Des délibérations sérieuses sur le changement climatique ont significativement augmenté la popularité électorale des Verts, a expliqué hier (3 juin) James Fishkin, l’un des pères des sondages délibératifs, révélant les résultats du second sondage délibératif paneuropéen (voir contexte).
Rassemblé à La Hulpe, près de Bruxelles, pour un week-end de trois jours fin mai, un échantillon de 350 citoyens des 27 Etats membres, sélectionnés de manière scientifique, a débattu des politiques européennes en matière d’immigration et de changement climatique.
Confronté à des arguments opposés, ils ont été capables d’exprimer une opinion en connaissance de cause et non pas une réponse improvisée, comme cela arrive souvent pour des sondages conventionnels.
Si le Parlement européen était élu par des citoyens qui délibèrent, il aurait une composition très différente, a expliqué M. Fishkin. La sphère publique européenne a été amenée à la vie le temps d’un week-end, et nous avons montré que cela peut faire une différence dans la manière dont les personnes votent, a-t-il ajouté.
Europolis a fortement augmenté le soutien donné aux Verts, dont la part de vote est passé de 8 % à 18 % après les délibérations. Le Parti populaire européen (PPE) a rassemblé la plupart des voix dans la phase initiale du sondage avec 40 % des parts de vote, avant de retomber à 30 %. Les autres partis politiques affichent des pertes moindres : le Parti socialiste européen tombe de 22 à 21 %, tandis que les démocrates libéraux (ADLE) baissent de 9 à 8 %.
Contestant la vision partagée par les décideurs politiques selon laquelle des mesures politiques rigoureuses pour combattre le réchauffement climatique seraient mal vécues par l’opinion, le sondage montre de l’enthousiasme pour les actions censées réduire les émissions nuisibles de gaz à effet de serre, qui ont reçu le soutien de 85 % des sondés contre 72 % au départ.
La popularité des actions en matière d’efficacité énergétique augmente également de 75 à 84 % et le soutien à l’utilisation du système d’échange d’émissions (ETS) grandit de 39 à 49 %. Dans le même temps, le soutien à l’énergie nucléaire et aux biocarburants décroît.
Si les responsables en campagne informaient les citoyens de la manière dont nous le faisons, ils verraient un changement dans leurs opinions, a ajouté M. Fishkin, se référant aux campagnes électorales à travers l’Europe. Malheureusement, on montre toujours aux électeurs un argument mais pas l’autre, a-t-il expliqué, affirmant que les sondages délibératifs donnent aux citoyens une information équilibrée, qui leur permet d’évaluer un large éventail de compromis avant de se faire une opinion sur les options politiques.
Les citoyens ont aussi montré une plus grande compréhension et tolérance aux questions d’immigration après les délibérations. Avant ces discussions avec les décideurs politiques et les experts, 69 % des participants pensaient que les immigrants devraient s’engager à suivre la manière de vivre du pays d’accueil, contre seulement 52 % à la fin du processus.
Des chutes comparables mais plus modestes ont aussi été remarquées sur l’importance du fait de venir d’une culture similaire (de 25 à 17 %) et sur le fait d’être chrétien (de 13 à 19 %).
Même si des sondages délibératifs nationaux précédents ont été diffusés sur les chaînes nationales de télévision pour mieux réduire le gouffre entre les électeurs et les élus, les deux sondages délibératifs paneuropéens n’ont pas profité d’une audience plus large en diffusant cet évènement en direct à la télévision.
Selon M. Fishkin, Europolis a été organisé comme un évènement scientifique plutôt que médiatique. Selon lui, l’Europe est un endroit spécialement difficile avec ses langues et ses marchés différents. Il n’y a pas de sphère publique commune, à cause du manque d’un système de communication commun, a-t-il conclu, notant également le manque de moyens pour stimuler la communication.



