EurActiv Logo
 
22 novembre 2009
Breaking News:

Sections

Mini Sections

Wałęsa : la chute du Mur de Berlin a sauvé Solidarność [FR][en][de

Publié: lundi 9 novembre 2009   

Dans les années 1980, les intellectuels polonais furent les premiers à considérer la réunification de l’Allemagne comme la clef des évènements ayant déclenché la libération de leur pays du bloc soviétique. Cet épisode est relaté par la journaliste américaine Elizabeth Pond qui a récemment compilé les souvenirs de Lech Wałęsa et Janusz Reiter du Solidarność polonais pour EurActiv Allemagne.

Contexte:

Solidarność, le premier syndicat d’un pays du Pacte de Varsovie à ne pas être contrôlé par les communistes, fut le héraut de la chute du communisme à travers l’Europe. Il fut créé en pleine tourmente de la main d’œuvre en Pologne dans les années 1980, et devînt rapidement une force politique.

Malgré les persécutions et l’imposition des lois martiales en 1981, Solidarność a mis à mal la domination du Parti communiste et triomphé aux élections parlementaires de 1989. Son dirigeant, Lech Wałęsa, un technicien électrique aux chantiers navals de Gdańsk, est devenu le premier président de la Pologne post-communiste.

A lire aussi:

Autres articles:

C’est le même Lech Wałęsa, assis dans son bureau de retraité, situé au Pont vert reconstruit du mur d’enceinte de la ville de Gdańsk, qui domine le port où a commencé la Seconde Guerre mondiale.

Ses cheveux blancs ne sont pas autant ébouriffés que le furent ses cheveux bruns 30 ans auparavant, lorsqu’il franchit la clôture du chantier naval Lénine de la ville pour rejoindre la grève contre les patrons communistes polonais déraisonnables. Ses moustaches étaient alors moins fournies. Sa chemise écossaise de travailleur a été remplacée par une très honorable chemise blanche et une cravate avec une pince.  

Mais il a toujours le même pétillement espiègle. Il porte encore la broche de Notre Dame de Częstochowa sur le revers de sa chemise. Et cet électricien qui a, de manière incongrue, déclenché la chute de l’empire soviétique en montant le syndicat Solidarność dans les années 1980 évoque encore, sous forme d’anecdotes, qu’il a anticipé la chute du Mur de Berlin qui a fini de démanteler l’URSS.

La seule chose qui peut éventuellement paraître surprenante, c’est la cordialité qu’exprime ce Polonais envers les Allemands.

Le 8 novembre 1989, le ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne de l’Ouest, Hans-Dietrich Genscher lui rendit visite. Je lui ai dit : le Mur de Berlin va bientôt tomber. Etes vous prêt à cela, raconte aujourd’hui M. Wałęsa.

M. Genscher aurait répondu : mon cher monsieur, nous serions simplement trop heureux d’avoir un tel problème. Mais les poules auront des dents avant que quelque chose de la sorte ne se produise !, toujours selon M. Wałęsa. A ce moment là, comme nous le savons tous, M. Genscher était l’homme politique le plus compréhensif de tous. Il retira les tanks, les soldats, les milices qui défendaient le mur depuis 28 ans. Et malgré cela, un politicien amateur comme moi, sans toutes ces analyses sophistiquées, a juste avancé avec ses propres instincts. Et c’est arrivé le jour suivant, juste comme je le disais, a-t-il affirmé. M. Genscher et le chancelier Helmut Kohl ont été obligés de couper court à leur visite polonaise, parce que le mur était déjà tombé.

J’ai revu M.Genscher il y a deux mois. Il m’a reparlé de cet épisode. Il m’a dit, mon cher ami, j’ai peur de parler avec vous, parce que tout arrive de la manière dont vous le prophétisez. Tout devient réalité, a rapporté M. Wałęsa.

Il a continué en disant que si les choses s’étaient arrêtées avec la chute du Mur et la révolution polonaise, nous aurions pu les maîtriser. Mais tout s’est emballé ! L’Union soviétique toute entière s’est écroulée ! Et d’autres pays d’Europe Centrale ont pu se libérer ! L’Europe et le monde n’étaient pas préparés pour des changements si rapides […] Une nouvelle époque a commencé, a-t-il déclaré.

La chute du Mur de Berlin a sauvé Solidarność, a t il affirmé catégoriquement.

Avec à-propos, deux dalles jumelles, une en brique en provenance du chantier naval et l’autre en ciment venant de Berlin, se trouvent aujourd’hui en dehors du vieux chantier naval de M. Wałęsa, en souvenir.

En effet, la nouvelle entente germano-polonaise que représentent ces dalles après des siècles d’hostilité – la Prusse, la Russie et l’Autriche se partageaient la Pologne depuis 123 ans avant la Première Guerre mondiale et la Pologne est le pays qui a compté le plus de morts durant la Seconde Guerre mondiale – constitue un bon exemple de la (ré)unification post-Mur de l’Europe Centrale avec l’Europe de l’Ouest après un demi siècle de séparation en raison de la Guerre froide.

Janusz Reiter – promoteur clandestin de Solidarność pendant les lois martiales des années 1980 qui devînt plus tard ambassadeur polonais auprès de l’Allemagne, puis des Etats-Unis – raconte cette histoire.

Lors d’un entretien téléphonique, il explique comment M. Wałęsa et d’autres Polonais sont parvenus à surmonter leur animosité, plusieurs années avant la chute du Mur de Berlin, et à faire confiance aux Allemands de l’Ouest, espérant une synergie dans leurs combats mutuels.

