Plus tôt ce mois-ci, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a proposé un plan en six points sur la question de la reconfiguration et du déploiement de l’EULEX. Alors que les responsables politiques à Belgrade ont accepté la proposition, les dirigeants albanais du Kosovo l’ont rejetée.
Selon le plan amendé, les policiers, les juges et les douaniers des zones gérées par la Serbie au nord du Kosovo seraient placés sous la protection de la mission onusienne de la MINUK ; quant à leurs homologues albanais, ils travailleraient avec l’EULEX.
Mais Pristina a indiqué que la situation violerait la Constitution du Kosovo et reviendrait à une partition de facto du nouvel Etat, qui a déclaré unilatéralement son indépendance en février dernier.
La situation a dégénéré rapidement, tandis que des milliers de Kosovars en colère manifestaient mercredi dernier (19 novembre) dans le centre de Pristina.
Une déferlante anti-européenne ?
Un autre incident a aggravé la situation : trois agents des services de renseignement allemands ont été arrêtés le même jour par la police kosovare, qui les soupçonne d’avoir fait exploser une bombe le 14 novembre devant le bureau de l’UE à Pristina, causant des dégâts légers. Le samedi 22 novembre, une cour de Pristina a ordonné la détention des trois Allemands, accusés de terrorisme, pour 30 jours, alors que la peine aurait pu se monter à 20 ans.
Affirmant que les trois agents ne faisaient qu’observer la scène, le service allemand de renseignement extérieur, le Bundesnachrichtendienst (BND), a nié son implication dans l’explosion. Les autorités allemandes ont refusé tout autre commentaire en raison de l’enquête en cours.
La presse allemande a indiqué que l’arrestation des trois agents pourrait résulter de la lutte de pouvoir au sein du leadership kosovar, où la faction européenne l’emporte sur ceux qui souhaitent la libération des agents. Elle a en outre laissé entendre que les trois Allemands enquêtaient sur la criminalité organisée en lien avec des responsables locaux qui ne souhaitaient pas voir des étrangers se mêler à leurs affaires.
Un porte-parole du Conseil a confié à EurActiv qu’il espérait que les autorités kosovares traiteraient l’affaire « en bonne et due forme ». Il a par ailleurs minimisé l’importance des protestations de mercredi dernier à Pristina, indiquant qu’il s’agissait seulement d’une « manifestation dans le calme » de quelque 6 à 8 000 personnes. Il a également signalé que les Kosovars protestaient contre le plan en six points de l’ONU, et non contre la mission EULEX en tant que telle.
La formulation finale de la décision du Conseil de sécurité de l’ONU de reconfigurer la MINUK est encore peu claire. Il reste aussi à savoir si le texte final, attendu cette semaine, conviendra autant à Belgrade qu’à Pristina. Un porte-parole de l’EULEX a déclaré à EurActiv que la mission serait prête à entamer ses travaux au début décembre, ajoutant que la décision viendrait de Bruxelles. Il a toutefois refusé d’indiquer si la situation sur le terrain en matière de sécurité avait changé au cours des derniers jours.



