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Bruxelles attend peu de changement de la part du nouveau gouvernement britannique

Publié 11 mai 2010 - Mis à jour 22 décembre 2011
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Un gouvernement britannique gouverné mais non dominé par les Conservateurs de David Cameron signifierait sûrement qu'il n'y aurait pas de changement dans l'attitude et le travail  du Royaume-Uni avec Bruxelles, a conclu un panel d'experts lors d'un débriefing de l'élection vendredi dernier (7 mai).

A l'occasion de cet événement, organisé par le Centre for European Policy Studies (CEPS), trois experts ont présenté leurs opinions sur les impacts potentiels du résultat des élections britanniques – qui ont débouché sur un Parlement sans majorité – sur la place du Royaume-Uni dans l'UE.

Vendredi soir (7 mai), il est apparu qu'aucun parti n'avait remporté de majorité, aucun d'entre eux ne s'adjugeant le droit automatique de gouverner. Bien que les conservateurs aient remporté le plus de sièges, plus de 90 par rapport aux travaillistes (Labour), un gouvernement minoritaire ou de coalition devra être formé en fonction du résultat des actuelles négociations entre partis (voir "Contexte").

Tim Bale, maître de conférences à l'Université de Sussex et expert pour les conservateurs, a affirmé que bien que le résultat de l'élection et l'absence de gouvernement majoritaire était une mauvaise nouvelle pour le Royaume-Uni, il peut aussi être positif pour l'UE car il signifie qu'il n'y aura pas de gouvernement Tory eurosceptique fort.

M. Bale n'a pas exclu la possibilité d'un accord entre le Labour et les libéraux démocrates (Lib Dem) si les discussions entre David Cameron et Nick Clegg ne portent pas leurs fruits cette semaine. Il reste sceptique quant aux progrès qui pourraient être réalisés dans un partenariat Conservateurs/ Lib Dem, en raison des différences politiques fondamentales.

David Rennie, chef du bureau de The Economiste à Bruxelles, a fait remarquer que le leadership du parti conservateur était sans aucun doute antieuropéen - se référant à la menace de M. Cameron d'organiser un référendum sur le traité de Lisbonne désormais ratifié - mais un gouvernement dirigé par les Tories aurait trop de pain sur la planche et serait trop occupé à essayer de réparer l'économie pour déclencher des conflits avec l'UE.

Toutefois, il croit que les événements pourraient faire ressortir les tensions UE – Royaume-Uni, en supposant qu'un autre renflouage d'un pays de l'UE pourrait conduire à une réelle confrontation. Le Royaume-Uni, qui regarde le renflouage de la Grèce depuis les coulisses, serait certainement incapable de ne rien faire et ne montrer aucune solidarité si la même chose arrivait au Portugal ou à l'Espagne, a-t-il dit.

David Healey, haut conseiller à Burston-Marsteller et ancien secrétaire général adjoint au Parlement européen, a souligné à quel point l'actuel parti conservateur était eurosceptique en faisant remarquer que seulement trois députés Tories avaient voté en faveur du traité de Lisbonne.

Il pense toutefois qu'un gouvernement dirigé par les conservateurs adopterait probablement exactement la même approche à l'égard de Bruxelles que les précédents gouvernements britanniques – la poursuite des intérêts nationaux avec efficacité et de bons résultats- et a prédit que les relations UE Royaume-Uni pourraient rester les mêmes.

Depuis lundi soir (10 mai), la composition du nouveau gouvernement britannique reste incertaine. Les négociations entre les conservateurs et les Lib Dem entament leur troisième jour, alors que les travaillistes attendent dans les coulisses, prêts à parler au parti de Nick Clegg si ces discussions cessaient.

Tim Vale pense que tout accord avec le Labour et les Lib Dem engendrerait la démission de Gordon Brown.

Réactions : 

Tim Bale, maître de conférences à l'Université de Sussex et expert des conservateurs depuis le temps de Margaret Thatcher, a dit que le résultat de l'élection laissait le Royaume-Uni dans le plus grand désordre qui puisse être.

