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Deux mois avant les élections européennes, des chercheurs de haut niveau prévoient que le prochain Parlement européen oscillera entre centre-droit et centre-gauche ; on s’attend néanmoins à ce que l’influence grandissante des eurodéputés d’Europe centrale et orientale modifie l’équilibre du pouvoir au sein des groupes politiques.
Du 4 au 7 juin, 375 millions de citoyens seront appelés à élire les 736 membres qui les représenteront au Parlement européen jusqu’en 2014. Au cours des 30 dernières années, depuis les premières élections européennes, le Parlement a gagné davantage de pouvoirs, mais de nombreux citoyens continuent de considérer le scrutin comme une élection nationale à mi-parcours, visant à punir les partis au gouvernement.
L’assemblée européenne a lancé une campagne de sensibilisation paneuropéenne, dont les experts disent qu’elle n’encouragera pas vraiment les citoyens à aller voter (EurActiv18/03/09). L’implication des médias, en particulier télévisés, dans les Etats membres, est considérée comme un moyen clé d’augmenter le taux de participation (EurActiv 18/02/09).
« Nous prévoyons une stabilité générale pour le Parlement à venir », a déclaré Simon Hix, professeur à la London School of Economics, qui conjointement avec le professeur Michael Marsh, du Trinity College, a conçu une méthodologie qui a prédit de manière plutôt précise le résultat des dernières élections européennes de 2004.
Le centre-droit PPE-DE garde la première place, mais est affaibli
MM. Hix et Marsh prévoient que le Parti populaire européen (PPE) restera le groupe dominant de la prochaine législature, avec environ 249 sièges, tandis que le groupe socialiste devrait remporter approximativement 209 sièges, augmentant légèrement sa part de 27% à 28% dans la nouvelle assemblée.
La configuration du nouveau Parlement pourrait résulter en grande partie de la décision des Tories britanniques de quitter le PPE et de créer un nouveau groupe européen conservateur avec les conservateurs tchèques de l’ODS et d’autres partis orientés à droite.
Selon la prévision, commandée par la société d’affaires publiques Burson-Marsteller, ce nouveau groupe conservateur pourrait obtenir jusqu’à 58 eurodéputés, en faisant le quatrième groupe le plus important du Parlement.
La marge toujours plus étroite entre les grands groupes politiques semble indiquer que la discipline de parti sera un élément clé, selon Robert Mack, président directeur général de Burson-Marsteller. Sur de nombreuses questions, l’influence du groupe libéral peut s’accroître et causer un revirement de situation, ajoute-t-il.
Source: Burson-Marsteller / Predict09
L’Europe centrale et orientale appelée à jouer un rôle plus important
Dans l’éventualité d’un départ des Tories du PPE, la composition nationale des grands groupes et l’équilibre interne du pouvoir sont voués à glisser vers les nouveaux Etats membres.
Dans un autre entretien accordé à Euractiv, M. Hix a affirmé qu’ « au PPE, il y aura beaucoup moins d’Allemands, davantage d’Italiens, davantage de Polonais et aucun Anglais ».
« Au groupe socialiste, les Allemands redeviendront le groupe le plus important », a ajouté M. Hix, « dépassant en nombre les précédents leaders français et espagnols ».
Selon la prévision, l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) devrait tirer profit du succès des libéraux allemands, considérés comme les grands gagnants en Allemagne, et qui devraient récupérer les votes de protestation dirigés contre la grande coalition au pouvoir des démocrates-chrétiens (CDU) et des social-démocrates (SPD).
« En ce moment, dans tous les groupes, les partis d’Europe de l’Est sont marginaux : ce sont des petits partis, même les polonais. Mais désormais, pour la première fois, ils vont disposer d’une importante délégation nationale dans les plus grands groupes, principalement les Polonais », a déclaré M. Hix.
Les élections européennes : un scrutin national à mi-mandat
Depuis les premières élections européennes de 1979, le scrutin a été considéré comme une élection « de second ordre » visant à punir les partis au gouvernement. L’augmentation progressive des pouvoirs du Parlement européen n’a que fort peu contribué à renforcer le lien entre les électeurs européens et le gouvernement de l’Union, selon M. Hix, relevant que les élections du Parlement européen sont similaires à leur équivalent de mi-mandat au Congrès américain.
Lors des prochaines élections, la politique nationale occupera encore le devant de la scène. Même les manifestes politiques soigneusement élaborés par les partis européens seront mis sur la touche. « Personne ne va les remarquer. C’est désolant, mais les campagnes seront nationales », a déploré M Hix.
Les socialistes : à peine 2% de chance de dépasser le PPE
Malgré le fait que 19 des 27 pays de l’UE sont dirigés par des coalitions de centre-droit, MM. Hix et Marsh ne prévoient pas que les socialistes gagnent un grand nombre de voix à travers l’Europe.
Leur analyse se base sur le fait que les six grands pays européens détiennent 66 % des sièges au Parlement européen. L’Italie, la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Pologne et le Royaume-Uni donneront le ton du résultat.
« Dans tous les grands états, les socialistes ne vont pas bien réussir. Il se peut qu’ils réussissent dans d’autres pays », a déclaré M. Hix, tout en reconnaissant qu’en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni, où ils sont au gouvernement, les socialistes perdent du terrain.
Les Verts relégués à l’arrière-scène
Avec la création d’un nouveau groupe conservateur, les Verts vont être renvoyés à l’arrière-scène du nouveau Parlement, devenant le cinquième ou sixième groupe politique.
