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30 novembre 2009
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Négociations UE - Turquie [FR][en][de

Publié: vendredi 21 octobre 2005    | Mis à jour: vendredi 20 octobre 2006   

La Turquie a entamé ses négociations d'adhésion le 3 octobre 2005. L'exposé ci-dessous indique les éléments clés et les différents stades du processus, qui devrait durer au moins dix ans. 

Contexte:

Après quarante ans d'attente, la Turquie a enfin entamé ses négociations d'adhésion avec l'UE le 3 octobre 2005. Selon le cadre de négociation accepté des deux côtés, ces négociations sont "un processus ouvert, dont l'issue ne peut pas être garantie à l'avance". Cependant, les analystes ont tendance à souligner qu'il n'est jamais arrivé dans l'histoire de l'UE que des négociations d'adhésion, une fois entamées, n'aboutissent pas à une adhésion complète. 

Plusieurs analystes ont également rappelé que le terme de 'négociations' est légèrement trompeur car, au cours du processus d'adhésion, le droit européen (ie l'acquis communautaire) doit être adopté et non négocié. 

En-dehors du cadre immédiat des négociations d'adhésion, l'UE attend de la Turquie qu'elle régularise ses relations avec l'ensemble de ses voisins, notamment la Grèce, Chypre et l'Arménie, avant d'adhérer à l'Union. Ankara doit également faire de son mieux pour obtenir le soutien de l'opinion publique européenne. 

Les négociations d'adhésion avec la Turquie devraient durer au moins dix ans. 

Organisations, negociateurs

Le ministre de l'économie, Ali Babacanexternal , sera le négociateur en chef de la Turquie et sera responsable de la mise en oeuvre du processus d'adhésion. En attendant, l'équipe de négociateurs d'Ankara sera dirigée par le ministre des affaires étrangères, Abdullah Gulexternal

La Turquie n'a pas encore créé de nouveau département pour le processus d'adhésion, mais devrait le faire, selon les politiciens turcs, au cours des négociations. Le premier ministre a ordonné à ses ministres de traiter en priorité les questions relatives à l'UE, ce qui signifie en pratique que toutes les institutions publiques contribueront aux efforts d'adhésion du pays. Tous les ministères et les institutions turcs concernés par l'adhésion ont nommé une personne comme 'point de contact permanent'. M. Babacan a indiqué que la structure de l'équipe de négociateurs turcs était "souple et dynamique".

Les organisations non-gouvernementales (ainsi que les universités, etc.) participeront aussi activement au processus d'intégration du pays à l'UE. Parmi les événements seront organisés des "sommets de la société civile" de façon régulière. 

Le processus d'adhésion de la Turquie reposera sur trois piliers: 

  • Mise en oeuvre complète des critères de Copenhague et approfondissement des réformes politiques 
    • contrôlé par le groupe de suivi des réformes (le ministre des affaires étrangères Abdullah Gul, le négociateur en chef Ali Babacan, le ministre de la justice Cemil Cicek et le ministre de l'intérieur Abdulkadir Aksu) 
  • Conformité avec l'acquis communautaire (harmonisation des règles et des institutions turques par rapport à celles de l'UE)
  • Dialogue de la société civile  
    • contrôlé par le groupe européen de communication. Le journaliste turc Ahmet Sever sera responsable des efforts de communication de la Turquie. 

Questions ouvertes : 

Certains obstacles subsistent sur la voie de l'adhésion de la Turquie à l'UE. L'un des plus urgents est la résolution du conflit chypriote. L'UE pousse la Turquie à reconnaître la république de Chypre, retirer ses forces de l'île et lever son embargo sur les navires et avions chypriotes selon le protocole d'Ankara. 