Les activistes de Solidarność étaient encore sous le joug du bloc soviétique, avaient toujours des troupes soviétiques dans leur pays, et étaient encore hors la loi dans le cadre des lois martiales polonaises. L’Europe semblait encore gelée dans la Guerre froide. Les Allemands astucieux comme M. Genscher pensaient que le Mur de Berlin resterait debout jusqu’à la fin de leurs jours. Et les Britanniques et les Français demeuraient hostiles à toute réunification allemande.

Néanmoins, un groupe d’intellectuels polonais avait décidé en secret de réexaminer la vieille « question allemande », cette tendance effrayante de ces Allemands si nombreux et énergiques à faire basculer l’Europe dans la guerre à chaque fois que leur pays était sur la pente ascendante, que ce soit en 1870, 1914 ou 1939.

Nous avons eu un débat en Pologne sur la question allemande dans les années 1980, a expliqué M. Reiter. Et malgré le souvenir vivace de la difficile occupation nazie durant la Seconde Guerre mondiale, ce groupe de penseurs allèrent encore plus loin que la réconciliation sans précédent d’après guerre entre l’Allemagne et la France et les Pays-Bas et l’Allemagne qui avaient déjà donné au cœur de l’Europe sa plus longue période de paix dans l’Histoire.

Le résultat de ce débat fut le suivant : nous avons décidé que nous ne devrions pas nous en tenir au raisonnement traditionnel selon lequel l’unification allemande serait l’ennemi de la question polonaise. Au contraire, l’unification allemande pouvait également être en quelque sorte le véhicule de cette question polonaise. C’était parce que l’Allemagne était le seul Etat d’Europe de l’Ouest à avoir un intérêt national à ce que les choses changent dans l’Europe de l’après Guerre froide.

Certains en Allemagne étaient au courant de notre débat et se sont montrés très encourageants. Volker Rühe, président adjoint du caucus parlementaire de l’Union chrétienne-démocrate, avait avancé l’idée selon laquelle le traité entre la Pologne et l’Allemagne de l’Ouest en date de 1970 serait également contraignant pour une Allemagne unifiée. C’était un signal affirmant que si les deux Allemagnes s’unissaient de nouveau, une Allemagne unifiée ne chercherait pas à réclamer la partie occidentale de la Pologne que les soviétiques, vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, avaient découpé de l’Allemagne et l’avaient attribué à la Pologne en échange de la prise par Moscou de la Pologne orientale.

Le signal envoyé par M. Rühe fut crucial au regard de sa promesse selon laquelle les conservateurs allemands, qui n’avaient jamais renoncé à leur revendication antérieure d’après guerre pour un retour à la situation d’avant guerre en matière de frontière – et qui dépendaient des votes de millions de compatriotes qui avaient été expulsés de Pologne et d’autres territoires d’Europe Centrale en 1945 – abandonneraient leur irrédentisme pour parvenir à la réunification. Avec cette assurance, les Polonais ont pu ajuster leur séparation douce mais décisive de l’hégémonie soviétique à l’Est sans avoir peur de la possibilité d’être une nouvelle fois poignardés dans le dos par l’Allemagne à l’Ouest.

Les choses se sont déroulées différemment par rapport à ce que l’on attendait, explique M. Reiter. Finalement, les changements n’ont pas débuté en Allemagne, mais en Pologne. Soudainement, on n’utilisait pas le véhicule allemand pour la question polonaise, mais le contraire. En septembre 1989, lorsque la Pologne a installé le premier gouvernement non communiste des 72 ans du bloc soviétique, la Pologne était le premier pays à briser le bloc de l’Est – mais sans provoquer les Soviets et les autres gardiens de bloc de l’Est.

L’analyse audacieuse faite par les intellectuels de la question allemande fut amplement récompensée. La chute du Mur de Berlin a non seulement consolidé la victoire de Solidarność pour toute l’Europe Centrale ; l’Allemagne est aussi devenue le partisan le plus acharné de la Pologne dans l’Union européenne. La Pologne et les autres pays de l’Europe Centrale se sont retrouvés sous le parapluie sécuritaire de l’alliance atlantique (OTAN) et de l’Union européenne. Et Moscou a retiré ses troupes, près d’un demi million de soldats, d’Allemagne de l’Est et de Pologne après 44 ans de cantonnement.

Il n’y a plus de question allemande, conclut M. Reiter. C’est la réponse. C’est fini, a-t-il dit.

Auteur : Elizabeth Pond pour EurActiv Allemagne, Gdańsk/Berlin. 

Elizabeth Pond est une journaliste américaine bien connue en Europe, écrivaine et chargée de cours en matière d’Affaires internationales. Elle fut la correspondante étrangère pour le Chritian Science Monitor de 1967 à 1988. Elle est l’auteur de dix livres sur les questions de politique étrangère et d’affaires internationales, parmi lesquels « The Rebirth of Europe », « Europe in the 21st century », « Beyond the Wall – Germany Road to Reunification », « Endgame in the Balkans: Regime Change, European-style'. »

Si vous souhaitez réagir à cet article, cliquez iciexternal .

 

Liens

Lettres à l'éditeur
Switzerland is a plus for Europe
Miguel Mesquita da Cunha
Reflecting on Cyprus
Michalis Firillas, Haaretz/International Herald Tribune
Advertising
Advertising