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Dans un contexte de plus en plus explosif au Kosovo, le ministre serbe des Affaires étrangères Vuk Jeremic a affirmé au Parlement européen hier que la Serbie continuerait de s'opposer à l'indépendance du Kosovo par tous les moyens diplomatiques, politiques et économiques.
La province serbe du Kosovo, sous protectorat de l’OTAN depuis la fin de la guerre du Kosovo en 1999, a déclaré son indépendance le 17 février (EurActiv 18/02/2008).
Jusqu’à présent, 18 Etats membres européens ont officiellement reconnu le nouvel Etat, notamment les « quatre grands » que sont l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie, ou annoncé leur intention de le faire la semaine prochaine. L’Espagne, la Roumanie, Chypre et la Slovaquie ne prendront pas la même décision, considérant la déclaration comme contraire au droit international (EurActiv 19/02/08 ).
Parallèlement, l’UE a commencé à déployer les premiers membres de sa mission EULEX forte de 2 200 hommes au Kosovo, la plus importante mission civile de l’UE encore jamais encore jamais envoyée. La mission devrait être totalement opérationnelle d’ici le mois de juin prochain.
Mercredi 20 février, lors de la réunion de la commission parlementaire Affaires étrangères à Strasbourg, le ministre serbe aux Affaires étrangères Vuk Jeremic a déclaré avoir honte d’être Européen suite à la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par plusieurs Etats membres de l’UE.
D’après lui, ce qui a été fait à la Serbie est une violation du système international et des valeurs à la base de l’intégration européenne.
Il a affirmé que la Serbie ne se taira pas, qu’elle luttera et ne tolèrera pas cette séparation. Il a précisé que le pays usera de toutes les voies diplomatiques, politiques et économiques à sa disposition, sans avoir recours à la force.
Il a souligné son regret face aux manifestations de violences qui font rage au Kosovo depuis sa déclaration d’indépendance, notamment l’attaque des deux postes frontières entre la Serbie et le nord du Kosovo qui a obligé la KFOR (la force armée de l’OTAN) à intervenir. Il a insisté : nous n’encourageons et ne soutenons pas la violence.
Parallèlement, les troupes de l’OTAN ont fermé les frontières nord du Kosovo après que des manifestants serbes ont mis le feu à des postes de douane et de police à Jarinje et Brnjak. Selon des témoins, la police du Kosovo et des fonctionnaires des douanes de l’ONU ont dû battre en retraite face à la foule qui avait pris possession de bulldozers et d’explosifs pour démolir les deux postes de douane.
Les troupes de la KFOR ont été appelées à intervenir et les troupes américaines, estoniennes et françaises ont fermé les deux points de passage frontaliers.
Slobodan Samardzic, le ministre serbe pour le Kosovo, a déclaré que son gouvernement tenterait de prendre le contrôle des postes de douane pour établir ce qu’il appelle l’autorité totale du statut de l’Etat de Serbie.
Olli Rehn, le commissaire européen à l’Elargissement, a déclaré que la Commission se préparait à jouer son rôle et proposerait des mesures concrètes pour la région au sens large, afin de préparer ses aspirations européennes le 5 mars.
Il a ajouté qu’il était important d’ « aider le Kosovo à tenir debout tout seul » aussi rapidement que possible, révélant que la Commission se préparait également à organiser une conférence de donateurs avant l’été afin de soulager les difficultés financières de plus en plus urgentes.
Selon Jacek Saryusz-Wolski, eurodéputé polonais (PPE) et membre de la commission Affaires étrangères, la majorité du Parlement européen pense que la situation au Kosovo est intenable. Il a ajouté qu’il comprenait la position des autorités serbes vis-à-vis du Kosovo mais a appelé à la conclusion de l’accord de stabilisation entre l’UE et la Serbie dès que possible. Cet accord a été suspendu par le gouvernement serbe qui craignait que cela n’implique la reconnaissance de la déclaration d’indépendance du Kosovo (EurActiv 07/02/2008).
Le ministre slovène aux Affaires étrangères Dimitrij Rupel a rappelé au Parlement qu’au titre de l'agenda de Thessalonique de 2003, l’UE avait annoncé que les pays des Balkans occidentaux deviendraient à terme des membres de l’UE. Il a déclaré qu’il est maintenant temps de rappeler les engagements de l’UE et de faire quelque chose pour les pays de la région. M. Ruper a parlé d’une dépendance mutuelle entre la Serbie et l’UE, ajoutant que le temps d’un véritable dialogue entre les Serbes et les Albanais au Kosovo, entre la Serbie et le Kosovo et entre la Serbie et l’UE était maintenant venu.
Le commissaire à l’Elargissement Olli Rehn a condamné le recours à la violence et a appelé tous les dirigeants et les habitants de la région à rester calmes et à maintenir la paix et la stabilité. Concernant la Serbie, le commissaire croit réellement qu’il est désormais temps de tourner la page sur le passé et de regarder vers l’avenir, ajoutant que le futur de la Serbie est en Europe et que toute la région a la perspective d’adhérer à l’UE.
Doris Pack, la présidente de la délégation du Parlement européen en Europe du Sud-Est, a qualifié la déclaration d’indépendance du Kosovo d’inévitable, mais s’est dite préoccupée par la solution qui avait été trouvée et reste convaincue que « les problèmes sont à venir ». Elle a déploré qu’aucune solution négociée n’ait été trouvée sur le Kosovo avec la participation de la Serbie, affirmant que tous auraient soutenu une telle solution et que la déclaration unilatérale d’indépendance a été la pire de toutes les possibilités, à l’exception de toutes les autres.
Jan Marinus Wiersma, eurodéputé néerlandais socialiste, a appelé les parties à « accepter la réalité d'une situation très complexe ». Même si la reconnaissance du Kosovo est une question qui concerne les Etats membres, le Parlement européen a également un rôle à jouer dans l’avenir d’un Kosovo multiethnique, a-t-elle déclaré.
Le président du groupe GUE/NGL, Francis Wurtz, a accusé les Etats membres européens ayant reconnu le Kosovo « d'affaiblir dangereusement la crédibilité future du droit international » en manquant de respect à la souveraineté de la Serbie. Ils « placent les rapports de force au dessus du droit. Ce faisant, ils ouvrent la boîte de Pandore. C'est grave », a-t-il déclaré.