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Le meurtre d’un journaliste révèle les défaillances bulgares [FR]

Publié 06 janvier 2010
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Bulgaria corruption
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Un journaliste controversé a été tué par balles dans le centre de Sofia hier (5 janvier). Cet acte impudent s’est déroulé à seulement 50 mètres du quartier général de la police et à proximité du Palais de justice.

Bobi Tsankov, connu comme le « chroniqueur » de la mafia, qui a été poursuivi à plusieurs reprises pour détournement, a été tué par balle à midi suite à un échange de tirs opposant deux personnes à un groupe de trois.

Deux des protagonistes ont été blessés et emmenés à l’hôpital, d’après Dnevnik, journal partenaire d’EurActiv en Bulgarie.

Le premier ministre bulgare Boyko Borissov était, selon certaines informations, éloigné de seulement quelques mètres lorsque les tirs ont commencé.

M. Tsankov, qui a été dans le passé présentateur à la radio, était connu ces derniers temps pour les articles qu’il publiait dans les tabloïds révélant les détails des vies aventureuses de personnalités en vues dans le monde nébuleux de la mafia.

Son assassinat évoque le meurtre récent de l’écrivain Georgi Stoev, qui se qualifiait lui-même d’ « écrivain de la mafia » et dont les romans avaient un franc succès auprès du public. M. Stoev a été tué par balle en face d’un hôtel de Sofia en avril 2008, également à midi.

Les meurtriers de haut niveau sont emblématiques de la transition de la Bulgarie après le communisme. Au total, plus de 100 personnalités du monde de la mafia ou des hommes d’affaires controversés ont été assassinés depuis 1995. En règle générale, les auteurs et commanditaires des crimes n’ont pas été trouvés.

D’après certains analystes, le crime organisé en Bulgarie a été dynamisé par l’embargo sur l’ex-Yougoslavie mis en place par l’Occident au milieu des années 1990, qui a permis aux criminels de se lancer dans un trafic à grande échelle.

D’autres y voient l’influence de la puissante mafia russe, principal facteur du développement du crime organisé dans un pays qui n’avait jamais eu de telles « traditions » auparavant. Beaucoup d’ « oligarches » bulgares sont réputés pour être en réalité les gestionnaires de l’argent sale russe.

L’UE n’a pas de « bâton » pour mettre la pression sur la Bulgarie

La Commission européenne a fait pression à de très nombreuses reprises sur la Bulgaire pour qu’elle sévisse contre le crime organisé et la corruption.

Toutefois, Bruxelles ne peut plus exercer une pression si forte. Une clause de sauvegarde permettant à l’UE de refuser de reconnaître les décisions de justice devait expirer le 1er janvier 2010, trois ans après l’adhésion du pays à l’UE.

Bien que le mécanisme de coopération et de vérification (MCV) reste en place pour accompagner l’adhésion de la Bulgarie, il ne sera bientôt plus d’aucune utilité sans cette habile clause de sauvegarde, note des médias locaux.

Svetoslav Terziev, éditorialiste du quotidien Sega, a écrit que le président de la Commission européenne José Manuel Barroso avait été contraint d’applaudir les progrès de la Bulgarie dans  la gestion de la corruption et du crime organisé dans le but de ne pas se retrouver accusé d’avoir permis à ce pays des Balkans d’entrer dans l’UE trop tôt. Cette stratégie a également permis à M. Barroso d’être réélu à la tête de la Commission, a-t-il ajouté.

Le changement de gouvernement a peu d’importance en Bulgarie, car les vrais dirigeants du pays ne sont pas désignés lors d’élections, a écrit M. Terziev.

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Réactions : 

Le quotidien français Le Figaro a publié un article ayant pour titre « Sofia l'européenne, toujours sous influence russe ». D’après son auteur François Hauter, la Bulgarie est devenue un Etats membre de l’UE mais elle n’arrive toujours pas à se défaire de l’influence de la Russie. Les diplomates occidentaux sont cités, se plaignant : «Des mafias, pas de justice ! Le modèle russe dans l'Union européenne, on n'en veut pas !».

M. Hauter écrit que les atermoiements trop diplomatiques des fonctionnaires européens se paient cher. Ces ratages pénalisent d'abord les Bulgares ordinaires, qui ne demandent qu'à voir leur État se moderniser.

Ils pénalisent également tous les autres Européens, qui perdent confiance dans l'élargissement de l'Union, écrit le journaliste français.

Contexte : 

Quand la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l’UE le 1er janvier 2007, il restait des progrès à faire dans les domaines des réformes judiciaires et de la lutte contre la corruption – et dans le cas de la Bulgarie, la lutte contre le crime organisé. Ces défauts faisaient courir le risque que la Bulgarie et la Roumanie ne soient pas en mesure d’appliquer correctement le droit communautaire et que les Bulgares ne soient pas capable de jouir pleinement de leurs droits de citoyens européens. 

Un mécanisme de coopération et de vérification (MCV) a été établi pour prêter assistance aux deux pays. D’autre part, la Commission européenne a conservé le droit d’utiliser des garde-fous spéciaux. De telles sauvegardes font partie des traités d’adhésion des deux pays et peuvent être invoquées en dernier ressort contre les nouveaux Etats membres. En cas d’utilisation, le processus mènerait l’UE à refuser de reconnaître les décisions judiciaires ou même à geler le versement des fonds européens.

L’application d’une telle décision pourrait nuire grandement à la réputation de ces pays. Cependant, les sanctions peuvent être déclenchées seulement pendant les trois premières années de l’adhésion à l’UE.

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