Se confiant aux journalistes, M. Barroso a évité de plonger dans les profondeurs du débat sur les chantiers navals et a préféré se concentrer sur la stratégie du PPE pour les élections européennes.
Plus tard, dans un contexte plus joyeux, le président du PPE Wilfried Martens a conclu quatre heures de discours par la confirmation que M. Barroso sera le candidat officiel du PPE pour la présidence de la Commission européenne. Cette décision n’est pas une surprise, dans la mesure où le PPE lui avait déjà donné officieusement son aval au mois d’octobre (EurActiv 16/10/08).
Les leaders du PPE se sont montrés confiants quant à leur victoire aux élections européennes de juin, a indiqué M. Martens.
Prenant la parole devant une audience réunie dans une salle de conférence, qui a précédemment accueilli un congrès du parti communiste, M. Barroso a choisi le thème des valeurs chères au PPE. Il a présenté la crise économique actuelle mondiale comme une « crise des valeurs », et le PPE comme luttant pour imposer des normes éthiques à la finance mondiale.
Son discours n’a pas fait mention des défis pour les cinq prochaines années. Néanmoins, de manière indirecte, deux leaders européens ont conseillé à M. Barroso de projeter davantage d’initiatives en tant que président de la Commission.
Le Premier ministre François Fillon a appelé à une Commission capable de mettre en avant des propositions et d’imaginer des solutions. Pour sa part, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a indiqué que la Commission devrait rester le moteur de l’Europe, et ne pas se transformer en secrétariat du Conseil, n’agissant que pour satisfaire les Etats membres.
Ne pas abandonner les questions sociales aux Socialistes
A l’instar de quelques autres intervenants, M. Juncker a plaidé pour que le PPE n’abandonne pas les questions sociales et n’en fasse pas une chasse gardée des Socialistes. Wilfried Martens a déclaré que les Socialistes les avaient copiés concernant l’économie sociale de marché. Joseph Daul, le leader du groupe PPE-DE au Parlement européen, a quant à lui indiqué que les seuls pays socialistes parmi les Etats membres de l’UE qui avaient réussi étaient ceux qui appliquaient des politiques de centre-droit.
La chancelière allemande Angela Merkel, qui est une fidèle partisane d’une économie sociale de marché responsable (EurActiv 11/05/06), a expliqué que le PPE avait un devoir d’humanisation de la mondialisation. C’est selon elle, la raison pour laquelle, la mise en œuvre du traité de Lisbonne était si importante, car il consacre l’économie sociale de marché.
Mme Merkel a également indiqué qu’il était important pour l’Europe de se renforcer après la crise économique. Elle a reconnu que le continent était assez loin d’atteindre les objectifs de la stratégie de Lisbonne en vue d’un renouvellement économique, social et environnemental. Elle a affirmé que l’Europe ne pourrait atteindre cet objectif que si elle était unie et si l’individu est au centre de ses politiques, comme le prévoit le manifeste du PPE.
Un manifeste adopté par consensus
Dans son manifeste, adopté avec un large consensus, le PPE critique son principal rival, le parti Socialiste, pour ce qu’il considère comme une tentative d’utilisation de la crise économique mondiale à des fins politiques.
Tandis que les Socialistes en Europe voient la crise comme une opportunité de faire pression de revenir à un programme passéiste de gauche qui détruira des empois et la position de l’Europe dans le monde, nous sommes convaincus que notre vision de l’économie sociale de marché constitue la meilleure réponse à la crise économique, peut-on lire dans le manifeste.
Gel des élargissements
En outre, le PPE met en avant ses valeurs traditionnelles, soulignant le rôle de la famille et des racines judéo-chrétiennes et de l’héritage culturel commun de l’Europe. Sans mentionner la Turquie, le document révèle que la Croatie est le seul pays qui peut compter conclure prochainement ses négociations d’adhésion à l’UE.
Faisant écho aux idées sévères du président français Nicolas Sarkozy sur l’élargissement (EurActiv 09/07/08), le Premier ministre François Fillon a déclaré qu’un « élargissement sans fin de l’Europe » ne pouvait constituer un objectif en lui-même. Il a indiqué que l’Europe avait besoin de frontières, de manière à créer une conscience européenne et à ce que l’idéal européen puisse gagner en substance. L’Europe a besoin d’une âme, a-t-il conclu.
Le Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, a été le seul intervenant à exprimer un point de vue complètement différent. Il s’est déclaré en faveur de l’élargissement de l’UE à la Turquie. Il a également surpris l’auditoire en affirmant que la Biélorussie peut effectuer de véritables progrès vers la démocratie. Il a rencontré quelques jours auparavant le président biélorusse, Alexandre Lukashenko, largement considéré comme le dernier dictateur d’Europe.
Contrairement aux autres discours, celui de M. Berlusconi a été accueilli par des applaudissements nourris, puisqu’il était venu avec une importante délégation de jeunes militants italiens.
Aucune décision sur la présidence du Parlement
Des sources émanant de la délégation française au congrès ont confié à EurActiv que le forum ne débattrait pas de la question du candidat du PPE à la présidence du prochain Parlement européen.
Les Polonais souhaitent que l’ancien Premier ministre et actuel eurodéputé Jerzy Buzek prenne la tête du nouveau Parlement, ce qui pourrait constituer un signal de l’intégration pleine et entière des 12 nouveaux Etats membres anciennement communistes. Mais le Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, a également un candidat, Mario Mauro, ancien représentant de l’Education, et membre de Forza Italia. Aucune décision ne sera prise avant les élections européennes, ont confirmé des sources.