Selon MM. Hix et Marsh, les Verts perdront probablement des voix en France à cause de la concurrence venant du nouveau parti d’Olivier Besancenot, le Nouveau parti anticapitaliste.
Le même phénomène pourrait se produire en Allemagne, où les votes pour les Verts pourraient stimuler Die Linke, a indiqué M. Hix, relevant le fait que la crise économique pousse les citoyens à réfléchir davantage à l’économie, l’emploi et la croissance, « ce qui n’est pas un ordre du jour écologiste ».
Partis à la marge : Libertas constitue une véritable incertitude
Les deux professeurs se sont gardés de prédire un trop grand succès au nouveau mouvement paneuropéen Libertas, récemment lancé par le militant anti-traité de Lisbonne Declan Ganley.
« M. Ganley obtiendra peut-être un siège en Irlande, mais je pense qu’il lui sera difficile de former un véritable mouvement paneuropéen », a déclaré M. Hix.
L’extrême-droite et l’extrême-gauche, d’autre part, devraient gagner des voix, mais M. Hix est plus prudent qu’en 2004 concernant ses prédictions. Il avait alors prédit à raison la re-création de l’ancien groupe Identité, tradition et souveraineté, un groupe d’extrême-droite qui a par la suite disparu (EurActiv 17/03/09).
Barroso ou pas Barroso ? Les Libéraux ont peut-être la réponse
En raison du partage équitable entre le centre-droit et le centre-gauche, les libéraux démocrates du groupe ADLE joueront probablement un rôle de pivot dans la définition des majorités au sein du nouveau Parlement.
Le parti, dirigé par Graham Watson, pourrait également jouer un rôle central dans la nomination ou l’éviction de José Manuel Barroso en tant que président de la Commission.
M. Barroso est le candidat soutenu par le PPE, mais ses chances d’effectuer un second mandat pourraient être réduites si le PPE est affaibli, puisque les socialistes sont partagés quant à sa nouvelle nomination.
Le premier test sera celui de la sélection du nouveau président du Parlement européen. Traditionnellement, cette nomination fait l’objet d’un accord en coulisses entre les socialistes et le PPE.
Mais cette année, le leader du groupe ADLE, Graham Watson, a lancé sa propre campagne afin de devenir le prochain président du Parlement européen.
« Si le PPE conclut un accord avec les socialistes concernant la présidence du Parlement européen, et que les libéraux en prennent ombrage, il pourrait être difficile pour M. Barroso d’y arriver », a souligné M. Hix.
Il a expliqué que, pour parvenir à nominer de nouveau M. Barroso, le PPE pourrait devoir abandonner la présidence du Parlement européen en s’alliant avec l’ADLE, à moins qu’ils ne puissent attirer le soutien du groupe socialiste, qui est actuellement divisé sur la nomination de M. Barroso.
Commentant les prédictions, le président du PSE, Poul Nyrup Rasmussen, a déclaré qu’il était encore trop tôt pour prévoir le résultat des élections européennes. Notre objectif est de devenir le groupe le plus important, et nous avons une réelle opportunité d’y parvenir, a-t-il poursuivi. Les gens cherchent à sortir de cette terrible crise, et nous sommes le seul parti européen à offrir un projet clair et exhaustif pour lutter contre la récession, a-t-il conclu.
En tous cas, certaines prédictions sont tout à fait discutables, notamment celle relative au partage du Parti démocrate italien entre les groupes socialiste et libéraux, alors que le parti démocrate a déclaré qu’il ne se diviserait pas, a-t-il expliqué, ajoutant qu’il avait confiance en le fait que le PSE et le Parti démocrate italien resteront ensemble.
Oľga Gyárfášová, de l’Institute for Public Affairs (IVO) de Bratislava, a également déclaré qu’il était très difficile de prévoir le résultat des élections au Parlement européen, en particulier en Slovaquie, en raison des incertitudes relatives au taux de participation.
Au cours des dernières élections européennes, le taux de participation était très bas (17 %) et, contre toute attente le parti d’opposition, le SMER, pourtant très populaire, a perdu ; le parti impopulaire au gouvernement, le SDKÚ, a gagné, a-t-elle expliqué. Un autre parti du gouvernement, le KDH (chrétiens-démocrates), qui ralliait 8 % des citoyens au Parlement national, a atteint les 17 % aux élections européennes, a-t-elle poursuivi. Le SMER a seulement obtenu 16 % des voix, alors que selon « Predicting Europe » de 2004, le SMER aurait dû en obtenir 30 %, a déclaré Mme Gyárfášová.
Les sondages d’opinion actuels donnent un taux de participation autour de 70 % et montrent que 35 à 40 % des votes seront donnés au SMER, a-t-elle poursuivi. Toutefois, ce potentiel ne sera pas facile à mobiliser aux élections européennes, dans la mesure où le taux de participation pour 2009 est estimé à environ 20 ou 25 %, et que beaucoup dépendra de quels partisans iront voter, a-t-elle précisé.
En dépit de ces questions problématiques, la prédiction ne semble pas être entièrement fausse, a-t-elle déclaré. Le SNS, le SMK et le SMER seront sûrement représentés au Parlement européen, même avec un soutien peut-être inférieur à 35 % ; de la même façon, la présence du KDH et du SDKÚ au Parlement est fortement probable, a-t-elle conclu.