Un parti basque récemment formé, suspecté d’être lié à l’organisation séparatiste ETA, qui figure sur une liste européenne des organisations terroristes, prendra part aux élections du Parlement européen et pourrait envoyer un eurodéputé à Strasbourg, a averti l’opposition conservatrice espagnole.
L’Espagne compte actuellement 54 eurodéputés. Lors du sondage de 2004, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, affilié au PSE a remporté 43,46 % des voix et 25 eurodéputés, tandis que le Parti populaire (PP, affilié au PPE) obtenait 41,21 % et 24 eurodéputés.
De plus, Galeusca – Peuples d’Europe (une alliance de partis nationalistes de Catalogne, du Pays basque et de Galice) a obtenu deux eurodéputés et une autre coalition nationaliste - Europe des peuples – un. Les trois membres nationalistes siègent dans le Groupe des Verts/Alliance libre européenne.
L’organisation basque de guérilla ETA a tué plus de 800 personnes tout au long d’une campagne de 40 ans pour l’indépendance vis-à-vis de l’Etat espagnol.
Le mois dernier, le dernier chef militaire de l’ETA a été arrêté et le gouvernement a dit croire que le groupe vivait une crise de leadership ainsi qu’une diminution du soutien dont il bénéficie. Les attaques violentes se sont raréfiées, mais les membres de l’ETA ont récemment affirmé que le groupe projetait une nouvelle et efficace campagne de violences à la suite d’une période de réflexion.
La région basque est maintenant dirigée par une nouvelle coalition entre les socialistes et le Parti populaire (conservateur), ce qui marque un virage à 180° de la tradition nationaliste presque trentenaire.
Jaime Mayor Oreja, tête de liste du Partido Popular (Parti populaire, centre-droit) a enjoint le gouvernement socialiste de recourir aux procédures démocratiques appropriées pour empêcher l’Initiative internationale – Solidarité entre les peuples (IISP), un récent parti d’extrême gauche, de se présenter aux élections européennes.
M. Mayor Oreja a fait cette déclaration lors d’un évènement public hier (24 mai), en présence de José Antonio Ortega Lara, un fonctionnaire victime du plus long enlèvement de l’ETA en 1996-1997. M. Oreja a averti qu’un dangereux précédent serait posé si l’IISP réussissait à envoyer un représentant au Parlement européen.
L’IISP devrait se présenter aux élections européennes le 7 juin, suite à l’infirmation le 22 mai par la Cour constitutionnelle espagnole d’une décision antérieure d’une cour inférieure qui interdisait le parti et le décrivait comme le dernier avatar de l’aile politique de l’ETA.
La cour inférieure avait déclaré que l’IISP était le successeur frauduleux de Herri Batasuna, Euskal Herritarok et Batasuna, tous trois considérés comme ayant incarné l’aile politique de l’ETA sous différents noms, et tous interdits sous la législation de 2003 qui déclare illégaux ceux qui ne condamnent pas le terrorisme.
Cependant, la déclaration de la Cour constitutionnelle précise qu’il n’existe pas de preuve que l’IISP était une façade de Batasuna ou qu’elle ait été dirigée par l’ETA.
Les socialistes au pouvoir ont gardé le silence sur l’affaire, écrit la presse espagnole, qui ajoute que seul Antonio Pastor, un dirigeant socialiste de Vizcaya, avait mis en garde contre les tentatives de l’ETA d’instrumentaliser l’IISP.
Se fendant d’un commentaire sur la décision de la cour, le ministre espagnol de l’Intérieur Alfredu Pérez Rubalcaba, a déclaré que la police et la garde civile avait fait leur travail, ainsi que les tribunaux, et que c’était ainsi que fonctionne l’Etat de droit – en l’espèce, le gouvernement doit respecter la décision.
La presse espagnole estime que, selon toute probabilité, l’IISP enverra un eurodéputé à Strasbourg.