Les eurodéputés de différents pays orthodoxes devraient travailler plus étroitement au sein du prochain Parlement européen. C’est ce qu’ont déclaré plusieurs intervenants lors d’un rassemblement qui a eu lieu hier (15 avril) à Bruxelles.
A la suite du Grand schisme de l’Eglise de Rome au XIe siècle, l’Eglise occidentale s’est petit à petit identifiée davantage à l’étiquette « catholique », et l’Eglise orientale à l’étiquette « orthodoxe ».
Les relations entre l’Eglise orthodoxe et le Vatican ont été complexes et parfois hostiles. Ce n’est qu’en 1965 que les églises ont levé les excommunications mutuelles qui dataient du onzième siècle.
En juin 1995, le patriarche Bartholomée Ier, qui a été élu 273e patriarche œcuménique de Constantinople en octobre 1991, s’est pour la première fois rendu au Vatican. Le pape Jean Paul II et le patriarche ont expressément déclaré leur désir mutuel de reléguer les excommunications du passé aux oubliettes et d’emprunter le chemin du rétablissement de la pleine communion.
En dépit des efforts des papes catholiques et des patriarches orthodoxes pour dépasser le schisme, les progrès vers la réconciliation ont été limités lors du siècle dernier. L’un des écueils réside dans le fait qu’orthodoxes et catholiques ont des perceptions différentes de la nature de l’opposition.
La religion orthodoxe domine en Grèce, à Chypre, en Bulgarie et en Roumanie. Il existe également une importante communauté orthodoxe russe en Lituanie, en Lettonie et en Estonie. La Macédoine, la Serbie et le Monténégro, candidats et candidats potentiels à l’UE, sont également orthodoxes, de même qu’une grande partie de la population de Bosnie et Herzégovine.
En rupture avec les lignes de conduite traditionnelles des partis, des eurodéputés de Chypre et de Roumanie ont décidé de joindre leurs forces avec des collègues bulgares afin de condamner une récente décision de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) de Strasbourg, qu’ils considèrent comme une tentative de diviser l’Eglise orthodoxe de Bulgarie.
Le 22 janvier 2009, la CEDH a jugé que les autorités bulgares avaient enfreint la liberté individuelle de religion en expulsant des individus d’églises et de temples dont ils s’étaient emparés, prétendant être les représentants légitimes de l’Eglise orthodoxe de Bulgarie.
Les eurodéputés ont soutenu que selon le droit canon, l’unité de l’Eglise orthodoxe de Bulgarie et le statut de son chef, le Patriarche Maxime, ne peuvent être remis en question. De plus, les parlementaires ont estimé que le litige et le schisme de l’Eglise orthodoxe de Bulgarie avaient été réglés en 1998 par la seule instance capable de se prononcer sur la légitimité de l’Eglise orthodoxe de Bulgarie.
En effet, cette année-là, la synaxe de l’Eglise orthodoxe a eu lieu à Sofia, avec la participation de tous les primats des églises orthodoxes. Cet organe a unanimement reconnu la canonicité du saint-synode de l’Eglise orthodoxe de Bulgarie, avec le Patriarche Maxime à sa tête.
En conséquence, des eurodéputés ont estimé que la décision de la Cour de Strasbourg était injuste. L’eurodéputé chypriote Panayiotis Demetriou (PPE-DE) a laissé entendre que les autorités bulgares n’avaient pas fait assez d’efforts pour défendre leur affaire et avaient de ce fait perdu. Ce point de vue a été confirmé par des représentants de la société civile bulgare, se confiant à EurActiv à titre officieux.
L’eurodéputé roumain socialiste Victor Bostinaru a conseillé aux autorités bulgares de mieux préparer le procès en appel. En qualité de membre de la commission des Pétitions du Parlement, il a déploré le manque d’information sur l’affaire de la part des autorités bulgares, en affirmant qu’il avait été submergé de pétitions sans être capable d’y répondre.
Les eurodéputés bulgares Marusya Lyubcheva, Evgeni Kirilov, Iliana Iotova, Kristian Vigenin (socialistes), Bilyana Raeva, Mariela Baeva, Vladko Panayotov (libéraux) et Slavi Binev (non-inscrit) ont fait clairement savoir que modifier la décision de la CEDH resterait une de leurs priorités.
Plusieurs intervenants ont exprimé leur souhait d’encourager la coordination entre les eurodéputés orthodoxes au sein du prochain Parlement européen après les élections de juin, afin d’améliorer la manière d’aborder des enjeux similaires et d’apporter « plus de spiritualité » au projet européen.