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L'UE mise sur le Monténégro pour raviver sa politique d'élargissement

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Publié 13 octobre 2011, mis à jour 14 octobre 2011

Alors que la Croatie s'apprête à rejoindre l'Union en décembre, le Monténégro a reçu le feu vert aujourd'hui pour lancer les négociations d'adhésion, a dévoilé la Commission européenne dans son paquet élargissement annuel. Cette décision est considérée comme une façon de rester sur la voie de l'élargissement, dans la mesure où la Macédoine et la Serbie peinent à remplir les conditions nécessaires.

Trois pays pourront bientôt peut-être rejoindre l'Union européenne, selon la Commission. Toutefois, des diplomates de l'UE ont reconnu qu’au vu des conditions fixées pour la Serbie et la Macédoine, seul le Monténégro était en mesure d'entamer les négociations d'adhésion (voir « Contexte »).

Le problème du Kosovo

« La Commission recommande que le Conseil accorde à la Serbie le statut de pays candidat, compte tenu des progrès accomplis jusqu'à présent et à la condition que le pays reprenne le dialogue avec le Kosovo et procède rapidement à la mise en oeuvre, de bonne foi, des accords déjà conclus », peut-on lire dans les recommandations de l'exécutif européen concernant la Serbie.

Certaines sources ont confié à EurActiv que la condition liée au Kosovo avait été imposée pour satisfaire l'Allemagne. La chancelière allemande, Angela Merkel, a en effet récemment mis en garde Belgrade en lui suggérant de ravaler sa fierté quant à la perte de son ancienne province si elle voulait avancer vers son adhésion à l'UE. Ces sources ont également affirmé que la situation politique en Serbie laissait peu de marge de manœuvre au gouvernement pro-européen.

Selon les analystes, les partis politiques nationalistes en Serbie ont à présent tout le loisir de tirer profit de la situation au nord du Kosovo dans leurs négociations avec le pouvoir, actuellement aux mains de la coalition « pro-européenne ».

Ces partis peuvent aujourd'hui facilement déclencher des manifestations, aggraver les tensions et accuser le gouvernement de trahir les intérêts de la Serbie et de perdre le Kosovo, en amont des élections prévues pour le printemps 2012.

Une histoire de nom

Dans le cas de la Macédoine, la Commission a rappelé que le conflit sur le nom du pays qui l’opposait à la Grèce avait entravé les négociations qui ont été entamées en 2009. « La Commission insiste pour que les parties redoublent d'efforts afin qu'une solution soit trouvée dans les plus brefs délais [...] Le règlement de ce litige n'a que trop tardé », a déclaré l'exécutif de l'UE dans sa Stratégie d'élargissement 2011-2012.

La Commission a également rappelé que les actes et les déclarations pouvant avoir un impact négatif sur les relations de bon voisinage devaient être évités.

La Macédoine a récemment mis Athènes en colère en érigeant une immense statue d'un « guerrier à cheval » qui ressemble à Alexandre le Grand dans le centre de Skopje. Le gouvernement macédonien rencontrerait également des problèmes avec un autre de ses voisins : la Bulgarie. La presse a relayé l'information selon laquelle le premier ministre du pays, Nikola Gruevski, avait personnellement contribué au financement du film « Third Half Time » (en français, « Troisième mi-temps ») qui rend la Bulgarie responsable de la déportation de 7200 juifs de Macédoine.

Nouvelle expérience

En réalité, le seul pays candidat qui peut affirmer avoir progressé est le Monténégro. Le commissaire à l'élargissement, Štefan Füle, a proposé de lancer les négociations d'adhésion avec Podgorica, dans la mesure où le pays avait rempli les conditions qui avaient été fixées. Des diplomates ont affirmé à EurActiv que le Monténégro s'était engagé à lutter contre le crime organisé, le blanchiment d'argent et la contrebande. Les autorités de Podgorica se seraient montrées coopératives et désireuses d'impliquer l'opposition et les ONG pour atteindre les objectifs définis par la Commission.

La nouvelle approche de l'UE vis-à-vis du Monténégro serait de débuter avec les chapitres 23 et 24, à savoir « le pouvoir judiciaire et les droits fondamentaux » et « la justice, la liberté et la sécurité ». Des diplomates ont confié à EurActiv que l'ouverture de nouveaux chapitres dépendrait de l'avancement dans ces deux domaines. Il s'agit là d'une toute nouvelle approche dans les négociations d’adhésion.

Il y a peu, le Monténégro avait la réputation d'être un pays où la corruption gangrénait les plus hauts dirigeants politiques. Le premier ministre du pays, Milo Djukanović, une figure controversée suspectée d'entretenir des liens avec le crime organisé, a démissionné le 21 décembre 2010, ce qui a permis au Monténégro d'avancer dans le processus d'adhésion à l'UE.

Et les autres...

