnie au gazoduc russe South Stream, un rival de Nabucco, gazoduc européen venant d'Asie centrale.

La propriété des terres est un frein supplémentaire à la croissance économique. Alors que les autres républiques d'ex-Yougoslavie ont réformé leurs lois, la Bosnie travaille toujours selon un système où le gouvernement détient les terres, et les entreprises achètent seulement le droit de construire ou de les utiliser.

Cela donne aux hommes politiques une forte source d'achalandage, qui requiert plusieurs couches de pots de vin pour terminer un immeuble ou diriger une entreprise. Par ailleurs, l'absence de pleine propriété limite le montant des emprunts des entreprises et étouffe la croissance, d'après un haut fonctionnaire international à Sarajevo.

Si l'on ajoute à cela les 400 entreprises d'Etat dans la seule fédération croate musulmane, dont les membres des conseils d'administration et les hauts dirigeants sont tous nommés par les politiques, il est facile de constater comment la politique continue d'entraver l'économie.

Alors que de nombreux bosniaques semblent être mécontents de l'état des affaires, les hommes politiques nationalistes ont jusqu'ici réussi à attiser les craintes ethniques lors des élections afin d'apaiser les mécontentements relatifs à l'économie. Ne croyez pas que cette année sera différente.

(EurActiv avec Reuters. Artricle traduit de l'anglais par EurActiv.)

Prochaines étapes : 
  • Octobre 2010 : Elections législatives en Bosnie.
Mostar bridge, reconstructed after the war
Contexte : 

L'accord de Dayton de 1995, négocié avec les Etats-Unis, la Russie et l'UE, a mis fin à une guerre de trois ans et demi en Bosnie, où plus de 100 000 personnes ont perdu la vie, et 1,8 millions de personnes ont été forcées de partir.

Depuis, la gestion du pays a été consolidée par l'Occident, via le travail du haut représentant pour la communauté internationale. Les élections locales en Bosnie-Herzégovine qui ont eu lieu en octobre 2008 ont confirmé de profondes divisions ethniques dans ce pays des Balkans, qui est considéré comme un candidat naturel à l'adhésion à l'UE (EurActiv 06/10/08).

Les nationalistes serbes, musulmans et croates ont obtenu de bons résultats dans les mairies des 149 municipalités du pays, suite à une campagne marquée par la rhétorique nationaliste et le manque d'intérêt dans les progrès auxquels sont réellement confrontés les citoyens. L'élection a été également marquée par l’achat de voix.

Les dirigeants de l'UE ont prévenu à de nombreuses reprises la Bosnie-Herzégovine que les conflits politiques internes continus entre les nationalistes serbes, musulmans et croates éloignait le pays d'un renforcement de ses relations avec l'Union auquel ses citoyens aspirent.

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