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« Historique ! » : un Polonais à la tête du Parlement européen [FR]

Publié 14 juillet 2009
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L’ancien premier ministre polonais Jerzy Buzek a été élu président du Parlement européen aujourd’hui (14 juillet), devenant le premier homme politique d’un ancien Etat communiste à diriger une institution européenne. Avec la contribution d'EurActiv Pologne.

M. Buzek a été élu lors du premier tour de vote avec une majorité confortable de 555 votes contre 89 pour l’eurodéputé suédoise Eva-Britt Svensson du groupe GUE/GVN.

Son élection à Strasbourg a été décrite comme « historique » par le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, puisque M. Buzek devient le premier homme politique à représenter l’un des anciens Etats soviétiques d’Europe centrale et orientale.

D’autres ont qualifié son élection comme une percée symbolique et un moment de fierté pour la Pologne.

S’exprimant devant le nouveau Parlement, M. Buzek a dit que son élection envoyait un signal fort aux pays qui ont rejoint l’UE en 2004, la décrivant comme un hommage aux millions de citoyens qui ont fait tomber le rideau de fer.

Depuis cinq ans, a-t-il ajouté, il n’y a plus de « nous » [Europe centrale] et « vous » [Europe de l’Ouest].

Le nouveau président et ancien premier ministre est considéré comme un homme valorisant les compromis et les discussions, selon EurActiv Pologne. Il était en effet soutenu à la fois par les libéraux du Parti de la plateforme civique et par le président polonais Lech Kaczyńsky, qui provient des conservateurs du parti Droit et Justice, actuellement la force d’opposition la plus importante du pays.

M. Buzek prendra la tête du Parlement européen pour deux ans et demi, suivi par la suite d’un membre nommé par le groupe S&D (socialiste) pour la seconde moitié de la législature, selon une déclaration conjointe des dirigeants des trois plus importants groupes politiques du Parlement – le PPE de centre droit, les socialistes et les libéraux.

La Pologne aurait pu viser plus haut, selon des critiques

De manière générale, la nouvelle a été chaudement accueillie par la classe politique polonaise à Varsovie et Bruxelles, avec quelques réserves notables.

Un fonctionnaire polonais du Parlement européen a déclaré à EurActiv qu’une majorité de Polonais allaient célébrer la nomination de M. Buzek comme un reflet de l’influence grandissante du pays dans l’UE.

Mais d’autres pourraient être déçus, a prévenu ce fonctionnaire. Certains en Pologne se demandent pourquoi nous nous sommes battus pour la présidence du Parlement européen – une fonction de représentation et symbolique – quand il aurait été plus avisé de batailler pour une position clef à la Commission, par exemple.

Une majorité d’analystes politiques en Pologne estiment que Jacek Saryusz-Wolski aurait été un meilleur choix, une position répétée à EurActiv par plusieurs personnes dans les couloirs du Parlement, qui disent que ce dernier est un meilleur orateur, qu’il est plus connu et qu’il est un réel poids lourd.

Cependant, la source polonaise a ajouté que le pouvoir symbolique de l’élection de M. Buzek n’a pas échappé à l’establishment de Varsovie, qui comprend qu’une fonction représentative peut parfois être meilleure qu’une position de pouvoir.

Partout où il est allé, Hans Gert-Pöttering a été salué comme le président allemand du PE. Maintenant, c’est au tour du président polonais du PE, et les citoyens européens s’intéresseront plus à la Pologne et aux nouveaux Etats membres, a-t-elle ajouté.

Le premier ministre polonais Donald Tusk a exprimé ses inquiétudes que certains en Pologne puissent penser que la candidature de M. Buzek discrédite les chances polonaises d’obtenir un poste clef dans la nouvelle Commission européenne.

Au contraire, M. Tusk a affirmé que l’élection de M. Buzek en tant que président renforcera la position de la Pologne ainsi que le gouvernement quand il s’agira de négocier avec les autres dirigeants de l’UE pour les hauts postes de la nouvelle Commission.

Les nouveaux vice-présidents pour compléter le tableau 

Cet après-midi et demain, ce sera au tour des 14 nouveaux vice-présidents du Parlement d’être élus. Sur la base des résultats des élections de juin, la nouvelle législature doit présenter la répartition suivante des postes de vice-président (VP) (EurActiv en a obtenu les noms à Strasbourg) :