Concernant l'Albanie, les diplomates ont affirmé que l'impasse politique dans laquelle se trouvait le pays ne permettait pas à l'exécutif européen de faire progresser le processus l'adhésion. Même si le boycott du parlement, qui durait depuis juin 2009, semble avoir pris fin, il faudra du temps pour remettre le processus de réforme en route, ont-ils admis.

Par ailleurs, Bruxelles commence à se ronger les sangs pour la Bosnie-Herzégovine, où les trois communautés (Serbes, Bosniaques et Croates) ne parviennent pas à former un gouvernement ou à adopter un budget, et ce malgré un lobbying intensif de l'UE. Officiellement, le pays souhaite rejoindre l'UE, mais il ne semble pas suivre les conseils de l'Union pour autant.

« La Bosnie-Herzégovine doit décider si ses ambitions européennes font partie de son programme national », a déclaré un haut fonctionnaire à EurActiv.

Le Kosovo a quant à lui passé une année cauchemardesque. Ses élections présidentielles ont en effet été déclarées inconstitutionnelles et son premier ministre est considéré comme « l’un des plus gros poissons » du crime organisé dans le pays, selon des documents de l'OTAN qui ont été publiés dans le Guardian. Des représentants officiels de l'UE ont expliqué qu'ils souhaitaient continuer à renforcer leurs relations avec l'ancienne province serbe en envisageant de faciliter la délivrance des visas.

S'agissant de la Turquie, l'UE a exprimé ses inquiétudes quant à certaines déclarations qui auraient été « trop loin », comme lorsque Ankara a affirmé que la flotte turque pourrait être utilisée pour stopper les explorations pétrolières et gazières autour de Chypre. L'UE espère toutefois parvenir à sauvegarder des relations constructives en continuant de négocier sur les trois chapitres ouverts, en avançant sur la question des visas, en renforçant l'union douanière mise en place dès 1995 et en collaborant davantage dans le domaine de la politique étrangère.

De manière générale, la Commission déplore la dégradation de la liberté de la presse dans plusieurs pays candidats et a promis de s'atteler à la résolution de ce problème.

Réactions : 

Egemen Bağış, le ministre turc en charge des affaires européennes et négociateur en chef pour l'adhésion de son pays, a déclaré dans un communiqué : « Le rapport semble objectif et équilibré [mais] malheureusement, il ne reflète pas suffisamment la réalité. Il semblerait que la caméra de l'UE n'a pas réussi à capter l'image du changement en Turquie ».

« Les années précédentes, ce rapport aurait fait la une des journaux turcs. Toutefois, aujourd'hui, il est rare qu'il fasse l'objet d'un débat et attire l'attention du public. C'est bien entendu le résultat d'un problème de crédibilité de l'UE en Turquie en raison de la politique de deux poids deux mesures de l'Union », a-t-il déclaré.

L'année prochaine sera cruciale pour Skopje qui devra prouver qu'elle a donné un nouvel élan aux réformes visant à préparer l'adhésion du pays à l'UE. Il faut toutefois reconnaître que le pays a fait des progrès, même s'il reste des points négatifs, a déclaré le rapporteur du Parlement sur la Macédoine, l'eurodéputé Richard Howitt (S&D, R-U).

M. Howitt a expliqué au commissaire à l'élargissement, Štefan Füle, que la liberté de la presse était un enjeu crucial en Macédoine. Il espère également que les problèmes qui ont eu lieu lors du recensement ne remettront pas en question l'engagement pris dans le cadre de l'accord-cadre d'Ohrid. Le recensement en cours en Macédoine a en effet été entravé par des conflits ethniques, selon la presse.

La porte-parole des Verts pour les affaires étrangères, Franziska Brantner, a déclaré :

« Ouvrir les négociations d'adhésion avec la Serbie en ce moment de tensions accrues entre la Serbie et le Kosovo serait [inacceptable] [...]

La Commission a choisi le juste équilibre en liant sa recommandation d'attribuer le statut de candidat à la Serbie au message clair que celle-ci doit se réengager sans tarder dans le dialogue avec le Kosovo et mettre en œuvre les accords déjà conclus avec Pristina. La Serbie doit maintenant normaliser ses relations avec le Kosovo et réaliser des progrès concrets dans ce domaine pour pouvoir ouvrir les négociations d'adhésion avec l'UE. Cependant, la Serbie devrait faire des progrès également dans d'autres domaines qui restent problématiques. La récente annulation de la marche de la fierté des personnes homosexuelles [Gay Pride] de Belgrade en est un exemple ».

L'eurodéputée verte et présidente de la délégation UE-Turquie du Parlement, Hélène Flautre, a déclaré : « Le rapport de suivi de la Commission intervient cette année encore alors que la préoccupation majeure demeure le statu quo des relations UE-Turquie et les blocages politiques au processus d'adhésion.

