Un mariage sans amour aboutissant à un divorce?
La relation du parti conservateur britannique avec l’Europe a toujours été complexe. En effet, le parti a toujours été confronté à des désaccords internes par rapport aux positions que le parti doit avoir à l’égard de l’UE et au sein de l’UE.
En particulier, l’affiliation du parti avec le PPE a toujours causé des ennuis au leadership du parti. Le groupe du PPE est dominé par la droite chrétienne et il défend en règle générale fortement l’intégration européenne, ce qui consterne profondément un grand nombre de membres du Tory, lesquels adoptent traditionnellement un point de vue plus conservateur. Du point de vue idéologique, ce « mariage sans amour » ne semble pas, au premier abord, avoir beaucoup de sens.
Comme résultat, le dirigeant du parti conservateur David Cameron a promis de dissoudre l’alliance du PPE-DE à la suite des élections de juin et de former un nouveau groupe.
Les scénarios possibles s’ils partent
Si les membres du parti conservateur s’en vont, un grand nombre d’options ont été mentionnées pour leur futur en Europe après le PPE. Le plan initial de M. Cameron visant à former une opposition conservatrice sur le modèle traditionnel du parti démocrate européen avec le parti ODS du Premier ministre tchèque Mirek Topolanek a attiré l’attention du parti polonais Droit et justice (PIS) et celle du parti français Rassemblement pour la France (RPF).
Toutefois, pas plus tard que décembre 2008, les eurodéputés du parti conservateur britannique ont déclaré qu’il n’y avait aucune preuve qui laissait entendre que cette nouvelle architecture du groupe était entièrement conçue en termes de promesses fermes de la part d’autres partis de rejoindre le groupe en 2009. Un nouveau groupe parlementaire peut seulement être formé s’il réunit des eurodéputés d’au moins sept Etats membres de l’UE.
Selon une deuxième option, les conservateurs se retireraient simplement de la structure du groupe et rejoindraient les eurodéputés « non inscrits ». Cette option constitue toutefois une abomination pour la plupart des eurodéputés du parti conservateur britannique étant donné qu’un grand nombre des membres du parti adhérent au concept selon lequel le statut de non-inscrit équivaut à n’avoir aucun statut.
Conformément à un troisième scénario relativement récent, le parti démocratique européen formerait une confédération avec le groupe Union pour l'Europe des Nations (UEN), un groupe qui selon l’eurodéputé du Tory Charles Tannock s’identifie en général avec nombre de valeurs identiques à celles des conservateurs.
Toutefois, cette option serait possible seulement si les eurodéputés du parti irlandais Fianna Fail quittent l’UEN pour rejoindre le groupe libéral du PPE-DE, comme on le laisse entendre actuellement à Bruxelles (le parti Fianna Fail et celui du Tory ne feront pas partie du même groupe pour diverses raisons historiques).
« Le traitement préférentiel » ou pourquoi la majorité des eurodéputés conservateurs britanniques souhaitent rester
Malgré les avantages potentiels de n’être plus attaché idéologiquement au PPE après les élections, la plupart des observateurs pensent que la majorité des eurodéputés conservateurs britanniques ne sont pas en faveur d’une telle action, précisément parce qu’en étant membre du plus grand groupe du Parlement, ils disposent d’une plate-forme solide en Europe ainsi qu’un nombre disproportionné de positions influentes.
L’eurodéputé travailliste britannique Richard Corbett a indiqué à EurActiv que dans le PPE, les conservateurs « ont de manière générale beaucoup plus d’influence – que ce soit pour obtenir de bonnes positions ou simplement être l’un des deux grands groupes au Parlement – qu’ils n’en auraient en étant isolés en marge.
M. Corbett a déclaré que « les ennuis sont de retour à la maison ». Il explique « qu’en cédant aux exigences de l’aile eurosceptique de son parti alors qu’il tentait d’être élu dirigeant, M. Cameron a promis de la sortir du PPE – maintenant, il se retrouve avec cette promesse sur les bras ».
M. Cameron est le patron, déclare le leader des eurodéputés conservateurs britanniques
Les représentants des conservateurs contactés par EurActiv pour cet article étaient globalement très réticents prendre la parole, indiquant que le débat demeure une question très sensible et loin d’être résolue pour le parti. En dépit d’une avalanche d’analyses en ligne sur l’actuel état de la situation, la plupart des eurodéputés conservateurs semblent véritablement ne pas connaître les intentions finales de M. Cameron. L’eurodéputé Charles Tannock, par exemple, a noté que les eurodéputés sont gardés dans l’ignorance concernant les projets de M. Cameron. Un conservateur du Parlement a déclaré à EurActiv que « mises à part les plus hautes sphères de la direction du parti conservateur, personne ne sait comment les négociations évoluent. Quiconque clame qu’il le sait spécule purement et simplement. » Se confiant à EurActiv au cours d’un entretien, l’eurodéputé Timothy Kirkhope, qui a été élu dirigeant de la délégation des conservateurs au Parlement européen pour la seconde fois en novembre 2008 et qui est largement connu pour être contre le fait de quitter le PPE-DE, a déclaré : « Je reconnais que nous occupons actuellement certaines positions extrêmement importantes au Parlement ».
Néanmoins, M. Kirkhope n’a pas souhaité pas être se prononcer sur la tournure des négociations de haut niveau conduites par les conservateurs, indiquant seulement qu’il se conformerait à la décision de M. Cameron : « Le leader de mon parti est le leader de mon parti, un point c’est tout ».
M. Kirkhope a nié tout désaccord avec M. Cameron sur la question, déclarant « je travaille en étroite collaboration avec lui » et « nous nous entendons très bien, en fait », bien qu’il reconnaisse la diversité des opinions parmi les eurodéputés. « Les gens ont des opinions, et je n’ai pas de problèmes avec les gens qui ont des opinions, mais à la fin de la journée, il n’y a qu’un seul chef de la délégation et un seul chef du parti conservateur », a-t-il déclaré.
Une source du parti conservateur du Parlement, souhaitant rester anonyme, a indiqué à EurActiv qu’il n’y a pas de doute qu’une majorité des eurodéputés du parti préfèrent rester au sein du groupe en raison du traitement préférentiel qui leur est accordé. « La moitié des membres sont des coordinateurs, et nous conservons un chef de file sur les questions les plus importantes ».
Autrement dit, les eurodéputés du parti conservateur britannique craignent que le fait de quitter le PPE-DE ne diminue leur influence et réduise leur pouvoir au Parlement européen.



