Les responsables politiques turcs du parti républicain du peuple (CHP) ont réprimandé les socialistes européens pendant le week-end en raison de la pression que ceux-ci leur ont mis pour soutenir le paquet de réformes constitutionnelles qu'ils avaient proposé.
Le paquet de réformes, mis sur la table par le parti AKP au pouvoir, un parti islamiste modéré, doit être soumis à un référendum crucial le 12 septembre. Le CHP, le plus ancien parti politique du pays, est membre de l'internationale mondiale, l'association internationale des partis sociaux-démocrates, socialistes de travaillistes.
Un législateur socialiste en vue au Parlement européen, l'eurodéputé autrichien Hannes Swoboda, a récemment appelé le parti à soutenir le paquet d'amendements constitutionnels, affirmant que le référendum déterminerait si le CHP souhaite être considéré comme un vrai parti démocratique.
S'exprimant lors d'une conférence à Antalaya le 25 juillet, les dirigeants du CHP ont répété leur opposition aux réformes, arguant que les amendements ne sont qu'un simple stratagème du parti dirigeant AKP pour avoir le contrôle sur le système judiciaire de la Turquie.
Le CHP accuse l'AKP d'utiliser les réformes constitutionnelles pour affecter l'indépendance du pouvoir judiciaire et installer des partisans dans les principaux postes judiciaires dans le cadre d'une stratégie à long terme afin de revenir sur la tradition laïque du pays.
Les dirigeants du CHP ont dénoncé les tentatives du gouvernement de faire passer les amendements constitutionnels dans un paquet unique, une pratique à laquelle s'oppose la commission de Venise du Conseil de l'Europe (EurActiv 07/05/10).
Kemal Kılıçdaroğlu, leader du CHP, a été cité par la presse turque comme affirmant qu'il souhaitait de meilleurs liens de communication avec les représentants politiques en conséquence. Nous enverrons à M. Swoboda une lettre spéciale, expliquant pourquoi nous sommes opposés à ces changements du point de vue de la justice et de la culture démocratique, a dit M. Kılıçdaroğlu.
EurActiv a essayé de contacter Hannes Swoboda, sans succès.
Pressant la Commission européenne d'écouter leurs inquiétudes sur le paquet d'amendements, M. Kılıçdaroğlu a dit que les groupes de l'opposition turque pourrait être plus actif s'ils faisaient valoir leurs intérêts auprès de leurs homologues européens.
M. Kılıçdaroğlu a également insisté sur le fait que le paquet de réformes, s'il fait l'objet d'un référendum, dépouillerait les citoyens de certains de leurs droits. Par exemple, admettons qu'un procureur délivre un mandat d'arrêt pour vous ou moi, et que nous soyons les victimes. Le procureur annonce la mise sur écoute au public sans décision de la cour. Je dépose une plainte auprès de ministère de la justice, et, si le ministère l'accepte, je me rends devant le Conseil d'Etat. Normalement, une enquête pourrait être conduite, a-t-il expliqué.
Cette constitution supprime ces droits en déclarant que le ministère de la justice ne peut pas déclencher d'enquête, et enlève ainsi mon droit de me rendre devant le Conseil d'Etat, a dit le dirigeant du CHP, cité par le quotidien Hürriyet.
Par ailleurs, le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan s'en est pris aux médias et au CHP, les qualifiant de malhonnêtes et de fourbes dans leur approche du référendum à venir, écrit le quotidien Zaman.




