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Un socialiste premier ministre en Serbie

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Publié 29 juin 2012

Un ancien protégé de Slobodan Milošević, le leader du Parti socialiste, Ivica Dačić, a été désigné hier (28 juin) comme le futur premier ministre, 50 jours après les élections. Un reportage d'EurActiv Serbie.

Les négociateurs du Parti socialiste de M. Dačić ont déclaré qu'ils s'étaient accordés avec le Parti progressiste du président, Tomislav Nikolić, sur la formation d'un gouvernement de coalition dans le courant des 15 prochains jours, plus de deux mois après les élections du 6 mai.

Le nouveau premier ministre a annoncé que les leaders de la coalition avaient décidé que la Serbie lutterait contre la corruption, contribuerait à la stabilité régionale et respecterait la justice sociale pour progresser sur la voie de l'adhésion à l'UE.

M. Dačić était le porte-parole du Parti socialiste sous Slobodan Milošević qui a été déchu du pouvoir en 2000. Le parti a depuis subi des transformations et a participé au gouvernement pro-européen formé en 2008 par l'ancien président, Boris Tadić.

M. Nikolić a battu M. Tadić lors du second tour des élections le 20 mai.

Idéologie moins importante ?

M. Dačić aura du pain sur la planche au poste de premier ministre. L'économie est stagnante et la Banque mondiale a déclaré que sans mesures décisives, le pays ne serait plus à même de rembourser ses dettes dès octobre prochain.

Le gouvernement pourrait être obligé d'imposer des coupes budgétaires et une augmentation des impôts. Il pourrait en outre être forcé de demander une aide internationale pour se maintenir à flot.

Ce type de mesures ne sera pas facile à prendre pour un gouvernement composé notamment du Parti des retraités unis de Serbie et des progressistes, qui ont promis lors de leur campagne d'améliorer la situation économique et de stimuler les investissements.

M. Dačić a expliqué que son gouvernement ne serait ni pro-européen, ni pro-russe, ni pro-américain, ni pro-chinois, mais plutôt pro-serbe.

Jeune militant

M. Dačić est né à Prizren au Kosovo le 1er janvier 1966. Il a fait des études de journalisme à la faculté des sciences politiques de Belgrade, où il a fait partie de la Ligue des communistes.

En 1990, il a été élu premier président des Jeunes socialistes de Belgrade, puis il a travaillé comme rédacteur pour la publication du Parti socialiste, Epoha (« Epoque » en français).

M. Dačić a été le porte-parole du Parti socialiste de M. Milošević dans les années 1990 et faisait partie de la liste de personnes interdites de séjour dans les pays de l'UE.

Après 2000 et la chute de M. Milošević, il est resté à la tête de la section belgradoise du parti et a été élu président de ce même parti en décembre 2006.

Au sein du gouvernement serbe intérimaire d'octobre 2000 à janvier 2001, il a occupé le poste de vice-ministre de l'information. En 2003, il est devenu membre du parlement serbe et chef de file du Parti socialiste en son sein. Il a échoué à deux reprises lors des élections présidentielles.

M. Dačić se présente comme un partisan de l'ouverture au monde de la Serbie et en tant que ministre de l'intérieur, il a permis à la Serbie d'obtenir un régime sans visa avec l'UE. Il a reçu un prix d'ONG belgradoises pour ses contributions à l'intégration européenne de la Serbie.

Réactions : 

L'analyste politique Vladimir Goati a expliqué à l'agence BETA que le nouveau gouvernement aurait un problème de crédibilité sur la scène mondiale, ce qui se révèlerait néfaste pour les investissements.

Selon lui, le gouvernement souffrira d'un manque de confiance de la part des pays d'Europe occidentale, de l'UE et des Etats-Unis. « Pour toutes ces raisons, revenir à la situation d'avant, ce sera plus une question d'années que de mois ou de semaines », a-t-il déclaré.

Sur le fait que les socialistes jouissaient d'un mandat moindre que les progressistes, M. Goati a expliqué que le fait que ce parti joue un rôle prépondérant au gouvernement créerait un précédent. L'autre possibilité serait que le Parti socialiste fasse partie d'une majorité dirigée par les progressistes et que M. Dačić soit un premier ministre « de représentation », a déclaré M. Goati, rappelant que la Serbie avait déjà eu un premier ministre sans majorité au gouvernement, une situation qui avait tourné court.

L'économiste Miroslav Prokopijevic a affirmé que le nouveau gouvernement serbe dirigé par le Parti socialiste ne permettrait pas aux Serbes de jouir d'une vie meilleure.

Il a souligné que le précédent gouvernement n'était pas non plus en faveur de l'économie de marché, mais que la coalition qui formerait, comme annoncé le 28 juin, le nouveau gouvernement n'avait aucun programme économique et plaidait en faveur du populisme et de l'étatisme. « Nous ne pouvons nous attendre à rien de bon d'un gouvernement formé par des partis dont l'objectif premier est d'être au pouvoir et qui plaideront en faveur de l'idée d'un Etat qui aide tout le monde », a-t-il martelé.

Smiljana Vukojčić pour EurActiv Serbie - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Ivica Dačić et son fils. Photo de BETA, l'agence partenaire d'EurActiv en Serbie
Contexte : 

Le premier tour des élections présidentielles, législatives et locales a eu lieu le 6 mai dernier. C'est le Parti progressiste serbe qui a récolté le plus grand nombre de voix aux législatives avec 24,01 %, soit 73 sièges au parlement. Le Parti démocratique est arrivé second avec 22,07 %, ou 67 sièges.

Le succès des progressistes était prévu, mais les deux partis ont récolté moins de voix que prévu. La coalition autour du Parti socialiste est arrivée à la troisième place avec 14,54 % des suffrages, ou 44 sièges. Revirement (la coalition autour du Parti libéral-démocrate), les Régions unies de Serbie et quelques partis minoritaires ont également obtenu des sièges au parlement.

A la suite des élections, les socialistes et les démocrates ont conclu un accord de principe sur la formation d'un gouvernement, mais ils devaient encore peaufiner les détails après le second tour des élections présidentielles.

Le second tour a eu lieu le 20 mai et a débouché sur la victoire quelque peu imprévue de Tomislav Nikolić.

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