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La majorité albanaise s’oppose désormais à la mission européenne au Kosovo [FR][en][de

Publié: mardi 25 novembre 2008   

La mission civile européenne destinée à soutenir le Kosovo dans la mise en place de structures démocratiques multiethniques est encore une fois menacée. Suite au récent rapprochement européen de la position serbe, c’est désormais au tour de la majorité albanaise du Kosovo de protester contre le mandat de la nouvelle mission de l’UE EULEX.

Contexte:

L’UE a décidé en février 2008 de lancer une mission « d’Etat de droit » au Kosovo baptisée EULEX KOSOVO. Les motivations derrière le lancement de l’EULEX sont éminemment politiques, l’UE étant déterminée à reprendre le flambeau de la gestion de la crise dans ce territoire situé sur le continent européen. L’objectif central est d’aider et de soutenir les autorités kosovares dans le domaine de l’Etat de droit, plus particulièrement la police, la justice et les douanes. 

L’Union avait échoué une première fois en 1999 lorsqu’elle avait dû faire appel à l’OTAN pour enrayer l’épuration ethnique et les actes de violence extrême du régime de Slobodan Milosevic. 

Le déploiement, qui avait commencé un mois plus tard, était censé s’achever avant l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution du Kosovo le 15 juin. Mais la Serbie, fermement opposée à la mission EULEX, a souhaité avoir à faire uniquement à la MINUK, la mission civile de l’ONU établie dans la province serbe suite à l’adoption de la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU en juin 1999. La MINUK a reconnu l’intégrité territoriale de la Serbie.

L’objectif initial de l’EULEX était de reprendre le mandat de la MINUK. En raison de la vive opposition serbe, l’UE s’est mise à utiliser le terme « reconfiguration » plutôt que « remplacement » de la MINUK par l’UE. 

Un compromis a vu le jour récemment (EurActiv 28/10/08), selon lequel les nations occidentales se sont mises d’accord sur la demande serbe, qui souhaite que la mission soit déployée à condition que le Conseil de sécurité de l’ONU l’approuve. En outre, la mission devrait avoir un statut de neutralité, ce qui signifie qu’elle n’encouragerait pas le Kosovo à se séparer de la Serbie et qu’elle ne mettrait pas en œuvre le plan de l’ONU élaboré par M. Ahtisaari. 

La MINUK devrait réduire ses opérations, alors que l’EULEX, qui dispose déjà de 673 employés internationaux et de 314 locaux, est sur le point de parvenir à son déploiement complet, qui prévoit 2 200 employés. 

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Autres articles:

Plus tôt ce mois-ci, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a proposé un plan en six points sur la question de la reconfiguration et du déploiement de l’EULEX. Alors que les responsables politiques à Belgrade ont accepté la proposition, les dirigeants albanais du Kosovo l’ont rejetée. 

Selon le plan amendé, les policiers, les juges et les douaniers des zones gérées par la Serbie au nord du Kosovo seraient placés sous la protection de la mission onusienne de la MINUK ; quant à leurs homologues albanais, ils travailleraient avec l’EULEX.

Mais Pristina a indiqué que la situation violerait la Constitution du Kosovo et reviendrait à une partition de facto du nouvel Etat, qui a déclaré unilatéralement son indépendance en février dernier. 

La situation a dégénéré rapidement, tandis que des milliers de Kosovars en colère manifestaient mercredi dernier (19 novembre) dans le centre de Pristina.

Une déferlante anti-européenne ?

Un autre incident a aggravé la situation : trois agents des services de renseignement allemands ont été arrêtés le même jour par la police kosovare, qui les soupçonne d’avoir fait exploser une bombe le 14 novembre devant le bureau de l’UE à Pristina, causant des dégâts légers. Le samedi 22 novembre, une cour de Pristina a ordonné la détention des trois Allemands, accusés de terrorisme, pour 30 jours, alors que la peine aurait pu se monter à 20 ans. 

Affirmant que les trois agents ne faisaient qu’observer la scène, le service allemand de renseignement extérieur, le Bundesnachrichtendienst (BND), a nié son implication dans l’explosion. Les autorités allemandes ont refusé tout autre commentaire en raison de l’enquête en cours. 