Parmi les autres points controversés figurent la liberté d'expression, notamment en ce qui concerne l'article 301 du code pénal turc. Cet article permet de lancer des poursuites judiciaires pour "insulte de l'identité turque". Ainsi, certains écrivains et journalistes turcs ont été poursuivis, dont le célèbre auteur Orhan Pamuk. La lente ouverture du débat sur le génocide arménien est liée à cette question. La Turquie est réticente à reconnaître ce dernier et le Parlement européen a renoncé, dans son rapport de suivi, à une clause faisant de cetter reconnaissance une condition prélable à son adhésion. L'UE encourage la Turquie à établir des relations diplomatiques de bon voisinage avec l'Arménie. 

Un autre domaine dans lequel l'UE souhaiterait voir plus de progrès est la liberté de religion. Le Parlement européen a notamment appelé la Turquie à supprimer le comité Talaat Pasha qui, selon lui, est "xénophobe et raciste". 

L'UE pousse également la Turquie à protéger les droits des minorités kurdes vivant dans le sud-est du pays. 

Reste encore à résoudre la question de la "capacité d'absorption" de l'UE. L'UE doit définir si elle peut accueillir de nouveaux membres sur les plans politique, économique et institutionnel dans un futur proche. Certains dirigeants européens, comme Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, ont utilisé cette expression pour plaider contre l'adhésion de la Turquie à l'UE. 

Examen 

Avant le début des négociations, chaque chapitre fera l'objet d'un examen. Depuis 2000, Ankara et Bruxelles ont mené un processus semblable à cet examen (en relation avec l'union douanière) et on attend donc des progrès assez rapides dans certains chapitres. L'examen comprend deux phases. Au cours de la première, la phase "d'examen analytique", la Commission expliquera le droit communautaire à la Turquie, tandis qu'au cours de la seconde phase ("examen détaillé ou bilatéral"), ce sera au tour d'Ankara d'expliquer sa législation. Le processus d'examen doit durer environ un an. 

Entre-temps, lorsque la Commission estime que la Turquie se conforme suffisamment aux critères indiqués pour un chapitre donné, elle propose l'ouverture des négociations sur ce chapitre, ce qui signifie que la décision de la date de lancement et de clôture des négociations est prise pour chaque chapitre de façon indépendante. L'ouverture des négociations d'adhésion nécessite la ratification de l'ensemble des 25 Etats membres. Chaque Etat membre peut opposer son veto à l'ouverture ou à la clôture des négociations. 

Si un chapitre est déclaré 'temporairement fermé', cela signifie que la Commission considère que le pays candidat est en-dessous des normes européennes dans ce domaine particulier. Une fois temporairement fermé, un chapitre peut être réouvert pour de nouvelles négociations à n'importe quel moment.

Le processus d'examen a été lancé en octobre 2005 (voir le tableau). 

Négociations 

Selon le cadre de négociationPdf external  approuvé par les 25 Etats membres (ainsi que la Turquie) début octobre 2005, le rythme des négociations de facto sera déterminé en fonction des progrès que la Turquie fera en terme de respect des critères d'adhésion. Ce processus sera régulièrement examiné par le Conseil, à partir des rapports annuels de la Commissionexternal

Le Conseil fixera des critères de référence pour l'ouverture et la clôture provisoire de chaque chapitre et communiquera ces critères à Ankara. La Turquie devra à son tour établir des rapports réguliers sur les progrès qu'elle fait concernant le respect de ces critères.  

Selon le paragraphe 2 du cadre de négociation (qui a fait l'objet de débats enflammés lors du Conseil européen d'octobre 2005), "l'objectif commun des négociations est l'adhésion. Ces négociations sont un processus ouvert dont l'issue ne peut pas être garantie à l'avance. Tout en tenant compte de l'ensemble des critères de Copenhague, si la Turquie n'est pas en mesure d'assumer intégralement toutes les obligations liées à la qualité de membre, il convient de veiller à ce qu’elle soit pleinement ancrée dans les structures européennes par le lien le plus fort possible."

Si la Turquie enfreignait de façon "grave et persistante" les "principes de liberté, de démocratie, d'État de droit et de respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales sur lesquels est fondée l'Union européenne", la Commission (sur sa propre initiative ou sur demande d'un tiers des Etats membres) pourra recommander la suspension des négociations et fixer les conditions de leur reprise éventuelle. La décision finale (à la majorité qualifiée) sera ensuite prise par le Conseil et le Parlement européen sera informé. 

