Lors d'un sommet de l'UE le 17 juin, la plupart des pays européens essayeront de faire en sorte que leurs objectifs nationaux en matière de R&D soient moins élevés que ce que propose la Commission dans sa stratégie Europe 2020, c'est-à-dire une moyenne de 3 % du PIB.
Les revendications des pays sont peu surprenantes étant donné les fortes disparités nationales dans les dépenses liées à la recherche.
En Bulgarie par exemple, seulement 0,15 % du PIB est dépensé dans la R&D. Le ministre de l'enseignement du pays, Sergey Ignatov, a affirmé récemment qu'il ne pouvait pas comprendre comment le pays pourrait augmenter le financement de la R&D à plus de 0,6 %, a rapporté Dnevnik, la publication partenaire d'EurActiv en Bulgarie.
En Roumanie, le président Traian Basescu a affirmé fin avril que son pays ne pourrait pas atteindre l'objectif de dépenses de 3 % de son PIB en R&D d'ici 2020, établi par la nouvelle stratégie de l'UE, Europe 2020. Les autorités roumaines ont présenté plus tard un chiffre plus réaliste de 2 %, rapporte EurActiv Roumanie.
En Slovaquie, le gouvernement a établi l'objectif d'investir 1,8 % de son PIB dans la recherche d'ici 2015. D'après les données du gouvernement, la Slovaquie dépense actuellement environ 1,2 % de son PIB dans la recherche et l'innovation.
D'après les données du gouvernement, la Hongrie dépense environ 0,9% de son PIB dans la R&D et l'innovation chaque année. Si l'on prend seulement en compte les ressources publiques, le pays a dépensé 0,4 milliards d'euros dans la R&D en 2008 – soit 0,5 % de son PIB. Comme le pays a un nouveau gouvernement, peu de détails ont été donné sur la façon dont il compte s'y prendre pour atteindre les objectifs de R&D.
En Pologne, d'après les données officielles, le pays a seulement dépensé 0,56 % de son PIB dans la R&D en 2006. Les statistiques montrent également que la Pologne, le plus grand des nouveaux entrants de l'UE avec sa population de 38,2 millions d'habitants, a produit deux fois moins brevets que la République tchèque, dont la population s'élève à 10,5 millions d'habitants.
Un objectif européen, des objectifs nationaux différents
L'objectif de 3 % pour l'investissement dans la R&D concerne l'UE dans son ensemble. Certains anciens Etats membres comme la Suède ou la Finlande ont déjà dépassé cet objectif, alors que les nouveaux entrants d'Europe de l'est sont à la traîne.
La Commission européenne a proposé, et les dirigeants de l'UE sont d'accord, que chaque pays établisse des objectifs différents, ambitieux mais réalistes, prenant en compte leurs points de départs nationaux, a affirmé le porte-parole de la Commission Mark English.
Les objectifs nationaux précis devraient être approuvés par les Etats membres en juin, suite aux discussions entre la Commission et les Etats membres, qui avancent très bien, a-t-il ajouté.
Ce qui semble certain, c'est que pour les nouveaux Etats membres comme la Pologne, l'objectif final sera considérablement inférieur à 3 %, alors que pour certains pays leaders en la matière comme la Suède, il sera considérablement supérieur à 3 %, a expliqué le porte-parole.
La République tchèque, cependant, semble défier la conception selon laquelle les Européens de l'est ne seront pas en mesure d'atteindre l'objectif de 3 % d'ici 2020. Le gouvernement intérimaire a proposé de façon surprenante un objectif national plus élevé que le modeste objectif de 2,3 % proposé par la Commission européenne.
L'an dernier, le pays a dépensé environ 1,54 % de son PIB en R&D, d'après les chiffres de l'OCDE. Pourtant le gouvernement pense qu'il peut faire bien mieux et s'est donné à lui-même l'objectif plus ambitieux de 2,7 % d'ici 2020.
Public contre privé?
Dans tous les pays, les gouvernements discutent de la manière dont ils pourraient décomposer leurs objectifs nationaux entre les différents secteurs – public, privé, et les fonds structurels de l'UE. De tels détails sont souvent considérés comme confidentiels, mais dans certains cas, les autorités révèlent leurs intentions.
En Roumanie, le président Basescu a dit que l'Etat contribuerait à un tiers de l'objectif, alors que le secteur privé devrait rapporter les deux tiers restants (EurActiv 27/04/10).
En Slovaquie aussi, le gouvernement a prédit que les deux tiers de son objectif de recherche de 1,8 % seraient financés par le secteur privé. Certains considèrent qu'il s'agit d'une déclaration audacieuse, étant donné qu'environ 52 % des financements actuels proviennent de sources publiques, 34 %% de sources privées, et les 14 % restants de financements étrangers.
Qui va rééquilibrer?
Reste à voir qui paiera la facture si de nombreux pays restent loin derrière la moyenne de 3 %. Un grand pays comme la France, qui devrait investir considérablement plus dans la recherche, n'a investit que 2,2 % de son PIB dans la R&D en 2001. Au lieu d'augmenter, le chiffre n'a fait que diminuer depuis. En 2007, seulement 2,08 % du PIB de la France a été investi dans la R&D, dont la moitié environ par le secteur privé.
D'après Eurostat, le pays le plus performant sur l'investissement dans la R&D en 2007 a été la Suède, avec 3,6 %. Aucun autre pays n'a dépassé le seuil de 3 %. L'Autriche est arrivée en deuxième position, avec 2,56 %.
La France dépense environ 40 millions d'euros par an dans la R&D, alors que l'Allemagne en dépense 61. Pour comparer, les Etats-Unis dépendent 269 millions de dollars par an.




