Trois pays pourront bientôt peut-être rejoindre l'Union européenne, selon la Commission. Toutefois, des diplomates de l'UE ont reconnu qu’au vu des conditions fixées pour la Serbie et la Macédoine, seul le Monténégro était en mesure d'entamer les négociations d'adhésion (voir « Contexte »).
Le problème du Kosovo
« La Commission recommande que le Conseil accorde à la Serbie le statut de pays candidat, compte tenu des progrès accomplis jusqu'à présent et à la condition que le pays reprenne le dialogue avec le Kosovo et procède rapidement à la mise en oeuvre, de bonne foi, des accords déjà conclus », peut-on lire dans les recommandations de l'exécutif européen concernant la Serbie.
Certaines sources ont confié à EurActiv que la condition liée au Kosovo avait été imposée pour satisfaire l'Allemagne. La chancelière allemande, Angela Merkel, a en effet récemment mis en garde Belgrade en lui suggérant de ravaler sa fierté quant à la perte de son ancienne province si elle voulait avancer vers son adhésion à l'UE. Ces sources ont également affirmé que la situation politique en Serbie laissait peu de marge de manœuvre au gouvernement pro-européen.
Selon les analystes, les partis politiques nationalistes en Serbie ont à présent tout le loisir de tirer profit de la situation au nord du Kosovo dans leurs négociations avec le pouvoir, actuellement aux mains de la coalition « pro-européenne ».
Ces partis peuvent aujourd'hui facilement déclencher des manifestations, aggraver les tensions et accuser le gouvernement de trahir les intérêts de la Serbie et de perdre le Kosovo, en amont des élections prévues pour le printemps 2012.
Une histoire de nom
Dans le cas de la Macédoine, la Commission a rappelé que le conflit sur le nom du pays qui l’opposait à la Grèce avait entravé les négociations qui ont été entamées en 2009. « La Commission insiste pour que les parties redoublent d'efforts afin qu'une solution soit trouvée dans les plus brefs délais [...] Le règlement de ce litige n'a que trop tardé », a déclaré l'exécutif de l'UE dans sa Stratégie d'élargissement 2011-2012.
La Commission a également rappelé que les actes et les déclarations pouvant avoir un impact négatif sur les relations de bon voisinage devaient être évités.
La Macédoine a récemment mis Athènes en colère en érigeant une immense statue d'un « guerrier à cheval » qui ressemble à Alexandre le Grand dans le centre de Skopje. Le gouvernement macédonien rencontrerait également des problèmes avec un autre de ses voisins : la Bulgarie. La presse a relayé l'information selon laquelle le premier ministre du pays, Nikola Gruevski, avait personnellement contribué au financement du film « Third Half Time » (en français, « Troisième mi-temps ») qui rend la Bulgarie responsable de la déportation de 7200 juifs de Macédoine.
Nouvelle expérience
En réalité, le seul pays candidat qui peut affirmer avoir progressé est le Monténégro. Le commissaire à l'élargissement, Štefan Füle, a proposé de lancer les négociations d'adhésion avec Podgorica, dans la mesure où le pays avait rempli les conditions qui avaient été fixées. Des diplomates ont affirmé à EurActiv que le Monténégro s'était engagé à lutter contre le crime organisé, le blanchiment d'argent et la contrebande. Les autorités de Podgorica se seraient montrées coopératives et désireuses d'impliquer l'opposition et les ONG pour atteindre les objectifs définis par la Commission.
La nouvelle approche de l'UE vis-à-vis du Monténégro serait de débuter avec les chapitres 23 et 24, à savoir « le pouvoir judiciaire et les droits fondamentaux » et « la justice, la liberté et la sécurité ». Des diplomates ont confié à EurActiv que l'ouverture de nouveaux chapitres dépendrait de l'avancement dans ces deux domaines. Il s'agit là d'une toute nouvelle approche dans les négociations d’adhésion.
Il y a peu, le Monténégro avait la réputation d'être un pays où la corruption gangrénait les plus hauts dirigeants politiques. Le premier ministre du pays, Milo Djukanović, une figure controversée suspectée d'entretenir des liens avec le crime organisé, a démissionné le 21 décembre 2010, ce qui a permis au Monténégro d'avancer dans le processus d'adhésion à l'UE.
Et les autres...
Concernant l'Albanie, les diplomates ont affirmé que l'impasse politique dans laquelle se trouvait le pays ne permettait pas à l'exécutif européen de faire progresser le processus l'adhésion. Même si le boycott du parlement, qui durait depuis juin 2009, semble avoir pris fin, il faudra du temps pour remettre le processus de réforme en route, ont-ils admis.
Par ailleurs, Bruxelles commence à se ronger les sangs pour la Bosnie-Herzégovine, où les trois communautés (Serbes, Bosniaques et Croates) ne parviennent pas à former un gouvernement ou à adopter un budget, et ce malgré un lobbying intensif de l'UE. Officiellement, le pays souhaite rejoindre l'UE, mais il ne semble pas suivre les conseils de l'Union pour autant.
« La Bosnie-Herzégovine doit décider si ses ambitions européennes font partie de son programme national », a déclaré un haut fonctionnaire à EurActiv.
Le Kosovo a quant à lui passé une année cauchemardesque. Ses élections présidentielles ont en effet été déclarées inconstitutionnelles et son premier ministre est considéré comme « l’un des plus gros poissons » du crime organisé dans le pays, selon des documents de l'OTAN qui ont été publiés dans le Guardian. Des représentants officiels de l'UE ont expliqué qu'ils souhaitaient continuer à renforcer leurs relations avec l'ancienne province serbe en envisageant de faciliter la délivrance des visas.
S'agissant de la Turquie, l'UE a exprimé ses inquiétudes quant à certaines déclarations qui auraient été « trop loin », comme lorsque Ankara a affirmé que la flotte turque pourrait être utilisée pour stopper les explorations pétrolières et gazières autour de Chypre. L'UE espère toutefois parvenir à sauvegarder des relations constructives en continuant de négocier sur les trois chapitres ouverts, en avançant sur la question des visas, en renforçant l'union douanière mise en place dès 1995 et en collaborant davantage dans le domaine de la politique étrangère.
De manière générale, la Commission déplore la dégradation de la liberté de la presse dans plusieurs pays candidats et a promis de s'atteler à la résolution de ce problème.