Le cadre de négociation établit que "de longues périodes transitoires, des dérogations, des arrangements spécifiques ou des clauses de sauvegarde permanentes, c'est-à-dire des clauses pouvant être invoquées en permanence comme base pour des mesures de sauvegarde, pourront être envisagés. La Commission inclura de telles dispositions, le cas échéant, dans les propositions qu'elle élaborera pour chaque cadre, dans des domaines tels que la libre circulation des personnes, les politiques structurelles ou l'agriculture. En outre, les différents États membres devraient pouvoir intervenir un maximum dans le processus de décision concernant l'instauration, à terme, de la libre circulation des personnes. Les dispositions transitoires ou les clauses de sauvegarde devraient faire l'objet d'un réexamen sous l'angle de leur incidence sur la concurrence ou sur le fonctionnement du marché intérieur".

La Turquie s'est également engagée à accepter les résultats de toute autre négociation d'adhésion entre l'UE et un autre pays candidat tels qu'ils seront lors de sa propre adhésion. 

La conformité de la législation turque avec l'acquis communautaire sera vérifiée pour 35 chapitres (voir le tableau) et l'état d'avancement des négociations sera évalué selon les critères suivants:  

  • les critères de Copenhague, qui établissent les conditions suivantes pour l'adhésion à l'UE: 
    • la stabilité d'institutions garantissant la démocratie, la primauté du droit, les droits de l'homme ainsi que le respect et la protection des minorités; 
    • l'existence d'une économie de marché viable et la capacité de faire face à la pression concurrentielle et aux forces du marché à l'intérieur de l'Union; 
    •  a capacité d'assumer les obligations résultant de l'adhésion, notamment de souscrire aux objectifs de l'union politique, économique et monétaire, et la capacité administrative d'appliquer et de mettre effectivement en œuvre l'acquis communautaire; 
  • l'engagement sans équivoque de la Turquie à entretenir des relations de bon voisinage et son respect du principe de résolution pacifique des conflits selon la Charte des Nations Unies pour résoudre tout conflit frontalier, y compris si nécessaire la juridiction de la Cour internationale de Justice;
  • la véritable volonté de la Turquie de trouver une solution globale au problème chypriote dans le cadre des Nations Unies et conformément aux principes sur lesquels est fondée l'Union européenne, y compris les étapes pour contribuer à un climat favorable à une solution globale, et les progrès effectués dans la normalisation des relations bilatérales entre la Turquie et tous les Etats membres de l'UE, y compris la République de Chypre. 
  • le respect des obligations de la Turquie dans le cadre de l'accord d'association et de son protocole qui étend le champ d'application de l'accord d'association à tous les nouveaux Etats membres, notamment ceux qui font partie de l'union douanière entre l'UE et la Turquie, ainsi que la mise en oeuvre du partenariat pour l'adhésion.  

L'essentiel des négociations se déroulera dans le cadre d'une Conférence intergouvernementale (CIG) à laquelle participeront tous les Etats membres, d'une part, et [la Turquie] d'autre part. 

Selon les dispositions du cadre de négociation, les négociations d'adhésion de la Turquie "ne sauraient être conclues qu'après l'établissement du cadre financier pour la période débutant en 2014 et les réformes financières qui pourraient en découler". 

Le tableau ci-dessous est la liste préliminaire des titres de chapitre (l'ordre ne correspond pas à celui dans lequel les sujets seront traités):