Il a affirmé que bien que l'électorat britannique en avait marre des travaillistes, le résultat montrait qu'il n'avait pas entièrement confiance dans l'alternative conservatrice. Il a également dit que l'élan en faveur des démocrates libéraux s'était écroulé et que de nombreux électeurs avaient décidé de rester soit avec les travaillistes soit avec les conservateurs.

M. Bale a prévenu que bien qu'un accord entre les conservateurs et les Lib Dem puisse être trouvé, former un gouvernement est une chose, mais le diriger en est une autre.

David Rennie, chef du bureau de Bruxelles de The Economist, a qualifié l'élection de boudeuse, maussade et triste, et a dit que nous assistions à une période de récession de la faible confiance dans la politique britannique.

Il a dit que l'Europe avait à peine existé dans la campagne électorale et que le rôle du Royaume-Uni dans l'UE n'était simplement pas une question de premier plan dans l'esprit des gens comparé aux questions internes. Bien que le sentiment antieuropéen soit répandu au Royaume-Uni, les malentendus UE Royaume-Uni vont dans les deux sens, selon lui.

David Healey, haut conseiller en communications de Burston-Marsteller et ancien secrétaire général adjoint du Parlement européen, a dit qu'il était important de reconnaître que les actuelles circonstances étaient inhabituelles : le marché intérieur est menacé, l'euro a des problèmes, la crise économique et financière…

Il a également dit que les messages réciproques pour la coopération pratique étaient nécessaires entre Londres et Bruxelles et que le sentiment antibritannique bruxellois devait cesser.

Dans un entretien avec EurActiv Allemagne, Richard Lamig, secrétaire du Mouvement européen au Royaume-Uni, a dit qu'un gouvernement britannique dirigé par les conservateurs signifierait un point de départ très différent pour la future politique européenne du Royaume-Uni. L'action pratique n'arrivera peut-être pas tout de suite, mais au fur et à mesure du temps la demande pour une action plus forte pourrait croître, a-t-il ajouter.

Concernant l'euroscepticisme au Royaume-Uni, M. Lamig pense que le peuple britannique ne comprend pas encore que ses intérêts sont plus proches de ceux des autres peuples européens qu'ils ne l'ont jamais été par le passé, et que les médias britanniques peuvent rapporter des faits erronés à propos des affaires de l'UE car cela les arrange.

Il ne pense pas que M. Cameron, s'il est premier ministre, quittera le Groupe des conservateurs et réformistes européens au Parlement européen. Ils se moquent de l'influence au Parlement européen, c'est pourquoi ils voulaient quitter le PPE à l'origine.

Contexte : 

Les élections législatives ont eu lieu le 6 mai au Royaume-Uni, ce qui devait mettre fin au gouvernement travailliste au pouvoir depuis 13 ans.

Le premier ministre actuel, Gordon Brown, qui a succédé à Tony Blair en 2007, a commencé la campagne dans la position de perdant. Etant donné que la côte de confiance de M. Brown a été faible tout au long de son mandat, les observateurs ont depuis longtemps prédit une victoire facile pour le Parti conservateur de David Cameron.

Les Démocrates libéraux ayant réussi une campagne impressionnante – avec leur dirigeant Nick Clegg se qualifiant de figure neuve alternative au statu quo (EurActiv 16/04/10) – il n'était plus si sûr que les Conservateurs obtiennent une majorité claire.

Lorsque les résultats sont arrivés, ils ont montré qu'aucun parti n'avait gagné, ce qui signifie que le Royaume-Uni a son premier parlement sans majorité depuis 1974

Les conservateurs représentent le plus grand parti, mais n'ont pas remporté les 326 sièges dont ils avaient besoin pour former un gouvernement majoritaire. Les travaillistes ont perdu 30 sièges, alors que les démocrates libéraux ont échoué à en gagner davantage.

 Les discussions entre les partis sont actuellement en cours pour tenter de former un gouvernement. Les conservateurs parlent d'un accord de partage de pouvoir avec les Lib Dem, alors que M. Brown a proposé à M. Clegg un gouvernement minoritaire dirigé par le Labour si aucun accord n'est trouvé.

 

Gary Finnegan d'EurActiv a suivi les avancées le jour des élections sur son blog hébergé par Blogactiv.

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