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Lors de son premier discours devant le Parlement le 7 juillet, le Premier ministre serbe Mirko Cvetkovic a présenté les priorités quelque peu contradictoires du nouveau gouvernement. La Serbie désire en effet entrer rapidement dans l’UE tout en conservant la province du Kosovo. Cette initiative survient alors même que l’indépendance du Kosovo a déjà été reconnue par la majorité des Etats européens.
Les élections organisées le 12 juin en Serbie ont été considérées comme une avancée importante pour l’avenir du pays. Avant les élections, les dirigeants européens avaient affiché leur soutien au camp pro-européen du président Boris Tadic en signant un accord de stabilisation et d'association (ASA) de pré-adhésion avec Belgrade et en lui promettant une libéralisation des visas.
Des élections anticipées avaient été convoquées par l’ancien Premier ministre Vojislav Kostunica, qui espérait parvenir à former un gouvernement nationaliste dominé par le Parti radical. M. Kostunica s’était alors engagé à révoquer l’ASA au cas où ce gouvernement serait élu.
Mais l’élection s’était retrouvée dans l’impasse, les deux camps ayant remporté un nombre égal de sièges sans pouvoir obtenir la majorité. Le 23 juin, le Parti socialiste de l’ex-dictateur Slobodan Milosevic a changé de bord pour rallier la coalition pro-européenne, au grand soulagement de l’UE (EurActiv 24/06/08). Les socialistes ont décroché les fonctions clés de vice-premier ministre, de ministre de l’Intérieur ainsi que les portefeuilles de l’infrastructure et de l’énergie.
Lors d’un discours devant le Parlement précédant l’approbation de son cabinet par 127 voix sur 250, M. Cvetkovic a déclaré que le gouvernement vise également à stimuler l’économie et à affirmer les liens économiques de la Serbie autant à l’Est qu’à l’Ouest. Son objectif est d’atteindre une croissance annuelle du PIB de 7 %.
M. Cvetkovic, ministre sortant de l’Economie, a affirmé que son projet était de préparer la Serbie avant la fin du mandat de son gouvernement en vue d’une adhésion à l’UE. Il reprenait ainsi les ambitions exprimées récemment par le vice-premier ministre Bozidar Djelic (EurActiv 13/06/08), qui conservera sa fonction de responsable de l’intégration européenne.
Selon M. Cvetkovic, le nouveau cabinet soumettra immédiatement l’ASA à l’approbation du Parlement serbe, dans l’optique d’une candidature à l’UE avant la fin 2008 ou le début 2009.
En revanche, concernant le Kosovo, le Premier ministre a déclaré que la coalition ne reconnaîtra jamais l’indépendance de la province serbe et entreprendra toutes les démarches juridiques et diplomatiques nécessaires pour que la région reste une province de la Serbie. Il prendra également l’initiative de relancer les négociations avec les représentants des Albanais du Kosovo pour trouver une situation acceptable pour tous.
Pour ce qui est des espoirs occidentaux vers une attitude plus coopérative pour livrer les dernières personnes accusées de crime de guerre, M. Cvetkovic a déclaré que son pays continuera de poursuivre la politique de strict respect du droit et des obligations internationales.
Enfin il a annoncé que le gouvernement compte encore renforcer et étendre les relations économiques et politiques avec la Russie et ratifiera un accord sur le gaz avec Gazprom d’ici peu.
Tomislav Nikolic, président du groupe parlementaire du Parti radical serbe (SRS), doute que le nouveau cabinet sera capable d’aller au bout des intentions qu’il a annoncées. M. Nikolic, dont le parti d’opposition SRS est le plus grand parti au Parlement, a ajouté que M. Cvetkovic pourrait avoir déclaré quelles seraient les initiatives de son gouvernement, mais sans expliquer comment il compte les mettre en œuvre.
D’après lui, les radicaux reviendront dans le nouveau cabinet s’il y a une situation de crise au Kosovo et si la province cherche l’appui d’un allié étranger. Mais M. Nikolic a également commenté les déclarations de Cvetkovic au sujet du Kosovo, affirmant que les intentions du Premier ministre et du gouvernement afin d’empêcher la reconnaissance de la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo restent incertaines. Il s’est interrogé sur le sens de cette politique : un conflit continu pour conserver la province au sein de la Serbie. Il s’est interrogé sur le bien-fondé d’une guerre, doutant de la crédibilité de son pays sur la scène internationale si la Serbie s’efforce de vouloir préserver le Kosovo sans pour autant en reconnaître l’indépendance.
Milos Aligrudic, du Parti démocratique serbe (DSS) de Vojislav Kostunica, a accusé M. Cvetkovic de manquer d’autorité politique pour tenir les rênes du gouvernement. A aucun moment, le discours ne mentionne la protection de l’intégrité territoriale de la Serbie ni l’obligation du gouvernement d’influencer les résolutions parlementaires sur le Kosovo, a poursuivi le membre du DSS. M. Aligrudic a également critiqué M. Cvetkovic pour ne pas avoir fait part de l’opinion du cabinet concernant la mission européenne EU-Lex dans la province.
Le leader pro-occidental libéral démocrate (LPD) Cedomir Jovanovic, a déclaré que son parti offrirait un soutien conditionnel au gouvernement de M. Cvetkovic, en ajoutant que les objectifs stratégiques actuels sont acceptables, mais irréalistes et trop imprécis. Il s’est également adressé à Ivica Dacic, le leader du groupe socialiste et probablement le futur ministre de l’Intérieur, en déclarant que son parti s’attendait à ce qu’il arrête toutes les personnes impliquées dans l’assassinat du premier Premier ministre démocrate, Zoran Djindjic. Selon lui, ce manque d’initiative insulte la société serbe et témoigne de l’incompétence des forces de police.