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Une décision controversée adoptée la semaine dernière par un tribunal suédois contre le site de partage en ligne Pirate Bay a entraîné une déferlante d’adhésions au mouvement politique lié au site, le Parti pirate. Il devient ainsi la quatrième force politique de Suède avant les élections européennes de juin.
Le Parti pirate suédois (Piratpartiet) a été créé en 2006 et a inspiré la création de partis similaires dans le monde entier, qui font campagne sur une plate-forme électorale de révision du droit d’auteur, d’abolition des brevets et du renforcement du droit à la propriété privée, tant en ligne qu’hors ligne.
Bien que les deux organisations ne soient pas officiellement affiliées, le destin du Parti pirate est étroitement lié à celui du site controversé « The Pirate Bay », l’un des plus importants sites mondiaux de partage de fichiers en ligne.
Les quatre fondateurs de Pirate Bay ont été condamnés la semaine dernière pour atteinte aux droits d’auteur et ont écopé de lourdes amendes et d’un an d’emprisonnement. Le jugement est considéré comme une étape décisive.
La colère a gagné toute l’UE, et en particulier la Suède : de nombreux commentateurs considèrent que le verdict fait de Pirate Bay un bouc émissaire, et favorise les acteurs majeurs de l’industrie au détriment des utilisateurs de P2P (partage de fichiers).
Une réaction publique sans précédent a accueilli le verdict rendu dans l’affaire Pirate Bay en Suède, et a mené à l’explosion du nombre de membres du Parti pirate, passé d’à peine quelques milliers à presque 30 000 en l’espace de quelques jours.
Si l’on s’en tient aux chiffres, cela en fait le quatrième parti de Suède, rattrapant des poids lourds bien établis, comme le Parti vert.
Les « pirates » vont maintenant se présenter aux élections européennes de juin avec leur programme habituel de réforme du droit de la propriété intellectuelle, d’abolition des brevets et d’amélioration du droit à la vie privée pour les citoyens européens. Le vice-président du parti et tête de liste, Christian Engström est convaincu que la décision résulte d’importantes pressions exercées par la puissante industrie américaine du cinéma et de la musique sur le gouvernement suédois. Il a confié à EurActiv que « ce verdict est leur ticket pour le Parlement européen ».
Le vice-président du parti est convaincu que l’ire populaire soulevée par l’affaire peut être transformée en gains électoraux pour le Parti pirate, peu après leur augmentation sans précédent du nombre de leurs membres. « Si tous ceux qui sont mécontents de cette décision votent pour nous, nous obtiendrons au moins un siège aux élections », a-t-il déclaré.
M. Engström a nié que la déferlante d’adhésions était, comme certains l’ont affirmé, une réaction inconsidérée, qui s’évanouira après le jour de l’élection. « L’énergie sera toujours présente début juin », a-t-il déclaré, soulignant le fait que la majorité des membres inscrits qui ont voté pour le parti aux élections parlementaires suédoises en 2006 sont toujours membres aujourd’hui.
Les électeurs eurosceptiques pourraient se tourner vers les « pirates »
Le parti tire son soutien presque exclusivement des jeunes électeurs, un phénomène très rare dans le monde politique européen contemporain. Des experts politiques ont avancé que cela serait dû au fait que le Parti pirate est effectivement un mouvement ne traitant que d’une question, et faisant campagne sur un sujet hautement polémique qui trouve un écho dans la nouvelle génération.
Bien que le mouvement préfère se qualifier de parti « concentré », M. Engström a déclaré que « même si l’on nous qualifie de partie à intérêt unique, ce seul sujet – la défense des libertés démocratiques en ligne et dans la vie courante – prend le pas sur tous le reste. La politique agricole et l’interdiction du snus
peuvent être très intéressants, mais en l’absence de démocratie de base, il ne sert à rien d’avoir un avis sur ces questions », a-t-il expliqué.
Le parti considère que l’UE a « complètement échoué » à réglementer les droits et libertés des citoyens sur Internet. Le débat sur la question en Suède a quelques années d’avance par rapport à partout ailleurs, selon M. Engström, mais si le débat se répand à travers l’UE, la colère du public se répandra aussi.
« En raison du fait que la Commission et le Conseil ne sont pas élus, les lobbyistes ont carte blanche pour influencer le programme de l’UE », a affirmé M. Engström, qui est également persuadé que toutes les propositions européennes relatives à la liberté de l’Internet et la réglementation ont été écrites mot pour mot par les lobbyistes de l’industrie.
En conséquence, les « pirates » pourraient parfaitement attirer les électeurs eurosceptiques suédois, selon M. Engström.
En dépit de la couverture médiatique paneuropéenne massive tant de la décision Pirate Bay que de la croissance du Parti pirate en Suède, il est peu probable que les répercussions et la véritable colère du public se traduiront en gains électoraux en dehors de la Suède.
A l’heure actuelle, l’Allemagne est le seul autre pays qui verra des candidats du Parti pirate se présenter.