Lors d'un débat parlementaire qui s'est prolongé dans la soirée, Ivica Dačić a répondu aux inquiétudes de l'Occident sur le fait que la Serbie puisse dévier du chemin pro-européen emprunté par les réformateurs qui ont fait tomber M. Milošević 12 ans plus tôt et qui se retrouvent aujourd'hui dans l'opposition.
Le leader du Parti socialiste a toutefois précisé qu'il ne reviendrait plus sur le passé sombre de son pays.
« Si pour eux Balkans rime avec « miel et sang », je pense qu'il y a déjà eu suffisamment de sang et qu'il est temps de goûter au miel », a déclaré le ministre désigné à l'assemblée.
« La Serbie leur tend à tous la main de la réconciliation. Ne parlons plus du passé, tournons-nous vers l'avenir. »
L'Occident surveille de près l'ascension de M. Dačić au poste de premier ministre, dans le cadre d'une alliance avec les nationalistes du président serbe, Tomislav Nikolić. L'Ouest craint que la Serbie s'éloigne de la voie de l'adhésion vers l'UE qu'ont choisie les pays de l'ex-Yougoslavie.
Les deux hommes ont travaillé aux côtés de M. Milošević au cours de ses 13 années au pouvoir, lorsque des centaines de milliers de personnes d'ethnie albanaise ont été expulsées du Kosovo et que l'OTAN a bombardé le pays durant 11 semaines en 1999 pour lui arracher la province.
M. Dačić était le porte-parole de M. Milošević et se posait contre l'Occident. Il affirme aujourd'hui que l'avenir de la Serbie est dans l'UE, mais les diplomates occidentaux restent sceptiques quant à son engagement politique et aux réformes qu'il affirme vouloir mener.
Son gouvernement a hérité d'une économie glissant vers la récession, d'un taux de chômage de 25,5 % et d'une population vieillissante en baisse qui survit avec un salaire net moyen de 340 euros par mois. Le dinar a chuté à des niveaux record contre l'euro en raison de l'incertitude des investisseurs quant à la politique du nouveau gouvernement.
« L'un des objectifs clés de ce gouvernement sera l'accélération de l'intégration européenne et la définition d'une date pour le début des négociations d'adhésion », a déclaré M. Dačić.
Le vote de confiance des députés était prévu jeudi, mais les débats se sont poursuivis jusqu'à ce vendredi.
Le Kosovo était la dernière carte de M. Milošević après avoir fomenté des guerres en Croatie et en Bosnie qui ont entraîné la mort de 125 000 personnes alors que la Yougoslavie tombait en morceaux. Il est mort en 2006 dans une cellule de La Haye en plein procès pour génocide et crimes de guerre.
La question kosovare
L'Occident martèle que la progression de la Serbie vers l'UE ne pourra se poursuivre que lorsque le pays se sera remis de la perte du Kosovo, un territoire appauvri chargé d'histoire pour de nombreux Serbes, mais dont l'indépendance a été reconnue par presque la moitié des pays du monde.
M. Dačić a déclaré qu'il était prêt à poursuivre les pourparlers avec le Kosovo sous les auspices de l'UE dans le but d'améliorer la vie de tous les citoyens. La Serbie ne reconnaîtra toutefois jamais l'indépendance du Kosovo, a-t-il martelé.
L'UE ne compte pas l'y forcer, mais la Serbie devra desserré son étau sur la partie nord du Kosovo, majoritairement peuplée par des Serbes, et cesser d'entraver le développement de son ancienne province.
La coopération de M. Dačić sur la question kosovare sera déterminante pour l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Serbie qui a obtenu le statut de candidat officiel à l'adhésion en mars dernier.
Le législateur de l'opposition Nenad Čanak, un détracteur des socialistes, a déclaré que le passé ne serait pas jeté aux oubliettes si facilement « comme s'il s'agissait d'un passé ennuyeux de chamailleries sur des taux d'intérêt et non pas de cinq guerres et de centaines de milliers de morts et de personnes déplacées ».