La presse allemande a indiqué que l’arrestation des trois agents pourrait résulter de la lutte de pouvoir au sein du leadership kosovar, où la faction européenne l’emporte sur ceux qui souhaitent la libération des agents. Elle a en outre laissé entendre que les trois Allemands enquêtaient sur la criminalité organisée en lien avec des responsables locaux qui ne souhaitaient pas voir des étrangers se mêler à leurs affaires.

Un porte-parole du Conseil a confié à EurActiv qu’il espérait que les autorités kosovares traiteraient l’affaire « en bonne et due forme ». Il a par ailleurs minimisé l’importance des protestations de mercredi dernier à Pristina, indiquant qu’il s’agissait seulement d’une « manifestation dans le calme » de quelque 6 à 8 000 personnes. Il a également signalé que les Kosovars protestaient contre le plan en six points de l’ONU, et non contre la mission EULEX en tant que telle. 

La formulation finale de la décision du Conseil de sécurité de l’ONU de reconfigurer la MINUK est encore peu claire. Il reste aussi à savoir si le texte final, attendu cette semaine, conviendra autant à Belgrade qu’à Pristina. Un porte-parole de l’EULEX a déclaré à EurActiv que la mission serait prête à entamer ses travaux au début décembre, ajoutant que la décision viendrait de Bruxelles. Il a toutefois refusé d’indiquer si la situation sur le terrain en matière de sécurité avait changé au cours des derniers jours. 

Positions:

Dans le Southeast European Time, le Premier ministre du Kosovo Hashim Thaci a critiqué le plan en six points de l’ONU, indiquant que tout document ou plan incompatible avec la Constitution et la souveraineté du Kosovo ne peut être accepté. Selon lui, la souveraineté n’est pas négociable, l’unité de l’Etat, incontestable. Il a ajouté que la logique de ce plan incite à la division et ouvre la perspective d’une instabilité continuelle, soulignant que seuls les nostalgiques des structures obscures du passé récent trouve un intérêt dans un tel résultat. 

Le Premier ministre a ajouté qu’il ne croit pas que le rejet du plan mette en péril les relations avec les pays occidentaux. Le partenariat avec le monde occidental démocratique se poursuit et il est irrévocable, a-t-il indiqué, soulignant que le Kosovo a dit « non » à un plan qui anéantit l’unité de l’Etat. Il fait remarquer que le pays a accepté le déploiement de la mission EULEX au Kosovo. En outre, il a souligné que le partenariat avec l’Ouest est plus qu’un partenariat. Selon lui, c’est la confiance, la valeur et la vision de tous les citoyens de la République du Kosovo qui est en jeu.  

Le secrétaire d’Etat du Kosovo à Belgrade, Oliver Ivanović, a loué le plan de l’ONU en six points. Le deux premiers points liés aux policiers et aux juges étaient d’une importance primordiale pour la survie des Serbes au Kosovo, a indiqué M. Ivanović au quotidien Večernje Novosti. 

Nous avons également insisté sur le fait que des conditions doivent être créées pour garantir la survie des Serbes au Kosovo et dans la région de la Métochie, a indiqué le secrétaire d’Etat, en soulignant que cela était possible uniquement si les Serbes ne participent pas aux institutions parce qu’ils ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo. C’est la raison pour laquelle, selon lui, le Kosovo demande de poursuivre la coopération avec la MINUK, visant à normaliser la vie des Serbes. 

A la question de savoir quand la mission de l’UE, l’EULEX, devrait arriver au Kosovo, M. Ivanović a indiqué que la mise en œuvre du plan sur le terrain devrait immédiatement suivre la prochaine réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. 

Le secrétaire d’Etat adjoint américain Dan Fried, à qui il a été demandé d’indiquer si les Etats-Unis allaient oui ou non appuyer le plan en six points, a déclaré à Pristina que le plan était en fait temporaire. 

Nous sommes d’avis que les six points font beaucoup de bien et aucun mal, a indiqué M. Fried, soulignant que les Etats-Unis respectent le fait que le gouvernement du Kosovo partage une vision différente. Il a affirmé que les Etats-Unis vont aller de l’avant en se fondant sur l’amitié entre les deux pays, sur le soutien pour le gouvernement du Kosovo et sur l’accord selon lequel la mission EULEX devrait être déployée. Sur la base de cet accord, nous pensons que nous pouvons trouver un moyen d’aller de l’avant, a-t-il souligné, en indiquant toutefois que les discussions se poursuivront. 

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