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Un film macédonien fait rager la Bulgarie

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Publié 28 octobre 2011, mis à jour 29 octobre 2011
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Bulgaria, FYROM, Macedonia

Des eurodéputés bulgares outrés par un film macédonien qui dépeint les Bulgares en temps de guerre comme des fascistes demandent au commissaire à l'élargissement, Štefan Füle, de demander des comptes à Skopje.

Les eurodéputés Andrey Kovachev (PPE), Evgeni Kirilov (S&D) et Stanimir Ilchev (ALDE) ont signé une lettre, dont EurActiv a obtenu une copie, dans laquelle ils expriment leurs inquiétudes quant à la « tentative de manipulation de l'histoire des Balkans » et à la « haine » que ce pays candidat à l'UE porte à ses voisins.

Le film macédonien en question, « Third Half Time » (en français, « Troisième mi-temps »), a été tourné en Macédoine et largement financé par des fonds étrangers. Il raconte l'histoire d'un match de football en 1942 entre deux équipes de la ligue de football bulgare : Levksi et Makedonia.

Selon les informations obtenues par EurActiv, le film dépeint les Bulgares comme des fascistes qui complotent pour tuer l'entraîneur de l'équipe « macédonienne » qui est d'origine juive.

« Ce film devrait rapprocher les Macédoniens », peut-on lire dans la presse macédonienne. Lazar Mladenov, le président du Club culturel bulgare à Skopje, a déclaré à EurActiv que des scènes grandioses dans le film sont empreintes d'une « très lourde atmosphère antibulgare ».

Ce film a été réalisé avec le soutien du premier ministre macédonien, Nikola Gruevski, qui a permis à la production d'obtenir une subvention d'un million d'euros.

Le principal sponsor du film est la Sparkasse Bank, une succursale du groupe bancaire allemand à laquelle les eurodéputés bulgares ont demandé d'annuler leur soutien.

Dans leur lettre à M. Füle, les eurodéputés affirment que « la politique de l'ARYM va à l'encontre des valeurs européennes » et montre que Skopje enfreint l'acquis communautaire, citant divers textes issus de résolutions du Parlement européen.

Les eurodéputés bulgares ont délibérément utilisé l'acronyme ARYM, ou ancienne République yougoslave de Macédoine, même si la Bulgarie a été le premier pays au monde à reconnaître la République de Macédoine sous son nom constitutionnel après qu'elle a fait sécession de la Yougoslavie en 1991.

Athènes insiste pour que la Macédoine utilise le nom ARYM depuis longtemps, car selon la Grèce, la dénomination « République de Macédoine » sous-entend une revendication sur sa région du nord du pays.

En outre, Athènes estime que Skopje détourne de grands pans de son histoire antique. La Bulgarie considère elle aussi que la Macédoine s'approprie des héros et des épisodes glorieux de son histoire médiévale et de sa lutte contre la domination ottomane au XIXe et XXe siècles. 

La Macédoine a récemment mis Athènes en colère en érigeant une immense statue d'un « guerrier à cheval » qui ressemble à Alexandre le Grand dans le centre de Skopje. Les deux pays affirment qu'Alexandre le Grand est né sur leur territoire.

M. Kirilov a confié à EurActiv que le gouvernement de M. Gruevski exagérait avec ses activités nationalistes visant à améliorer sa popularité.  « Cela lui a peut-être permis de remporter les élections, mais la population macédonienne réalisera bientôt que ce n'est pas dans l'intérêt du pays », a-t-il déclaré. 

Les services du commissaire Füle ont affirmé à EurActiv qu'ils venaient tout juste de recevoir cette lettre et qu'ils avaient demandé à Skopje de leur fournir des informations complémentaires.

EurActiv.com - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Le premier ministre Gruevski lors du tournage
Contexte : 

La Macédoine n'est un pays indépendant que depuis 1991, lorsqu'elle a fait sécession de l'ex-Yougoslavie.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la Macédoine a été occupée par la Bulgarie et l'Italie. Les autorités bulgares, sous la pression des nazis, ont été responsables de la déportation d'environ 7000 juifs de Skopje et Bitola.

Aucun juif n'a été déporté de Bulgarie lors de la Seconde Guerre mondiale. En 1943, des responsables bulgares ont pris la décision historique de « refuser les ordres du régime nazi de déporter des juifs bulgares malgré la présence des troupes allemandes dans le pays ». Ce refus a permis de sauver 48 000 juifs en Bulgarie qui n'ont donc pas été envoyés dans les camps de la mort. Lorsque l'Etat d'Israël a été établi en 1948, environ 45 000 juifs bulgares y ont émigré et environ 5000 juifs continuent de vivre en Bulgarie, pour la plupart dans la capitale, Sofia. 

Cette décision a été prise alors que la Bulgarie était un allié de l'Allemagne d'Hitler. Aucune pression populaire de la sorte n'a été enregistrée à Skopje et à Bitola.

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