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Le 19 août à Bruxelles, des officiels de la Russie et de l’OTAN ont échangé des attaques verbales au sortir de la réunion ministérielle de l’Alliance sur la situation en Géorgie. Les ministres de l’OTAN ont indiqué qu’ils ne pouvaient pas poursuivre leurs relations avec Moscou comme si de rien n’était. Ils se sont toutefois retenus d’abandonner des organes établis comme le Conseil conjoint permanent OTAN-Russie.
Le 7 août, les troupes géorgiennes ont envahi la région séparatiste d’Ossétie du Sud. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie font officiellement partie du territoire géorgien, mais sont en réalité autonomes et en grande partie sous l’influence de la Russie. On parle également de ces régions comme des zones de « conflits gelés ». Les tensions dans les deux régions se sont accrues depuis la déclaration d’indépendance du Kosovo en février dernier.
La Russie a répondu par une action militaire de grande envergure, envahissant une partie de la Géorgie. Suite à cette invasion, les pays occidentaux craignent que la Russie ne profite de l’occasion pour renverser Mikhaïl Saakashvili, le président géorgien pro-occidental, et ne fasse de la Géorgie un Etat vassal, comme lors de l’époque soviétique. Jusqu’à présent, les pertes géorgiennes dans les récents combats se chiffraient à 197 soldats, alors que la Russie a fait état de 74 morts. Selon des sources officielles russes, environ 2 000 civils sont morts en Ossétie du Sud. Les 2 camps s’accusent mutuellement de génocide.
Lors d’une visite à Moscou et à Tbilissi le 12 août, le président français Nicolas Sarkozy a participé à la négociation d’un accord de cessez-le-feu que les deux parties ont accepté de signer. Le président russe Dmitri Medvedev a promis à son homologue français que la Russie entamera le 18 août le retrait de ses troupes du centre de la Géorgie, mais n’a pas précisé la date de leur retour en Russie. Des sources officielles américaines ont entre-temps indiqué que la Russie avait déployé des missiles tactiques SS-21 en Ossétie du Sud, capables d’atteindre Tbilissi, ce qui a aggravé les tensions (EurActiv 18/08/08).
Le secrétaire général de l’OTAN Jap de Hoop Scheffer a indiqué lors d’une conférence de presse que les réunions du Conseil OTAN-Russie seraient suspendues jusqu’à ce que la Russie adhère au plan de paix négocié par la France. Il a également annoncé que l’alliance occidentale allait étendre ses relations avec la Géorgie en mettant en place une Commission OTAN-Géorgie, un mécanisme de consultation similaire à celui que l’OTAN a déjà avec l’Ukraine.
Le dirigeant de l’OTAN a indiqué que les pays membres de l’OTAN ne « claquaient pas la porte aux discussions avec la Russie », mais qu’ils ne pouvaient « pas faire comme si de rien n’était » tant que la Russie ne se soumettait pas aux principes de ses relations avec l’OTAN.
Echange verbal animé entre les Etats-Unis et la Russie
La secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice s’est montrée plus directe, estimant que la Russie se comportait en « hors-la-loi ». Au sujet des actions envisageables au cas où la Russie ne se soumettrait pas au plan de paix, elle a répondu que la Russie était clairement en train de s’isoler et qu’elle se mettait de plus en plus dans une position de hors-la-loi. Aussi la Russie viole-t-elle clairement l’accord de cessez-le-feu qu’elle avait signé de plein gré. Selon Mme Rice, l’attitude des forces russes chez leur voisin géorgien est tout à fait inappropriée. Elle a ajouté que l’OTAN ainsi que l’UE avait demandé des comptes à la Russie. A son avis, la situation va perdurer.
A Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov a répliqué en affirmant que la déclaration approuvée lors de la réunion de l’OTAN était arbitraire et partiale.