Chapitre  Statut de l'examen  Statut des négociations  Questions de la Commission - réponses de la Turquie
1. Libre circulation des marchandises  16-20 janv. 2006 external 20-24 fév. 2006 external Q - Rexternal
2. Libre circulation des travailleurs   19 juillet 2006external 11 sept. 2006external Q - Rexternal
3. Droit d'établissement et libre prestation de services  21-22 nov. 2005 external 19-20 déc. 2005 external  
4. Libre circulation des capitaux  25 nov. 2005 external 22 déc. 2005 external Q - Rexternal
5. Marché public  7 nov. 2005 external 28 nov. 2005 external  
6. Droit des sociétés  21 juin 2006external 20 juil. 2006external
7. Droits de propriété intellectuelle  6-7 fév. 2006 external 2-3 mars 2006external Q - Rexternal
8. Politique de concurrence  8-9 nov. 2005 external 1-2 déc. 2005 external  
9. Services financiers  29-30 mars 2006external 2-3 mai 2006external  
10. Société de l'information et médias  12-13 juin 2006external 13-14 juil. 2006external Q - Rexternal
11. Agriculture et développement rural  

5-8 déc. 2005 external

23-26 janv. 2006external Q - Rexternal
12. Sécurité alimentaire, politique vétérinaire et phytosanitaire  9-15 mars 2006external 24 - 28 avr. 2006external Q - Rexternal
13. Pêche  24 fév. 2006external 31 mars 2006external Q - Rexternal
14. Politique des transports   26-29 juin 2006external 25-28 sept. 2006  
15. Energie  15-17 mai 2006external 14-16 juin 2006external Q - Rexternal
16. Fiscalité  6-7 juin 2006external 11-12 juil. 2006external Q - Rexternal
17. Politique économique et monétaire  16 fév. 2006external 23 mars 2006external
18. Statistiques  19-20 juin 2006external 17-18 juil. 2006external
19. Politique sociale et emploi (dont l'anti-discrimination et les mêmes opportunités pour les hommes et les femmes)  8-10 fév. 2006external 20-22 mars 2006external Q - Rexternal
20. Entreprise et politique industrielle  27-28 mars 2006external 4-5 mai 2006external Q - Rexternal
21. Réseaux transeuropéens  30 juin 2006external 29 sept. 2006
22. Politique régionale et coordination des instruments structurels  11-12 sept. 2006external 9-10 oct. 2006
23. Droits judiciaires et fondamentaux  6-8 sept. 2006external 11-13 oct. 2006
24. Justice, liberté et sécurité  23-25 janv. 06external 13-15 fév. 2006external Q - Rexternal
25. Science et recherche  20 oct. 05external 14 nov. 2005external Q - Rexternal
26. Education et culture  26 oct. 05external 16 nov. 2005external Q - Rexternal
27. Environnement  3-11 avril 2006external 29 mai -2 juin 2006external Q - Rexternal
28. Protection de la santé et de la sécurité des consommateurs  8-9 juin 2006external 6-7 juil. 2006external
29. Union douanière  31 janv.-1er fév. 2006external 13-14 mars 2006external Q - Rexternal
30. Relations extérieures  10 juil. 2006external 13 sept. 2006external
31. Politique étrangère, de sécurité et de défense  14 sept. 2006external 6 oct. 2006
32. Contrôle financier  18 mai 2006external   30 juin 2006external
33. Dispositions budgétaires et financières  6 sept. 2006external 4 oct. 2006
34. Institutions 
35. Autres questions 


Prochaines étapes:

  • Le 12 juin 2006 a marqué l'ouverture des négociations sur les "chapitres" individuels. Le cadre de négociations précise 35 chapitres. Chaque chapitre doit être ouvert et fermé à l'unanimité par le Conseil. 
  • Le 4 septembre 2006, le Parlement européen a adopté un rapport concernant l'état de préparation de la Turquie à l'adhésion. Selon ce rapport, la Turquie n'a pas fait suffisamment de progrès dans les domaines de la liberté d'expression, de la protection des minorités, de la corruption et de la violence envers les femmes. Le processus de négociations devrait donc être ralenti. 
  • Le 8 novembre 2006, la Commission doit publier son rapport annuel sur les progrès de la Turquie. 
  • Le 1er janvier 2007, l'Allemagne prend la présidence tournante de l'UE. L'Allemagne devrait relancer le débat général sur l'avenir de l'Europe. 
  • Le processus de négociations est par nature "évolutif". Les négociations devraient durer environ 10 ans. 
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