Le groupe PPE-DE est crédité de 263 à 273 eurodéputés, contre 155 à 165 pour le PSE, selon le site Internet du Parlement européen. Dans le Parlement européen sortant, le PPE-DE avait 284 eurodéputés et le PSE en comptait 215.
Cette fois, les conservateurs britanniques ont quitté le groupe, après que leur dirigeant, David Cameron, ait décidé de former un groupe politique distinct anti-Lisbonne (EurActiv 02/06/09). Malgré le départ de 29 eurodéputés britanniques, le PPE reste de loin le plus important rassemblement du Parlement qui compte 736 sièges.
L’Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe (ALDE) a obtenu de 78 à 84 sièges, en baisse par rapport aux 103 sièges qu’elle détenait dans la législature précédente. Le groupe des Verts/Alliance Libre européenne remporte entre 52 et 56 sièges, en progression par rapport aux 42 précédemment.
Le groupe eurosceptique Indépendance-Démocratie, qui détenait 24 sièges, a perdu du terrain et comprend aujourd’hui 15 à 19 eurodéputés, alors que le groupe Union pour une Europe des nations (UEN) lui aussi perd des membres et passe de 44 eurodéputés à 33-37. De manière similaire, le groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) est en baisse de 44 à 33-37 eurodéputés.
Wilfried Martens, président du Parti populaire européen (PPE), a déclaré que, sans les Tories britanniques et les conservateurs tchèques de l’ODS, qui ont rejoint le nouveau groupe conservateur (EurActiv 02/06/09), le PPE ser plus cohérent. Il a affirmé à EurActiv que l’unique raison pour laquelle les Tories ont quitté le groupe de centre-droit est leur opposition au Traité de Lisbonne. Les Tories souhaitent organiser un référendum sur ce texte au Royaume-Uni s’ils arrivent à y convoquer des élections anticipées.
Victoire du centre-droit dans les « cinq grands »
Dans les cinq pays les plus grands de l’UE – Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie et Espagne – le PPE s’en est bien sorti. L’eurodéputé allemand Hartmut Nassauer, vice-président du PPE, a déclaré qu’il était heureux des résultats dans son pays, où les conservateurs de la CDU ont obtenu 30,8 % contre 20,8 % pour le SPD, le parti rival.
C’est un bon signe pour le 27 septembre, a ajouté M. Nassauer, en référence aux élections nationales à venir dans son pays.
En France, l’UMP de M. Sarkozy a atteint 28 % des suffrages contre un lamentable 16,8 % pour les socialistes, qui ont presque été dépassés par les Verts d’Europe Ecologie qui ont capté 16,2 % des votes. L’eurodéputé français Joseph Daul, président du groupe PPE-DE, a déclaré que son groupe avait gagné parce qu’il avait parlé d’Europe et ne s’était pas enfermé dans des controverses comme ses opposants socialistes.
En Italie, le parti de la Liberté (Pdl) de Silvio Berlusconi atteint 39 % des voix, contre 27,5 % pour son principal rival, le PD de centre-gauche.
Les électeurs punissent les socialistes
Dans d’autres pays, plusieurs partis au pouvoir ont subi des pertes alors que l’opposition reprenait des couleurs. En Espagne, gouvernée par les socialistes, le Parti populaire de centre-droit a réalisé 42,03 % des suffrages contre 38,66 % pour les socialistes du PSOE. En Grèce, le parti au pouvoir de centre-droit Nouvelle démocratie a juste obtenu 33,9 % des voix contre 36,1 % pour le parti d’opposition PASOK.
En Bulgarie, gouvernée par une coalition emmenée par les socialistes, deux partis affiliés au PPE ont réalisé un score total de 33,12 % des voix contre 18,36 % pour les socialistes du BSP.
La Hongrie, un pays frappé par une récession économique profonde, les socialistes au pouvoir ont perdu au profit de l’opposition FIDESZ-KDNP, qui a réalisé un score remarquable de 56,37 % des voix contre seulement 17,37 % pour le MSZP au pouvoir. Des progrès significatifs ont été réalisés par le parti d’extrême droite Jobbik, avec 14,7 % des suffrages.
L’impact de l’extrême droite
Dans certains Etats membres, l’extrême droite réalise des performances substantielles, en particulier aux Pays-Bas et en Autriche. Aux Pays-Bas, le Parti de la Liberté, anti-immigration, est devenu la deuxième force politique, avec 17 % (EurActiv 05/06/09). En Autriche, le Parti de la Liberté (anciennement dirigé par Jörg Haider) a obtenu 13,1 % des votes, alors qu’un autre parti d’extrême droite qu’il avait fondé, l’alliance pour le futur, recueille 4,7 %.