Il a accusé l’OTAN de chercher à sauver ce qu’il a appelé le « régime criminel » du président géorgien Mikhaïl Saakashvili, un allié proche de l’Occident qui ne ménage pas ses efforts pour obtenir une adhésion à l’alliance.
M. Lavrov a indiqué : « Il me semble que l'Otan tente de faire d'un agresseur une victime, de blanchir un régime criminel » et de sauver un régime défaillant.
Le ministre russe a également insisté sur le fait que son pays n’occupait pas la Géorgie et qu’il n’avait aucun projet d’annexion de la région séparatiste d’Ossétie du Sud.
M. Medvedev promet le retrait des troupes
Entre-temps, le président russe Dmitri Medvedev a réitéré son engagement de retirer la quasi-totalité des troupes russes de Géorgie avant le week-end. Lors d’une conversation téléphonique avec son homologue français Nicolas Sarkozy, dont le pays occupe actuellement la présidence de l’UE, M. Medvedev a promis de retirer la totalité de ses troupes de l’ex-république soviétique les 21 et 22 août, à l’exception d’un contingent de 500 soldats. Selon l’accord de cessez-le-feu, toutes les troupes de combat doivent se retirer à l’exception d’un effectif indéterminé de soldats chargés du maintien de la paix. Toutefois, la nature de leur mandat ainsi que leur marge de manœuvre restent peu claires.
La Russie rejette la résolution de l’ONU
A New York, la France a présenté un nouveau projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU sommant la Russie de se conformer au cessez-le-feu, notamment par rapport au retrait complet des troupes. Mais la Russie a déclaré mardi que c’était inacceptable.
L’ambassadeur russe à l’ONU Vitaly Churkin, dont le pays détient le droit de veto au Conseil de sécurité, a fait comprendre que sa délégation n’accepterait pas le texte car il n’inclut que deux des six points figurant dans l’accord de paix négocié par M. Sarkozy.
Dans une chronique pour le New York Times, l’ancien chef d’Etat russe Mikhaïl Gorbatchev a signalé que la Russie n’est pas l’instigatrice de la crise actuelle en Géorgie. D’après lui, le gouvernement russe détient une position suffisamment forte en Russie et il n’a pas besoin d’une petite guerre victorieuse pour l’asseoir. Il estime que c’est l’imprudence du président géorgien Mikheïl Saakachvili qui a poussé la Russie à engager le combat. A son avis, la Géorgie n’aurait pas osé attaquer sans soutien extérieur : mais puisqu’elle l’a fait, la Russie ne pouvait pas se permettre de rester de marbre.
Alastair Cameron, chef de la sécurité européenne au Royal United Services Institute de Londres, a déclaré que la réponse de l’OTAN reflète autant ses possibilités limitées que les divisions au sein de l’alliance par rapport aux actions russes. L’OTAN ne peut et ne devrait pas faire grand-chose, a-t-il affirmé. Nous ne voulons pas que la situation se transforme en conflit international. Selon lui, il s’agit plutôt de privilégier le processus d’engagement qui est en train d’émerger entre les deux parties. Il estime que l’alliance, qui ne détient pas de véritable mandat dans la région, serait dans tous les cas incapable de fournir une aide militaire efficace aux Géorgiens.
Dans une analyse, Merab Pachulia du Georgian Opinion Research Business International affirme que la réputation de la Russie s’effrite. D’après lui, ce serait une grave erreur de défendre l’invasion comme s’il s’agissait d’une tentative pour améliorer l’image de l’armée russe. Se référant à des images disponibles sur Internet, M. Pachulia a indiqué que des soldats et officiers ont volé les bottes de soldats géorgiens morts, leurs habits et à peu près tout ce qui leur tombait sous la main. Il a également mentionné la destruction d’hôpitaux, de théâtres, de piscines, de ponts, d’églises et d’écoles ainsi que l’assassinat de civils et de journalistes innocents. Selon lui, le décompte des morts fourni par la Russie inscrit les enfants et les personnes âgées tués au nombre des dommages collatéraux inhérents à la guerre.