La Commission est tout aussi inquiète que le Parlement en ce qui concerne l'évolution alarmante en matière de liberté de presse en Turquie. En effet, les pressions et les menaces d'emprisonnement subies par les journalistes tout comme la résolution démocratique de la question kurde demeurent des points problématiques. Il faut cependant reconnaître que les négociations d'adhésion stagnent. Le fait que les chapitres qui concernent les droits fondamentaux restent bloqués alors que la Turquie est en train de débattre des réformes juridiques et de la nouvelle constitution est sans doute une façon erronée de procéder. Cela représente une menace pour les efforts que la Turquie est en train de déployer en vue d'une réforme démocratique ».

L'eurodéputée Ria Oomen-Ruijten (PPE, Pays-Bas) a affirmé que le principal message à adresser à la Turquie était qu'elle devait continuer à mettre en oeuvre ses réformes. 

« La Turquie a récemment démontré qu'elle pouvait jouer un rôle positif dans une région agitée. Il est dès lors temps, aujourd'hui plus que jamais, que l'UE et la Turquie s’entraident mutuellement dans le domaine de la politique étrangère. Une coopération plus efficace est essentielle à ce sujet ».

Concernant les progrès réalisés par la Turquie, Ria Oomen-Ruijten a salué les efforts réalisés dans le domaine du judiciaire, mais elle s'est dit inquiète quant à la lenteur des enquêtes sur les présumés coups politiques liés à l'« Ergenekon » ou à l'affaire « Sledgehammer ».

Kader Sevinc, une représentante du CHP à Bruxelles, a affirmé que son parti, tout comme les socio-démocrates et le principal parti de l'opposition, avait toujours été un fervent défenseur de l'élargissement de l'UE à la Turquie. 

Le rapport de la Commission aurait dû mettre plus l'accent sur les défaillances du gouvernement dans les domaines de l'indépendance et de l'impartialité du pouvoir judiciaire, des libertés individuelles, de la liberté de la presse, des droits des femmes, de la politique sociale et de l'économie de marché libre et juste, a déclaré Mme Sevinc.

Ce rapport n'a pas révélé les contradictions de l'UE qui a bloqué sans raison certains chapitres des négociations à cause de la réticence de la République de Chypre et de la France, a-t-elle encore ajouté.

« Nous attendons de la Commission européenne qu'elle défende plus fermement les valeurs et les principes européens dans ses relations avec la Turquie », a-t-elle poursuivi.

Tusiad, la plus grande organisation d'employeurs en Turquie, a déclaré qu'il était crucial que les réformes démocratiques mises en exergue dans le rapport de la Commission européenne soient mises en oeuvre prochainement.

« Dans ce domaine, la rédaction d'une nouvelle constitution fondée sur un compromis social et politique est essentielle. Le processus lancé grâce à l'initiative civile devrait être mené dans la transparence. La Turquie a besoin d'un nouvel ordre constitutionnel qui permettra de mieux garantir le respect de l'Etat de droit, des droits individuels et culturels, des libertés, des droits des femmes et la mise en place d'un système judiciaire indépendant et impartial qui donne des résultats dans des délais raisonnables. Un nouvel ordre constitutionnel qui encourage la mise en place d'une société fondée sur la créativité, l'entreprenariat et la responsabilité sociale sera crucial pour la Turquie », a ajouté l'organisation.

Georgi Gotev – Article traduit de l'anglais par Amandine Gillet

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    ljiljana mizrahi
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    ljiljana mizrahi
    - Posted on :
    15/10/2011
Contexte : 

Depuis le « big bang » de 2004-2007, l'élargissement de l'UE s'est quelque peu essoufflé. Le volumineux rapport de la Commission européenne examine l'état des relations entre les pays souhaitant rejoindre l'Union et Bruxelles. 

La Croatie, l'Islande, la Macédoine, le Monténégro et la Turquie sont qualifiés de « pays candidats », tandis que la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, l'Albanie et le Kosovo sont considérés comme des « candidats potentiels », dans le jargon européen. La Croatie a clôturé ses négociations d'adhésion et devrait signer son traité d'adhésion en décembre.

Les négociations sont en cours avec la Turquie (depuis octobre 2005) et avec l'Islande (depuis juillet 2010). La Macédoine s'est vu octroyer le statut de pays candidat en décembre 2005, et le Monténégro en 2010. La Macédoine n'est toutefois pas parvenue à lancer les négociations d'adhésion à cause d'un conflit sur le nom de son pays qui est identique à celui d'une province grecque.

En réalité, dans les documents de la Commission, la Macédoine et le Kosovo n'apparaissent même ce sous ces dénominations : La Macédoine est appelée « ancienne République yougoslave de Macédoine » et il est fait référence au Kosovo avec un astérisque précisant son nom comme le « Kosovo selon la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies », car l'indépendance du pays n'a pas été reconnue par l'Espagne, la Grèce, la Slovaquie, la Roumanie et Chypre.

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