En Belgique, le parti anti-immigration Vlams Belang, qui prêche l’indépendance de la Flandre, a obtenu 10,43 % des votes, en dessous des 11,6 % engrangés il y a cinq ans.
En Bulgarie, le parti ultranationaliste Ataka a recueilli 11,28 %, moins que ses 14,2 % en 2007 lors d’élections partielles. Il devrait envoyer deux eurodéputés, un de moins que précédemment.
En Roumanie, le parti de la Grande Roumanie (PMR) de l’ultranationaliste Cornel Vadim Tudor a obtenu 7,2 % des voix. Lors des élections partielles de 2007 après l’adhésion de la Roumanie à l’UE, il avait réalisé un score de seulement 4,15 %, ne réussissant pas à envoyer un eurodéputé à Strasbourg.
Une participation faible ne signifie pas un manque de légitimité
Malgré la peur d’un plongeon du taux de participation, ce dernier est resté stable, avec 43,39 % des électeurs qui se sont rendus aux urnes. Aux élections de 2004, ce taux était de 45,9 %.
Le dirigeant de l’Alliance des démocrates et libéraux pour l’Europe (ADLE), Graham Watson, a déclaré que le faible taux de participation pouvait être interprété de deux façons : soit les gens ne vont pas voter parce qu’ils sont parfaitement satisfaits, soit c’est que quelque chose ne va pas, a-t-il ajouté.
Nous avons besoin de travailler pour mettre en forme une vraie politique de communication à propos de ce qui se passe au niveau européen, nous devons donner à Euronews le statut de diffuseur public dans tous nos pays, et élire un pourcentage du Parlement européen sur une liste paneuropéenne. Cela pourrait nous aider à avoir un débat européen, plutôt que nous aider à avoir 27 débats nationaux, a-t-il expliqué.
Sur la question des effets que pourrait avoir le faible taux de participation sur la légitimité du Parlement, le professeur Mario Telo, président de l’Institut d’Etudes européennes de l’Université libre de Bruxelles (ULB) a déclaré qu’il est incorrect de parler d’un manque de légitimité. Une autre lecture possible serait de dire que le système européen dispose d’une autorité telle que même les partis eurosceptiques veulent être représentés au Parlement européen.
On peut rejeter la crise de participation sur les partis nationaux, qui n’ont pas fait leur travail d’explication de l’Europe, ni n’ont fait campagne sur les questions européennes. L’Europe est toujours perçue comme étant ennuyeuse et complexe, a continué M. Telo, ajoutant que les résultats de l’élection révèle une crise des démocraties nationales plutôt qu’au niveau européen. Dans les Etats membres, nous voyons de plus en plus la résurgence du populisme, malheureusement renforcé par les scandales politiques, selon lui.
Un haut conseiller en communication au Parlement européen a déclaré à EurActiv que la faible participation exposait une fois de plus l’échec des partis politiques nationaux à impliquer leurs citoyens.
Le Parlement européen a lancé une campagne institutionnelle pour réveiller les consciences, mais aucun parti politique n’a fait campagne sur les programmes européens, a déclaré cet officiel, notant qu’aucun parti n’avait mentionné le fait que trois-quarts des législations nationales viennent de Bruxelles.
Barroso ou pas Barroso ?
Les résultats des élections ne donnent pas une indication claire des chances du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, de remporter un deuxième mandat à la tête de l’exécutif européen.
Au prochain Conseil européen des 18 et 19 juin, on s’attend à ce que les dirigeants européens s’accordent pour nommer une nouvelle fois l’ancien premier ministre portugais. Lors de la première session plénière de la septième législature les 14-16 juin, le Parlement pourra approuver ou rejeter cette nomination à la majorité des votes exprimés.
Les Verts se sont déjà opposés à la reconduction de M. Barroso et ont même lancé une campagne contre lui, intitulée « Stop Barroso ». Mais les libéraux et les socialistes sont divisés sur cette question. Bien que des dirigeants tels que Gordon Brown (premier ministre britannique), José Luis Rodríguez Zapatero (premier ministre espagnol) et José Sócrates (premier ministre portugais) ont apporté leur soutien au candidat de centre-droit, certains eurodéputés socialistes pourraient décider de voter contre la reconduction de M. Barroso, puisque le vote est secret.
Le Parlement européen a besoin de se battre pour asseoir sa popularité et sa légitimité, a déclaré le professeur Telo, suggérant que les eurodéputés devraient anticiper l’application du Traité de Lisbonne et jouer un rôle clef dans la sélection du président de la Commission européenne.