  • Parti populaire européen (PPE), cinq VP : Roberta Angelilli (Italie), Rodi Kratsa-Tsagaroupoulou (Grèce), Pal Schmitt (Hongrie), Alejo Vidal-Quadras (Espagne), Rainer Wieland (Allemagne).
  • Alliance des socialistes (S&D), cinq VP : Dagmar Roth-Behrendt (Allemagne), Miguel Angel Martinez Martinez (Espagne), Giovanni Pittella (Italie), Stavros Lambrinidis (Grèce), Libor Roucek (République tchèque).
  • Alliance des démocrates et libéraux d’Europe (ADLE), deux VP : Silvana Koch-Mehrin (Allemagne), Diana Wallis (Royaume-Uni).
  • Verts européens, 1 VP : Isabelle Durant (Belgique).
  • Conservateurs et réformistes européens (ECR), 1 VP: Michal Kaminski (Pologne).
  • EurActiv a appris que l’eurodéputé conservateur britannique Edward MacMillan-Scott du groupe ECR tente de collecter les 40 signatures nécessaires d’eurodéputés pour se présenter en tant que candidat indépendant à un poste sans précédent de 15ème VP.
Réactions : 

Le président de la Commission européen, José Manuel Barroso, a déclaré au président Buzek qu’il était le candidat idéal pour assurer la présidence du Parlement européen. Votre élection historique, aujourd’hui, résonne comme une victoire pour une Europe unie, a-t-il affirmé.

Il a souligné que M. Buzek était idéalement placé pour reprendre les choses là où le président sortant M. Pöttering les avait laissées. Etant donné les défis complexes qui nous attendent, nous devons collaborer pour servir le projet européen – la coopération entre nos deux institutions est le moteur de l’Europe, a-t-il dit.

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a déclaré que l’élection de M. Buzek à une fonction si prestigieuse et si importante, cinq ans seulement après l’adhésion de la Pologne, était un moment de fierté pour le pays.

Les dirigeants des trois plus grands groupes du Parlement européenJoseph Daul (Parti populaire européen, centre droit), Martin Schulz (Socialistes et démocrates) et Guy Verhofstadt (Alliance des démocrates et libéraux) ont communiqué une déclaration conjointe sur l’élection de M. Buzek.

Les trois chefs de groupe ont affirmé que la nomination de M. Buzek venait prouver leur engagement commun pour de fortes valeurs pro-européennes et garantira la stabilité du Parlement européen en tant qu’expression la plus profonde de la démocratie et de l’intégration en Europe.

Ils se sont mis d’accord sur le fait que le Parlement européen soit présidé par Jerzy Buzek du groupe PPE pour la première moitié de la législature 2009-2014, puis par un membre désigné par le groupe S&D pour la seconde moitié de la législature.

Selon leur déclaration, reconnaissant pleinement les défis de la crise économique et financière ainsi que le besoin de répondre aux inquiétudes croissantes des citoyens européens en ce qui concerne la sécurité de l’emploi et leur qualité de vie, ils ont également convenu de mettre sur pied un comité temporaire chargé d’évaluer la crise, ses causes et ses conséquences, et d’avancer des propositions de stratégie européenne coordonnée pour s’attaquer à la crise et l’empêcher de se répéter. Ce comité sera présidé par un membre du groupe ADLE, et son rapporteur sera un membre du groupe S&D, ont-ils expliqué.

M. Schulz a qualifié cet « évènement historique » de jalon dans l’histoire européenne, ajoutant que cela démontre une nouvelle cohésion dans l’UE. On ne parlera désormais plus d’anciens et de nouveaux membres, selon lui. Joseph Daul a fait écho à cette déclaration, affirmant qu’il n’existe plus une Europe de l’Ouest et une Europe de l’Est, mais une seule Europe.

Sara Hagemann, une chargée de cours sur l’UE à la London School of Economics, a affirmé à EurActiv à Strasbourg que la position présidentielle est importante dans ce Parlement européen plus fragmenté, en particulier avec la présence d’un nombre substantiel d’eurosceptiques et d’eurodéputés extrémistes dans cette nouvelle assemblée. Elle a ajouté que bien que d’un point de vue législatif, son rôle ne soit pas très substantiel, l’élection de M. Buzek constitue un symbole fort du processus d’intégration qui s’est développé lors des cinq dernières années.

La Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) a souligné que le total de 89 votes obtenus par sa candidate Eva-Britt Svensson est plus important que le nombre d’eurodéputés siégeant dans le groupe d’extrême gauche du Parlement. Ses dix positions pour l’Europe ont montré la possibilité de mettre en œuvre des réels changements quand y a suffisamment de volonté politique, selon le communiqué de presse du groupe GUE/NGL.  

Contexte : 

La position du président du Parlement européen, bien que largement protocolaire, a grandi en importance parallèlement à l’influence et au prestige grandissants de l’assemblée de l’UE.

Traditionnellement, la présidence est partagée entre les groupes dominants du Parlement, à savoir le centre droit et le centre gauche : le Parti populaire européen (PPE) et l’Alliance des socialistes et des démocrates (S&D, l’ancien groupe socialiste), chaque groupe occupant la présidence pour un mandat de deux ans et demi.

La législature 2009-2014 suivra le même moule : après l’élection de l’ancien premier ministre polonais Jerzy Buzek (PPE) comme président du Parlement, c’est le dirigeant du groupe socialiste Martin Schulz qui prendra les rênes en janvier 2012.

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