De plus en plus de questions européennes
Les huit derniers mois, l’Europe a été témoin de plusieurs crises, notamment le dilemme institutionnel provoqué par le rejet irlandais du traité de Lisbonne, les urgences géopolitiques internationales en Géorgie et au Moyen-Orient, et la crise financière et économique actuelle, qui a suscité des troubles sociaux partout en Europe.
En conséquence, des responsables politiques ont indiqué que les citoyens européens croyaient de plus en plus que les questions économiques, de même que celles relatives à la sécurité énergétique et au changement climatique, étaient réellement dotées d’une dimension politique. Le taux de participation aux élections européennes devrait donc être plus élevé cette année, compte tenu de la force accrue de la démocratie européenne.
Jo Leinen, eurodéputé socialiste allemand, a déclaré à EurActiv que pour les partis européens, l’occasion de montrer la « dimension européenne » aux électeurs « n’a jamais été meilleure ».
Toutefois, bien qu’il reconnaisse qu’une telle occasion existe bel et bien pour les partis européens, Sebastian Kurpas, chercheur de haut niveau au Centre for European Policy Studies (CEPS) à Bruxelles, est moins convaincu par le fait que les partis sont capables d’exploiter avec succès ce facteur, de façon à augmenter le taux de participation des électeurs. Il a confié à EurActiv que tout « dépend de la crédibilité des partis politiques lorsqu’ils présenteront l’UE comme un instrument d’aide à la résolution de la crise ».
L’analyste du CEPS a poursuivi en relevant que « tous les partis ont dans leurs manifeste des slogans qui parlent de réponses concrètes à la crise économique, mais la question reste de savoir s’ils seront capables d’aller au-delà des mots, et de concrétiser ces simples slogans ».
Selon M. Kurpas, les élections européennes seront une fois de plus 27 élections nationales différentes. Agnieszka Łada, chercheuse de haut niveau au Polish Institute of Public Affairs, partage son avis. Elle a déclaré à EurActiv que les « gens ne verront simplement pas le lien entre ces crises et l’Union européenne ». Elle s’attend à ce que leurs votes soient fondés sur leurs préférences nationales.
La société civile entre en scène
Les préparatifs de cette élection ont également vu un engagement sans précédent des ONG, un grand nombre d’entre elles ayant publié des documents politiques détaillés assez tôt pour pouvoir influencer les programmes électoraux des partis européens. Fintan Farrell, président de l’EU Civil Society Contact Group, a expliqué à EurActiv que cela reflète la détermination des groupes de la société civile à se faire « entendre dans les débats pré-electoraux » ainsi qu’à garantir que « les problèmes clés qui ont un impact sur la vie quotidienne des résidents européens sont portés à l’attention des candidats ».
« Nous cherchons également à assurer qu’ils soient traduits non seulement en promesses politiques, mais également en engagements politiques ».
Visages bien connus et nouveaux partis
Les responsables politiques et les partis qui dominent les élections de 2009 pourraient réserver des surprises. En France, tout particulièrement, où deux ministres actuellement au gouvernement seront en lice pour les élections (EurActiv 27/01/09).
Selon des représentants du groupe UMP à l’Assemblée nationale, au cours des derniers mois, le président français, Nicolas Sarkozy, a enjoint à plusieurs reprises à son parti d’envoyer des responsables politiques connus à Bruxelles pour améliorer la perception qu’a l’électorat français de l’Union européenne. M. Sarkozy a qualifié la décision d’inscrire deux ministres, Michel Barnier et Rachida Dati, en tête de liste électorale pour les élections européennes de véritablement historique.
Toutefois, des sources diplomatiques à bruxelloises ont indiqué à EurActiv qu’il s’agissait tout simplement d’un discours creux, Mme Dati étant en fait « détachée » à Bruxelles.
Des experts sont d’accord sur un point : les eurodéputés de cette année seront plus jeunes, et il y aura plus de femmes qu’auparavant.
Une campagne lancée par le Lobby européen des femmes pour impliquer davantage de femme dans la prise de décision a déjà rassemblé plus de 10 000 signatures, y compris celles d’éminents responsables politiques. La première présidente du Parlement européen, Simone Veil, a soutenu l’initiative, soulignant que depuis 1979, les femmes ont toujours été en minorité sur la scène politique européenne.
De nouveaux partis pourraient également se présenter aux élections de juin. Le parti conservateur britannique est sur le point de rompre ses liens avec le PPE (EurActiv 12/01/09) et pourrait former un nouveau parti de centre droit avec une tendance plus eurosceptique, à condition qu’il trouve des alliés.
Libertas, groupe controversé s’opposant au traité de Lisbonne, vise à présenter des candidats dans un grand nombre de pays européens, et pourrait prendre les sièges d’autres groupes minoritaires. Le groupe Union pour l'Europe des nations (UEN) pourrait peiner à obtenir le nombre nécessaire de sièges pour garder le statut de groupe si elle perd huit eurodéputés de l’Alleanza Nationale.
En effet, Jo Leinen a reconnu que le Parlement sera plus coloré après les élections, même s’il s’attend à ce que l’équilibre global entre les partis dominants et les groupes plus restreints reste le même.
Est-ce-que les nouvelles tendances feront la différence ?
Même si ces tendances peuvent jouer un rôle significatif pour ce qui est de rendre les élections de cette année plus dynamiques, certaines personnalités de haut niveau sont sceptiques quant au fait qu’un débat européen réellement nouveau puisse avoir lieu, dans la mesure où les structures institutionnelles actuelles demeurent inchangées. John Bruton, ancien Premier ministre irlandais et actuel ambassadeur de l’UE aux Etats-Unis, a déclaré à EurActiv que dans ces élections, les « gens constateront que l’Union européenne a été très active » face à la série de crises, et ce beaucoup plus que par le passé. Toutefois, il a expliqué que cela ne suffirait peut être pas à véritablement revigorer la démocratie européenne. « L’une des choses que je regrette – et je parle en mon propre nom – est le fait que nous n’ayons pas une élection européenne unique, mais 27 élections nationales du Parlement européen ». M. Bruton conclut en disant qu’il y a encore du travail sur la planche pour construire une « circonscription électorale émotionnelle pour l’Union européenne ». Jo Leinen, quant à lui, considère qu’il n’est pas trop tard pour que les partis européens tirent profit des nombreuses crises. Selon lui, le mois de mai sera décisif.



